The holy roller – Komics Initiative

L’état moral et politique des États-Unis vous inquiète fortement ? Vous êtes un peu trop woke sur les bords et vous craignez que le fascisme MAGA n’envahisse l’Europe d’une manière ou d’une autre ? Komics Initiative vous propose un titre qui va vous apporter un peu de réconfort. Et vous ne regarderez plus le bowling comme un sport de beauf, avec The Holy Roller, de Rick Remender, Andy Samberg, Joe Trohman et Roland Boschi.

The Holly Roller : This bowl kills fascists !

Levi Cohen a grandi dans une petite ville américaine banale. Son père, David, est un champion local de bowling. Mais Levi n’a pas envie de vivre cette vie, celle de son père, au milieu d’une ville raciste. Alors il part de l’Ohio. Mais quelques années plus tard, il apprend que son père, veuf, est gravement malade. Alors il doit revenir. Et retrouver une ville encore plus raciste qu’avant. Les événements vont l’obliger à prendre en main la boule de bowling paternelle pour donner une bonne leçon à tous ces fascistes rednecks.

Amis de la poésie et du bon goût, au revoir !

Si vous cherchez une bande dessinée, un comic-book, fin, subtil et profond, vous pouvez déjà passer votre chemin. The Holy Roller, c’est l’exact inverse. Oui, la violence, c’est mal. Dans la réalité. Dans la fiction, elle a une mission cathartique. Celle d’imaginer ce que l’on voudrait faire, mais que l’on ne fera jamais. Ici, péter la tronche à ces saletés de gros racistes qui ne veulent pas comprendre que ce qui est différent n’est pas dangereux.

La pop culture nourrit The Holy Roller

Le trio de scénaristes vient piocher des clichés du cinéma ou du comic-book, pour nourrir leur délire.
On retrouve les villes de séries télé type Agence Tout Risque, dirigées par un maire corrompu et despote capitaliste. Levi lorgne singulièrement du côté des personnages de Steven Seagal dans une belle tradition de films d’action des années 90. Et évidemment, la figure du Holy Roller est un clin d’œil appuyé aux super-héros vigilants chers à Marvel ou DC.

Les fascistes sont vraiment des gens pas cools !

L’originalité est bien entendu à retrouver dans l’angle politique voulu par les auteurs.
Normalement, si vous lisez encore cet article, vous ne devriez pas avoir de problème à dire qu’être raciste c’est mal, que discriminer les homosexuels, ce n’est pas bien et que le fait d’être juif n’est pas un problème.

Les antagonistes de cette série sont bien entendu des caricatures, mais l’Amérique de Trump nous laisse à voir que malheureusement, les caricatures ont tendance à devenir assez réalistes, en ce moment. Cela étant dit, une application contrôlée par IA reconstituant la psyché d’Adolphe Hitler, on n’y est pas encore vraiment. Ici, on ressent une petite référence à l’univers de Transmetropolitan, de Warren Ellis, qui adorait jouer avec ce personnage dans des versions tout à fait ridicules. Les scénaristes connaissent décidément leurs classiques.

Spoiler, The Holy Roller n’est pas aussi bas du front qu’il n’y paraît

Alors oui, ils sont vraiment très méchants ces méchants et les voir se faire péter la tronche est absolument réjouissant.
Mais bon. Est-ce que The Holy Roller se résume à cela ? Non, évidemment. Sans chercher à produire un essai philosophique, Rick Remender et ses amis ont voulu apporter un questionnement dans cette histoire. Ce rapport à la violence justement. Ce rapport à la vengeance. Être juif, c’est vivre avec cette question lancinante. Doit-on se venger ou pardonner de tout le mal qui vous a été fait, juste du fait de votre religion ? Et puis, autre question de fond : qu’est-ce que l’Amérique ? Sur quelles valeurs ce pays a-t-il été construit, sur quelle promesse ?

Bref, un propos extrêmement contemporain pour ce trio américain.

Un comic-book multi culturel

Ce qui rend d’autant plus cocasse que le dessin soit réalisé par… un Français. Roland Boschi vit en Provence. Un territoire pas dépourvu de racistes, vous me direz. Il est secondé par Moreno Dinisio à la couleur.
L’artiste, actuellement publié chez Marvel Comics, se montre tout à fait constant au fil de l’album. Il propose un dessin fin, très lisible, finalement pas si éloigné de la ligne claire, par certains aspects. Il y ajoute une petite dose de caricature dans les personnages, afin de répondre aux intentions de ses scénaristes.

The Holy Roller est complètement un comic-book

On sent surtout une belle compréhension des enjeux du système de publication américain. Certains le déplorent, mais c’est un système qui appelle les dessinateurs à faire preuve d’efficacité et de jouer à fond la complémentarité des métiers pour gagner du temps. Et donc, de partager la composition de la page avec le coloriste. Boschi laisse beaucoup de place aux effets spéciaux pour habiller ses fonds de cases. Effets gérés par le coloriste. C’est leur travail commun qui offre le rendu final. Chaque partie est insuffisante, les deux réunies apportent le plaisir de lecture.

On laisse les boules de bowling dans les salles de jeu ?

Si vous voulez lire une BD politique mais fun et entrainante, histoire de sortir des « romans graphiques » engagés, The Holy Roller est LA lecture qu’il vous faut. En espérant ne pas avoir besoin de Levi Cohen dans la vraie vie. Ou d’avatars plus réalistes… 

Article posté le jeudi 15 janvier 2026 par Yaneck Chareyre

  • Titre : The Holy Roller
  • Scénaristes: Rick Remender, Joe Trohman, Andy Samberg
  • Dessinateur : Roland Boschi
  • Coloriste : Moreno Dinisio
  • Traducteur : Benjamin Viette
  • Éditeur USA : Image Comics
  • Éditeur France : Komics Initiative
  • Date de publication France : 15 janvier 2026
  • Nombre de pages : 280
  • Prix : 25€
  • ISBN : 9782386030291

Résumé éditeur : Parti travailler dans les eaux japonaises sur un navire de Greenpeace, Levi Coen se retrouve obligé de quitter son travail en urgence lorsqu’il apprend que la santé de son père se fait défaillante. Levi retourne alors dans sa ville natale en Ohio. Là-bas, le contexte a bien changé entre des affiches promouvant le port d’armes, les campements de fortune ou même la synagogue qu’il fréquentait enfant devenue une épicerie et des réactions pas franchement très accueillantes. En arrivant chez son père, Levi y revoit les photos de son enfance et les trophées qu’il avait remporté lors des compétitions de bowling. Après des retrouvailles pour le moins timorés, il apprend que les crimes antisémites sont devenus légions ici. Très vite, la route de Levi va croiser celle des néo-nazis qui ont pris le pouvoir dans les environs. Alors qu’il se fait agresser par plusieurs d’entre eux, l’écologiste attrape dans son sac la boule de bowling que son père lui a donné à son retour. Avec sa drôle d’arme, Levi fracasse ses agresseurs. Le dialogue avec ce type de personnes ne sert à rien. Il va devoir s’impliquer. Il va devenir le Holy Roller.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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