C’est sous une magnifique couverture que se cache le nouvel album de Jean-Christophe Deveney et Édouard Cour. Sole Deo Gloria, c’est son titre, nous entraîne au 18e siècle à la découverte de deux enfants qui vont, grâce à la musique, voir leur vie modifiée à jamais.
Publié chez Dupuis, ce récit en noir et blanc nous immerge dans la dureté de cette époque, mais surtout dans la beauté de la musique baroque.

Une superbe couverture
Comment ne pas être, au premier regard, totalement transportés par la beauté de la couverture de Soli Deo Gloria, le nouvel album signé par le scénariste Jean-Christophe Deveney (Les Météores) et par le dessinateur Édouard Cour (Herakles) ? Il ressort de cet habillage comme une impression de richesse et surtout d’harmonie.
Portées, notes, neumes et volutes sont gravés en or et blanc comme pour mieux apprécier visuellement la richesse de la musique que Soli Deo Gloria va nous donner à découvrir. Le noir profond du fond sera désormais la nuance sur laquelle va s’appuyer ce récit. Les pages de garde, elles-aussi en noir, mat puis brillant, font office de tunnel comme pour mieux passer le barrage du temps et ainsi intégrer un siècle passé, celui du 18e.

Les pages de l’album semblent provenir de papier parchemin, celui-ci étant utilisé auparavant pour retranscrire à la main les portées. Pour mieux se repérer dans les chapitres, une portée verticale, située en bordure de chaque page, indique au moyen de notes, l’avancée dans la lecture. Et pour rendre cet ouvrage encore plus précieux, un signet également couleur or, permet élégamment de marquer sa page, si besoin était d’interrompre une telle lecture. Ces détails contribuent à renforcer l’impression de préciosité de l’objet livre.
Des jumeaux à la découverte de la musique
Hans et Helma sont des jumeaux nés au sein du Saint-Empire romain germanique. Le 18e siècle qui les accueille est aussi sombre que la pauvreté et la violence qui règnent sur ces familles paysannes. Le seul avenir qui leur est promis est de reproduire les conditions dans lesquelles ils sont nés et mourront.

Mais la découverte de la musique, tout d’abord à travers le chant des oiseaux, puis par l’intermédiaire un flûtiau sculpté par leur oncle, va chambouler l’existence des deux enfants. Ensemble, Helma au chant et Hans à la composition musicale vont grandir et améliorer leurs techniques grâce à des rencontres aussi improbables qu’opportunes. C’est ainsi qu’ils vont sortir de leur condition, apprendre des plus grands de leur siècle, musiciens, compositeurs ou luthiers.
Un voyage à travers les classes sociales et l’Europe
Absolument pas prédestinés à évoluer dans le monde de la grande musique, Helma et Hans, en subissant les affres de la violences, vont être amenés à quitter leur milieu. Tout d’abord recueillis au sein d’un orphelinat, c’est là qu’ils vont apprendre à s’exprimer à travers cet art et vivre leur premier concert en public. Placés chez un riche seigneur, celui-ci va leur faire enseigner les bases indispensables à la pratique musicale. S’ensuivirent d’autres rencontres prépondérantes, mais n’en disons point trop.

Cette évolution s’accompagnera également de changement de lieux. En grandissant, les jumeaux voyageront dans leur propre pays. Iront jusqu’à Adamstern dans les Provinces-Unies. Vogueront jusqu’à la cité lacustre de Laguna Majora. S’établiront au pied du volcan de San Gennaro. Et enfin seront sollicités pour rejoindre la cité de Romula. Un lieu d’excellence afin de mettre leur don au service du pontife-roi et rejoindre ainsi la quintessence des musiciens.
Si ces noms de lieux n’évoquent rien pour vous, ils peuvent toutefois sembler familiers. Ces endroits inventés ne seront pas sans vous rappeler d’autres lieux aussi illustres où la musique prit ses lettres de noblesse.
Des musiciens d’exception
Tout comme les noms des lieux visités par Hans et Helma, certains autres noms ont une consonance avec ceux de personnages bien connus et reconnus. « Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence ». Tel n’est pas le cas dans Soli deo Gloria. Jean-Christophe Deveney, passionné par Vivaldi, rend ici un très bel hommage à de grands acteurs du monde de la musique :
- Antonio Vivaldi (1678-1741)
- Antonio Stradivari dit « Stradivarius » (1644-1737)
- Jean Sébastien Bach (1685-1750)

