Avec Nécronomickey, le livre des destins maudits, le dessinateur Philippe Foerster propose de nouvelles histoires étranges. En forme de clins d’œil au maître américain de la littérature fantastique, Howard Phillips Lovecraft.

Au royaume de l’étrange
Âmes sensibles, passez votre chemin… Ici, rien n’est « normal », rien ne va sinon le chaos qui vous guette à chaque case! Avec Nécronomickey (Le livre des destins maudits) le dessinateur belge Phillippe Foerster ne ménage pas nos méninges. Entre humour noir et épouvante, ce maître du noir et blanc en bande dessinée nous propose un recueil de douze histoires courtes, pastiches autour de l’œuvre de l’écrivain américain Howard Philips Lovecraft.
Édité par Fluide Glacial (11 albums chez ce même éditeur) adoubé dès 1979 par Gotlib dans les pages du même magazine, Foerster n’a eu de cesse de développer un univers à la frontière du cauchemar et du surnaturel. C’est en toute logique qu’il renoue ici avec les mondes fictifs de Lovecraft. Longtemps maudit (il ne publia aucun livre de son vivant ) mal ou peu traduit, celui qu’on surnommait « le reclus de Providence » jouit aujourd’hui d’une postérité sans égal. De nouvelles traductions sont apparues récemment ainsi que des adaptations cinématographiques, des bandes dessinées, des jeux vidéo…

Un livre maudit
Une explication tout d’abord. Pourquoi ce titre ? Le Nécronomickey est un premier hommage à l’auteur du Nécronomicon, un ouvrage fictif évoqué pour la première fois dans la nouvelle La Cité sans nom. Le Nécronomicon, livre maléfique entre tous, aurait été écrit par un certain Abdul al-Hazred, poète arabe fou. Quiconque ouvrirait ce livre pourrait sombrer dans la folie, serait témoin d’apparitions surnaturelles et s’exposerait à la mort…
Rassurons-nous. Dans ce pastiche fort réussi, Foerster ne nous entraîne pas tout à fait dans les abysses chères à Lovecraft mais décline à sa manière douze histoires qu’il a confiées à Nyalarpoupeth, un « démiurge dément » ou « grand Ancien », autre clin d’œil à l’écrivain qui évoqua (invoqua ?) à maintes reprises un certain Nyarlathotep, alias le « chaos rampant ».

Hurlements, insectes et asticots
Tu l’auras compris, lecteur, nous voici conviés à entrer dans un monde parallèle où se côtoient de drôles de créatures, asticots géants, poulpes hideux et oiseaux de malheur. C’est là qu’évolue la famille Faramine, dans un décor inquiétant, maisons sinistres et « manoirs perchés ».
Ils se nomment Nosférand, Anselme, Oscar ou Vital. Tous vont connaître un destin funeste, absurde, submergés par un quotidien qui déraille, hantés par un monstre ou dévorés de l’intérieur par un mal étrange. Ajoutez à cela une pincée d’humour noir et vous obtenez un curieux mélange de rire et d’effroi.

Éloge du noir
Depuis ses premiers albums, Certains l’aiment noir ou encore L’appel du fossoyeur , Philippe Foerster n’a eu de cesse d’imprimer sa marque sur la bande dessinée fantastique. Des noirs profonds, un trait déstructuré, comme si la main de son auteur tremblait, des visages tordus par l’effroi, sont autant de jalons dans une oeuvre au noir qui fait appel aussi bien aux grands films expressionnistes que plus récemment aux films de Tim Burton…
Préfacé par David Camus, traducteur de Lovecraft, ce Nécronomickey s’amuse avec les codes du genre. Entre horreur et humour noir, entre sourire et frisson, il se laissera déguster sans modération.
- Nécronomickey (Le livre des destins maudits)
- Scénario et dessin : Philippe Foerster
- Editeur : Fluide Glacial
- Prix : 19, 90 €
- Parution : Octobre 2025
- Nombre de pages : 96
- ISBN : 9791038208117
Résumé de l’éditeur : Immersion garantie dans un univers unique : des personnages aussi bizarres que fascinants, des destinées absurdes, un brin d’horreur et une bonne dose d’humour plus noir que noir. Le style graphique de Foerster ne peut pas laisser indifférent, l’utilisation qu’il fait du N&B donne une force indéniable à son dessin et lui permet d’instaurer une atmosphère inquiétante des plus efficaces dans des décors hypnotisants proches du style expressionniste.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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