Paul à Québec

Pour accompagner la sortie en salle du film Paul à Québec le 18 septembre 2015, adaptation de la bande dessinée de Michel Rabagliati, les éditions La Pastèque ont décidé de rééditer une version spéciale de ce merveilleux album avec une nouvelle couverture imprimée sur une jaquette. Une très belle occasion de (re)découvrir cet ouvrage multi-récompensé.

UNE NOUVELLE MAISON POUR PAUL ET SA FAMILLE

Montréal, 1999. Paul, dessinateur de bande dessinée, est marié à Lucie. Parents d’une petite Rose, ils sont heureux mais leur appartement est devenu beaucoup trop petit pour eux. Ils décident de chercher une maison à Québec pour se rapprocher de la famille de la jeune femme. Ils trouvent alors un pavillon à Ahunstic, un quartier du nord de la ville. Ce coup de cœur va vite les faire déchanter : une rue trop passante, pas d’enfant pour jouer avec leur fille et beaucoup de travaux à cause de vices cachés. Pour égayer leur quotidien, ils adoptent alors Biscuit, un caniche abricot.

LES RÉUNIONS DE FAMILLE : LE TEMPS DU BONHEUR

Paul, Lucie et Rose adorent rendre visite à la famille de la jeune femme. Les Beaulieu, Roland et Lisette, retraités, habitent dans le vieux Saint-Nicolas de la cité. Le temps d’un week-end, ils retrouvent tous les membres de cette joyeuse tribue. Lucie a deux sœurs : Suzanne et Monique, qui sont mariées et ont aussi des enfants. Alcool, riches repas, chansons et débats sur le Québec libre pour titiller le patriarche sont au cœur des festivités : c’est le bonheur et la joie.

LE TEMPS DE LA MALADIE

Lucie apprend de Suzanne, le cancer de la prostate de son père. Un an plus tard, les parents ont revendu la maison de famille pour s’installer dans un condo près de Montréal. La maladie gagne le vieil homme, qui n’a plus qu’un seul moment de joie grâce à la cigarette. Des temps qu’il partage avec son gendre et avec lequel il s’adonne à quelques confidences sur son enfance et son adolescence.

Après une occlusion intestinale et alors qu’il était en rémission, le médecin diagnostique un cancer du pancréas. Il ne lui reste que trois mois à vivre. Lisette dépassée par les événements, accepte de placer son mari dans un établissement de soins palliatifs, la maison La Chênaie. Entre agressivité, sautes d’humeur, moments d’accalmie, les derniers moments sont délicats pour les trois sœurs et leur maman.

SÉRÉNITÉ ET DOUCEUR

Tout d’abord, il faut souligner que Michel Rabigliati possède un immense talent de conteur. Il le prouve dans ce sixième volume de la série Paul, débutée en 1999 avec Paul à la campagne, une histoire aux accents de véracité nulle part connue ni lue dans des albums de bande dessinée. Cette sincérité dans son propos lui permet de livrer une histoire attachante et pudique. Il s’en dégage une grande sérénité, une belle dignité et une réelle douceur. S’il y a beaucoup de peine et de tristesse dans la seconde partie de l’album, l’auteur y glisse de l’humour, qui permet des pauses de respiration bienvenues et notamment grâce à un vocabulaire québécois amusant, si proche et si loin de nous. Cette belle langue fait écho aux dialogues de Magasin général (Tripp et Loisel chez Casterman) ou Les aventures : Planches à la première personne (Jimmy Beaulieu, Les Impressions Nouvelles). D’ailleurs l’auteur de Paul est dans la lignée de cette nouvelle vague dans la bande dessinée canadienne comme peut l’être Jimmy Beaulieu.

DROIT DE MOURIR DANS LA DIGNITÉ

Fondée sur ses souvenirs personnels, la série Paul est un vrai succès éditorial et critique au Canada. L’album qui nous intéresse s’est vendu à 10 000 exemplaires en moins de trois mois après sa sortie.

Au-delà des considérations philosophiques et éthiques de mourir dans la dignité et sans acharnement, être en paix avec soi-même et ses proches, Paul à Québec parle avant tout de la vie, de la famille, des amis, du temps qui passe, de la trace de son passage sur Terre ; tout cela dans la joie et la tristesse. Ces fortes thématiques sont portées par un dessin efficace, très ligne-claire pour les personnages, agrémenté par des couleurs en bichromie d’une grande légèreté.

Cet album émouvant et poignant a reçu un nombre impressionnant de récompenses et prix au Québec et dans le monde entier ; notamment le Prix du Public lors du Festival International d’Angoulême en 2010. La série Paul, elle aussi, a cumulé des récompenses prestigieuses (Bédélys Québec, Eisner Award, Harvey Award, Joe Shuster Award ou Ignatz Award). Une belle pépite à (re)découvrir !

Article posté le mardi 01 septembre 2015 par Damien Canteau

  • Paul à Québec
  • Auteur: Michel Rabagliati
  • Editeur: La Pastèque
  • Prix: 23€
  • Parution: août 2015

Résumé de l’éditeur : L’achat d’une première maison et la mort d’un proche sont au cœur de ce nouvel opus. D’Ahuntsic à St-Nicolas, en passant par le célèbre Madrid, l’auteur nous amène, cette fois-ci, à découvrir sa famille à travers un livre fort émouvant. Michel Rabagliati nous démontre une fois de plus qu’il est en pleine maîtrise de ses moyens, il dessine la vie… tout simplement.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir