Avec l’île aux Orcs, de Joshua Dysart, Alberto Ponticelli et Matt Hollingsworth, Bliss Éditions poursuit son développement du catalogue de l’éditeur Bad Idea. Avec deux artistes bien connus des lecteurs de comics en France, et une proposition qui lorgne vers Métal Hurlant et Froideval, cet album a ses chances pour faire un bout de chemin dans nos librairies.
L’île aux Orcs : écrire de la fantasy, c’est aussi politique
Dans ce monde, une grande guerre a eu lieu contre les orcs, voilà plusieurs décennies. Les grands patriarches dominent ce monde ravagé dans leurs tours volantes. Ils sont protégés par des sorciers qu’ils enferment en cage toute leur vie, encagoulés, pour profiter de leurs pouvoirs.
Cerrin fils de Sion est un demi-elfe, vivant dans les bas-fonds de la grande ville. En se faisant remarquer par ses dons de combattant, il va être recruté pour une aventure : rejoindre la mystérieuse île aux Orcs et en tuer pour récupérer leurs crânes, sources d’immenses richesses.

Notre monde va mal, alors quand on pousse les marqueurs…
Joshua Dysart est un scénariste extrêmement politique. Il en avait déjà fait la preuve en plusieurs occasions, mais notamment dans le cycle des Psiotiques, pour Valiant Comics. L’île aux Orcs ne fait pas exception. S’il choisit une saga de fantasy, pour cadre de son propos, le fond est extrêmement engagé. Il est question de concurrence, d’exploitation, d’asservissement et de libertés individuelles.
Le monde qu’il décrit est puant en tous points et son héros est en harmonie avec son monde. Il croit que c’est en étant encore plus roublard, encore plus mauvais, qu’il pourra s’en sortir à contre-courant de tous les autres. Et là où c’est politique, c’est que Dysart va montrer à son héros qu’il a tort. Qu’il n’obtiendra rien de ce qu’il attend, en jouant le jeu du monde en place. C’est un parti pris très novateur et qui offre une fin absolument inattendue aux lecteurs.
L’île aux Orcs, c’est aussi une tonalité
Entretemps, le scénariste a déployé des aventures épiques, des retournements de situation inattendus, de la baston sanglante et concepts surprenants. Les lecteurs amoureux de bandes dessinées d’aventure en auront pour leur argent. Ils bénéficieront aussi d’une « bande son » efficace, à savoir une traduction de Florent Degletagne et Loup Salles riche en expressions fleuries. On apprécie de retrouver en français, une tonalité que l’on imagine aussi travaillée en anglais.

Surprise graphique au menu !
Au dessin, l’italien Alberto Ponticelli livre une prestation impressionnante. Si vous étiez resté avec en tête son dessin produit pour Goodnight Paradise (publié en France chez Panini en 2021), rien à voir ! Ils se montrait alors bien plus sage. L’artiste semble avoir mangé des dizaines de numéros de Metal Hurlant époque 70’s, pour proposer un dessin résolument européen. Un trait acéré, une générosité dans les détails, et des noirs très discrets, voici les partis pris de l’artiste.
Il est secondé avec talent par le coloriste Matt Hollingsworth, grosse référence actuelle, qui vient apporter des effets numériques qui sont pour beaucoup dans l’immersion dans ce monde. C’est une performance graphique très aboutie, très lisible, mais en même temps légèrement stressante. Pour illustrer le monde de l’île aux Orcs, il fallait tout cela. On sent que les deux artistes graphiques ont pris beaucoup de plaisir dans la création de ce monde et de sa charte graphique.

L’île aux Orcs : un comic-book à mettre entre toutes les mains (adultes)
L’île aux Orcs, de Joshua Dysart, Alberto Ponticelli et Matt Hollingsworth, c’est une bande dessinée qui peut plaire à TOUS LES lecteurs de BD français, qu’ils aient ou non l’habitude de lire du « comic-book ». Du moins, tous ceux qui aiment leur fantasy sale, violente et acide. Les autres en prendront aussi plein les mirettes, mais risquent de moins apprécier l’expérience.
- L’île aux orcs
- Scénariste : Joshua Dysart
- Dessinateur : Alberto Ponticelli
- Coloriste : Matt Hollingsworth
- Traducteurs : Florent Degletagne / Loup Salles
- Éditeur USA : Bad Idea
- Éditeur France : Bliss Editions
- Nombre de pages : 144
- Prix : 25€
- Date de publication France : 07 février 2025
- ISBN : 9782375783528
Résumé éditeur : La nouvelle odyssée signée Joshua Dysart, l’auteur de l’Oeil d’Odinn. Cerrin Fils Sion n’est personne. Un demi-elfe sans intérêt, vivant de rapine dans les bas-fonds de sa cité. Alors qu’il est prêt à prendre tous les risques pour faire fortune, il rencontre Urghria, une corsaire qui a perdu son équipage. Celle-ci veut le recruter pour une expédition : Un aller-retour sur l’Île aux Orcs. Un seul crâne d’orc vaut toute une vie de richesses, alors, pourquoi refuser ? Les Hauts Patriarches, perchés dans leurs Temples Flottants, ont le monopole de l’accès à l’Île, mais Urghria est bien préparée…
