Il y a de cela 20 ans, Kaare Andrews explorait le futur de Spider-Man dans Spider-Man : l’Empire. Panini Comics publie en ce mois de mai 2025 la suite, Spider-Man : l’Empire 2. L’auteur canadien continue d’y explorer comment les citoyens abandonnent l’héroïsme au profit de la sécurité illusoire de dirigeants corrompus.
Spider-Man : l’Empire 2 : futur sombre, héros optimiste, pour lecture atypique
Peter Parker, bien que vieux et retiré du monde des super-héros, avait réussi à empêcher que New York soit livré et sa population dévorée par une meute de symbiotes. Mais Peter fut fait prisonnier et la chute du maire vit le retour d’un être pire à sa place : Wilson Fisk, le Caïd. Et surtout, la barrière énergétique qui enferme et protège la ville de l’extérieur est toujours active. Finalement, rien n’a changé. Mais Fisk offre une alternative : il propose de télécharger la conscience des New-yorkais pour les sauver de la prison qui les enferme. Et Peter sait que le Caïd a toujours des plans cachés. Mais peut-il sauver les New-yorkais une dernière fois ?
Capitaliser sur des fins ouvertes
Kaare Andrews nous l’a confié en exclusivité pour la sortie de cet album français, il apprécie plus que tout laisser des fins ouvertes à ses récits pour nourrir l’imaginaire des lecteurs. C’est aussi une bonne façon de se permettre un retour sur un univers.
L’auteur canadien a donc proposé à Marvel Comics de revenir sur son futur apocalyptique propre à Spider-Man. Après vingt ans, les sujets diffèrent mais les inquiétudes demeurent. Andrews questionne à nouveau l’abandon de la liberté par les citoyens au profit du confort et de la sécurité.
Son nouvel antagoniste, il lui avait laissé une petite place dans sa première mini-série, Spider-Man : l’Empire. Kaare Andrews redonne donc la main à Wilson Fisk et vient se nourrir notamment des nombreux doutes qui émergent à la suite du développement de l’IA générative et de sa mise à disposition au grand public. Une vie 100% digitale, sous forme d’intelligence artificielle, ne serait-elle pas plus satisfaisante et moins douloureuse ?
Spider-Man : l’Empire 2 version Retour vers le Futur
Le New York créé par Andrews est un huis-clos, un piège infranchissable à première vue. C’est en tous cas une règle d’univers qu’Andrews ne peut pas réellement faire tomber avant la potentielle fin de cette seconde histoire. Alors il décide de s’affranchir de cette limite avec une pointe de TGCM (Ta Gueule C’est Magique, abréviation de joueur de jeu de rôle), ou disons de deus ex machina, en renvoyant Peter dans le passé. Un moyen de lui offrir un champ d’action moins fermé et justifié par l’intérêt d’agir dans le passé pour changer le futur. Ce Peter Parker étant pétri de regrets et de remords, autant dire qu’il saute sur l’occasion d’essayer de corriger ce qu’il a pu rater.
Mais ce n’est pas parce qu’il déménage un peu le cadre de son histoire, que Kaare Andrews ne développe pas le monde créé au début des années 2000. Profitant de l’évolution de l’écosystème Spider-Man, il intègre notamment le personnage de Miles Morales, dont l’artiste assuré les couvertures à ses débuts. Cela permet d’offrir un miroir à Peter Parker, une évolution différente de la sienne pour l’amener à se remettre en question.
Un goût d’années 90 dans le dessin
Les lecteurs et lectrices de Spider-Man : l’Empire avaient parfaitement noté l’inspiration graphique forte de Kaare Andrews : Frank Miller. Pour ce second opus, et après une certaine maturation graphique, il a tourné son regard vers une autre légende du comic-book : Todd McFarlane. Voulant générer une certaine énergie, Andrews a singé les codes graphiques de l’artiste pour se les réapproprier. Il gagne en richesse de composition de pages et obtient en effet une tout autre ambiance. Miller avait introduit le Dark ‘n Gritty, le sombre et le violent dans le comic-book mainstream ; McFarlane en est l’évolution, vers quelque chose de plus monstrueux, de plus organique. Kaare Andrews se nourrit de cette grammaire et offre une prestation graphique plus que convaincante, tout en gardant tout de même sa personnalité propre.

Spider-Man : l’Empire 2 ou le contre-exemple Marvel
Spider-Man : l’Empire 2 est une œuvre à part dans le catalogue Marvel. C’est un des rares espaces d’expression pour une vision d’auteur, d’artiste. Kaare Andrews est ici mis à contribution pour qui il est, et ce qu’il peut apporter à un personnage. C’est un profond regret que Marvel n’offre pas cette chance à plus d’artistes afin d’offrir des récits nettement plus mémorables.
- Spider-Man : l’Empire 2
- Auteur : Kaare Andrews
- Éditeur USA : Marvel Comics
- Éditeur France : Panini Comics
- Date de publication France : 14 Mai 2025
- Nombre de pages : 120
- Prix : 18€
- ISBN : 9791039134248
Résumé éditeur : Un Peter Parker vieux et hanté par la disparition de ses proches a repris du service. Pour sauver son futur, et surtout Mary Jane, Spider-Man est-il prêt à retourner dans le passé ? Mais est-ce que ce serait une bonne idée ? Pas plus que si c’était un Miles Morales vieillissant qui y allait ! En tout cas, ce dernier est prêt à se battre contre Peter pour l’empêcher de provoquer une catastrophe.
