Rotunda

La jeune dessinatrice espagnole Candela Sierra dépeint dans un premier roman graphique, Rotunda, l’atmosphère cruelle et toxique du monde des start up. Décapant.

Licenciement

Tout avait pourtant bien commencé. Brisa, jeune sculptrice à l’aube d’une carrière prometteuse, avait abandonné un emploi de serveuse pour intégrer une agence spécialisée dans la conception de ronds-points en Espagne. Les employés de cette start-up branchée avaient l’air sympa. Son directeur, Junior, également. Mais tout cela pouvait-il durer dans un monde où la valeur travail n’avait pas le même sens pour tous ?

C’est là l’une des questions que pose Rotunda, le premier roman graphique de Candela Sierra, jeune autrice espagnole publiée au printemps dernier chez Sarbacane. Un album décapant à l’ironie douce-amère servi par un trait faussement naïf et coloré.

Ronds-points

Brisa se berce-elle d’illusions quand Junior lui fait miroiter un poste à  responsabilité dans sa jeune entreprise ? Peut-être. Toujours est-il qu’ici, on a des projets. Et des idées. Même saugrenues. En tout cas, il en faut pour répondre aux appels d’offres lancés dans tout le pays.

Et pour les remporter, quoi de mieux que le père de Junior qui use de ses hautes relations pour mettre en avant l’agence de son fils. Au fil des pages, on découvre derrière le masque tout sourire de ce dernier un drôle de directeur, un peu trop « tactile » avec ses employées et par ailleurs plus intéressé à cajoler ses plantes vertes qu’à faire briller son agence. Alors, ce sont les autres qui travaillent et sont chargés de faire marcher leur imagination.

Enfin pas trop. Les élus ne veulent pas forcément l’originalité. En fait, avoue Clemente à Brisa, le créatif de l’agence, « les maires sont comme des pharaons. Ils veulent tous laisser leur trace sur un rond-point. Non mais écoute, y en a un qui nous a demandé d’installer une pyramide à l’entrée d’un village… Perdu au fond de l’Estrémadure ! ».

Management toxique

En clair, ce Junior est un drôle d’oiseau, qui sous couvert de « coolitude » se révèle en manager toxique qui jongle avec les limites. Alors, peu à peu, dans cet univers un peu loufoque, les conditions de travail vont se dégrader pour les salarié(e)s de l’agence.

Junior sombre peu à peu dans la monomanie et semble passer le plus clair de son temps à arroser ses plantes quand il faudrait démarcher de potentiels clients. Ennui ? Envie d’ailleurs ? Avec humour, un ami lui résume la situation : « Eh oui, tu vois, le monde des ronds-points, on en fait vite le tour. »

Une critique sociale

Derrière le côté loufoque et l’humour des situations, Candela Sierra développe dans cette première bande dessinée un regard lucide sur le monde du travail. A l’instar de ses confrères et consoeurs ibériques , elle joue avec les codes du genre en brouillant les pistes, alternant séquences drôles et moments plus graves.

La start up nation pas plus que le monde du travail en général n’est épanouissant, semble-t-elle nous rappeler dans Rotunda. La jeune Brisa l’apprendra à ses dépens…

Article posté le dimanche 18 janvier 2026 par Jean-Michel Gouin

Rotunda de Candela Sierra (éditions Sarbacane)
  • Rotunda
  • Scénario et dessin : Candela Sierra
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix :  22 €
  • Parution : mai 2025
  • ISBN : 9791040806721

Résumé de l’album : Après des mois de recherches infructueuses, Brisa trouve un emploi dans une agence branchée, spécialisée dans la conception de ronds-points en Espagne. Jeune sculptrice, elle va enfin pouvoir mettre ses talents artistiques au service de projets enthousiasmants et quitter son boulot de serveuse. Rapidement, elle trouve sa place, sympathise avec ses collègues et gagne en responsabilités, mais elle a du mal à cerner Junior, le directeur. Derrière son visage tout sourire, celui-ci n’hésite pas à abuser de son pouvoir et dépasse trop souvent les limites. Et d’ailleurs, que fait-il de ses journées ? Alors que les conditions de travail se dégradent à l’agence, il passe son temps à arroser les plantes…

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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