Mary Bell l’enfance meurtrière

Dans un récit poignant, la scénariste Théa Rojzman et la dessinatrice Vanessa Belardo reconstituent l’enfance de Mary Bell, une petite fille accusée d’un double meurtre dans l’Angleterre des années 1960.

Une psychopathe de dix ans…

C’est un faits divers qui horrifia la Grande-Bretagne à la fin des années 1960. A Newcastle, en 1968, deux petits garçons, Martin et Brian Howe, respectivement âgés de 4 ans et 3 ans, sont retrouvés morts, étranglés. Rapidement, l’enquête de police se tourne vers deux petites filles, à peine plus âgées que les victimes, Norma et Mary Bell. A l’issue d’un procès qui se tient en décembre 1968, la petite Norma est déclarée non coupable. Mary Bell, qualifiée de psychopathe par les experts psychiatres est condamnée à la prison à perpétuité…

Plongée dans l’horreur

C’est cette histoire qui est relatée dans Mary Bell, l’enfance meurtrière, scénarisée pour Glénat et sa collection Karma par Théa Rojzman et dessinée par l’italienne Vanessa Belardo qui signe là son premier album en France. Un album dur et sensible à la fois qui plonge le lecteur dans l’horreur d’une vie gâchée et souillée par la violence des adultes.

Comprendre n’est pas excuser

A l’époque des faits, la police, la justice, la société britannique dans son ensemble n’ont pas cherché à analyser plus avant les faits et surtout leurs causes. Pourquoi une enfant comme Mary a pu commettre un tel crime ? Une femme, Gitta Sereny, historienne et journaliste, s’est intéressée de près à ce fait divers.

Dès 1972, elle publie « Meurtrière à onze ans : le cas Mary Bell ». Un livre dans lequel elle interviewe la famille, les amis et les professionnels impliqués dans le procès de Mary Bell.

En 1998, elle publie un second livre sur l’affaire, « Une si jolie petite fille » qui deviendra un texte de référence pour les professionnels travaillant avec les enfants « à problèmes ». Elle cherche à comprendre, sans les excuser, les mécanismes qui ont pu aboutir à de tels actes. Le récit proposé ici est en partie issu de ses deux livres.

Une famille toxique

Et elle trouve. Car la petite Mary Bell n’est pas née criminelle. Elle vit sous la coupe d’une mère prostituée qui à plusieurs reprises tente de se débarrasser d’elle et à d’autres l’utilise pour des jeux sexuels avec des adultes. On lira à ce sujet non sans mal les pages 101 et 102 de cet album. Plus de dessin, plus de cases, que des mots en lettres blanches sur fond noir qui disent le cauchemar et les souffrances de la fillette…

On l’aura compris, c’est dans une famille hautement toxique que Mary aura grandi. La scénariste et la dessinatrice évitent le voyeurisme, pointant du doigt ces graves dérives familiales.  » Non pas pour innocenter la jeune fille mais dénoncer « les enfants qui ont subi des traumatismes et qu’on laisse comme ça, qu’on n’aide pas, qu’on ne soigne pas. On contribue à rendre l’humanité monstrueuse« , assure Théa Rojzman, déjà familière des thématiques relatives aux violences. « Si on nous violente à un moment où on est en pleine construction psychologique et physique, c’est une graine de violence à l’intérieur de soi. Très souvent tournée contre soi même. Ça donne des addictions, drogues, alcoolisme… Ça donne des suicides, des maladies psychiatriques, etc. Ou une violence tournée contre les autres. Dans le cas de Mary Bell, c’était ça ».

Un dessin saisissant

Utilisant un code couleur facilitant la lecture pour de nombreux allers retours entre passé et présent, multipliant les scènes oniriques, la dessinatrice maîtrise par ailleurs un dessin réaliste. Elle alterne les séquences entre le réel et l’imaginaire, passant avec bonheur du sépia au monochrome. A l’arrivée, un dessin saisissant au service d’une histoire qui ne l’est pas moins. Âmes sensibles s’abstenir donc. Mais une fois entamée, cette lecture ne pourra vous laisser indifférents. Ici les monstres ne sont pas finalement ceux qu’on croit.

Article posté le jeudi 05 juin 2025 par Jean-Michel Gouin

Mary Bell l'enfance meurtrière de Théa Rojzman et Vanessa Belardo (éditions Glénat)
  • Mary Bell, l’enfance meurtrière
  • Scénariste : Théa Rojzman
  • Dessinatrice : Vanessa Belardo
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 22,50 €
  • Parution : 26 février 2025
  • Nombre de pages : 128
  • ISBN : 9782344046272

Résumé de l’éditeur :  Dans les histoires policières, il y a le qui, le comment et le pourquoi d’un crime. Gitta Sereny, journaliste spécialisée dans les enquêtes sur les racines du mal au sein des rangs nazis, aborde le cas Mary Bell par cette dernière question. Mary Bell est cette petite fille de 10 ans, qualifiée de psychopathe par la presse, et condamnée à la prison à perpétuité pour le meurtre de Martin Brown, 4 ans et de Brian Howe, 3 ans, par étranglement. Le procès est expéditif et personne n’interroge alors les raisons de ces actes monstrueux qui font scandale dans la Grande Bretagne en 1968. Gitta est bouleversée par ce qu’elle découvre …Vingt-sept ans après les faits, décidée à comprendre ce drame, elle demande à Mary Bell, finalement libérée et mère d’une petite fille, de révéler toute sa vérité. Elles plongent alors ensemble dans les souvenirs de Mary, en quête de révélations douloureuses mais aussi de réparations.
À travers ce récit très fort en émotions, Théa Rojzman au scénario et Vanessa Belardo au dessin montrent toute la force et l’importance du journalisme d’investigation révélant la triste réalité, toujours d’actualité, d’une Société défaillante face aux malheurs de ses enfants. En partie adapté du livre de Gitta Sereny, Une si jolie petite fille : Les Crimes de Mary Bell, ce roman graphique saisissant cherche les origines de la violence et rend justice au concept de « comprendre n’est pas excuser ». Il montre aussi que comprendre, c’est déjà agir face à cette violence.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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