Le scénariste nous fait, avec ce récit, entrer dans ce qui pouvait être l’univers de ces grands maîtres. Il nous entraîne dans un parcours de formation, mais également un parcours de vie, celui de Hans et Helma, poussé à l’extrême dans lequel seule l’excellence était reconnue. Le 4e art ne supportant pas de fausses notes.
Ces changement de nom des personnes et des lieux permettent ainsi aux auteurs de mieux s’affranchir de la réalité et de l’Histoire. Tout en apportant de plus une liberté dans leur création artistique.
Un noir et blanc profond
Pour accompagner ce magnifique récit, il fallait que le dessin soit au diapason. Edouard Cour, avec son noir et blanc et ses effets de gravure, tels qu’on pouvait les rencontrer chez l’illustrateur Gustave Doré (1832-1883), a relevé haut la main le défit. Avec son trait d’une finesse extrême, il va dans les moindres détails, comme pour apporter une précision de chef d’orchestre à son dessin. En utilisant des trames de points sur ses fonds, le dessinateur met en avant et modernise la technique du clair-obscur qui sied à merveille à ces temps marqués par un obscurantisme.

Et par son utilisation parcimonieuse de la couleur, il réussit à matérialiser les sons et la musique. De quelques notes au début de l’album, la couleur emplit de plus en plus la pages, au fur et à mesure que la pratique musicale se fait intensive et professionnelle. Un crescendo de notes et d’arabesques emplit les cases, telle la musique dans la vie d’Hans et Helma.
L’univers présenté dans l’album n’est en aucun cas aseptisé. La violence fait partie de la vie des deux enfants. Elle est même à l’origine de leur vocation et de leur implacable volonté d’évoluer vers autre chose, qui pourtant leur est totalement inconnu. Édouard Cour représente cette violence quand besoin est. Elle devient visible et incontournable, mais est représentée de telle manière, qu’elle en est magnifiée.
Soli Deo Gloria, un album incontournable ?
On ressent parfois qu’une certaine effervescence se produit autour de certains titres dès leur parution. Tel est le cas avec Soli Deo Gloria. Il faut reconnaître que ce conte, pourtant traitant d’une thématique très pointue qu’est la musique baroque, aurait pu réfréner les envies de lecture. Pourtant la découverte de l’album enchante au plus haut point. Et surtout attise l’impatience de celles et ceux qui n’attendent plus que de tenir cet album entre leurs mains.
Soulignons que l’album figure dans la liste des 20 titres sélectionnés pour le prochain Prix BD Fnac France Inter. Le début d’une belle aventure, à n’en point douter !

- Soli Deo Gloria
- Scénariste : Jean-Christophe Deveney
- Dessinateur : Édouard Cour
- Éditeur : Dupuis
- Parution : 03 octobre 2025
- Pagination : 280 pages
- Prix : 30,00€
- ISBN : 9791034768974
Résumé de l’album :
Nés sous le ciel crasseux du « Saint-Empire romain germanique », Hans et Helma étaient destinés à une vie de labeur et de pauvreté. Leur don et leur amour pour la musique s’offriront à eux comme un espoir, une lueur dans leur quotidien sombre et terreux. Après la disparition de leur famille, ils vont être recueillis par un ermite musicien qui va leur faire découvrir la richesse des sons de la nature. Accueillis ensuite dans un pensionnat religieux, ils vont apprendre les bases de la lecture et du solfège, leur permettant de déchiffrer les plus belles partitions de leur époque. Adoptés par un margrave, seigneur de guerre, ils découvriront ensuite la beauté des instruments de musique. Les palais de plusieurs villes européennes seront enfin les témoins silencieux de leur réussite et de leurs plus cruelles déceptions. Empruntant les codes du roman d’apprentissage, Soli Deo Gloria offre un récit dur empreint de beauté et d’espoir. Pour la première fois, Jean-Christophe Deveney met son talent d’écriture au service du trait précis et élégant d’Édouard Cour. Ensemble, ils offrent un titre époustouflant de beauté.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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