Après un premier album remarqué au design singulier, Nicolas Dehghani revient toujours en solo avec un album SF ambitieux de plus de 300 pages démontrant une maturité graphique et scénaristique.
La Terre dans un futur lointain.
La planète bleue n’a plus rien de paradisiaque. Afin de permettre le développement d’une atmosphère sur Providence, « La planète rouge », les colons ont épuisé la moindre ressource énergétique terrienne laissant la population exsangue et sans lui donner la possibilité d’avoir accès à ses progrès scientifiques et technologiques. Guerres et massacres furent alors légion, laissant pour longtemps les terriens comme des humains de seconde zone.

Les Providencins constituent aujourd’hui l’élite de la race humaine et gravir les échelons de cette société répartie sur 2 planètes devient une gageure pour n’importe quel « autochtone ». Keren Kepler est pourtant de ceux-là, ayant pu brillamment intégrer les effectifs de La concorde, sortes d’ambassades de Providence sur terre, présentes aux 4 coins du globe. Une structure censée rétablir un semblant de confiance entre humains.

Déterminé et droit dans ses bottes, Keren a pourtant fort à faire avec sa hiérarchie. Travaillant d’arrache-pied pour améliorer les relations entre deux peuples encore récemment antagonistes, un événement inattendu va pourtant tout chambouler…

La bd SF de la rentrée…sous le signe de Philip K. Dick ?
Providence est indéniablement LA bd SF de la rentrée. Généreux dans sa pagination – 328 pages au total – l’album offre un récit sombre où l’on peut aisément voir planer l’ombre d’un certain Philip K. Dick. En effet, ses nouvelles « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?», base de Blade Runner et « Souvenirs à vendre » transposée sur grand écran dans Total Recall semblent être voir été des pistes de réflexion pour Nicolas Dehghani.

Un dessin qui a pris du volume
Un constat s’impose d’emblée : l’auteur a fait du chemin depuis son premier livre, « Ceux qui brûlent ». Tant du point de vue du design que des décors ou des avancées technologiques imaginées, Providence fourmille de détails et offre une lecture dense, variée permettant de suivre sans encombre ce récit au long cours. Et ce en dépit d’une certaine redondance dans les expressions données à ses personnages, seule ombre graphique au tableau.

Une SF au service d’enjeux sociétaux contemporains
À l’instar de ses contemporains Matthieu Bablet (Silent Jenny) et Guillaume Singelin (Frontier) ayant tous deux mis en scène des conglomérats avilissant la race humaine, Nicolas Dehghani imagine une planète toute puissante face à laquelle le combat des Terriens est par trop inégal.

L’auteur n’hésite dès lors pas à soulever des problématiques bien réelles au XXIe siècle telles que l’accès aux ressources énergétiques et naturelles, le partage des richesses et des technologies, sans oublier la rôle de l’IA et de ses algorithmes mettant la société du futur en coupe réglée. Et cela, sans jamais nous montrer cette fameuse Providence née du pillage de la planète bleue, un parti pris efficace à plus d’un titre.
Loin des poncifs du genre, Providence interroge intelligemment tout en proposant un environnement cohérent, sombre, révolté qui ne manquera de faire réagir tout un chacun. Un livre inspirant et éclairant terriblement d’actualité.
- Providence
- Scénario & dessin: Nicolas Dehghani
- Éditeur : Sarbacane
- Prix : 29,00 €
- Parution : 19 août 2026
- Nombre de pages : 336
- ISBN : 9782377319138
Résumé de l’éditeur : Rien ne prédestinait Keren Kepler, le jeune terrien, à toucher un jour les étoiles. Admis parmi les Providencins, l’élite née sur la planète rouge, Keren franchit brillamment les portes d’un monde inaccessible pour le commun des mortels. Mais avec Providence, qui choisit vraiment son chemin… ?
