The long and winding road

Alors que son père vient de décéder, Ulysse va faire un long voyage afin de répandre ses cendres sur l’île de Wight, avec trois camardes de son paternel. Combi Volkswagen et rock’n’roll sont au cœur de The long and winding road de Christopher et Ruben Pellejero aux éditions Kennes.

ULYSSE HERITE DU COMBI VOLKSWAGEN

Dans le convoi mortuaire, Ulysse est furieux : son père « même mort, il continue de [le] faire chier ! » Accompagné de sa tante Jeanne, il doit conduire son paternel jusqu’à l’église. Tout le monde est là – famille et amis – pour rendre un dernier hommage à cet homme qui n’avait pas de réelles atomes crochus avec son fils.

Ne souhaitant pas être enterré dans le caveau familial, dans ses dernières volontés, il demande à Ulysse d’aller répandre ses cendres sur l’ile de Wight.

Le lendemain, il reçoit un colis de l’au-delà de la part de son père. A l’intérieur une carte routière, des cassettes audio de musique des années 70, des lettres et les clefs du Commodore, le vieux combi Volkwagen. Il apprend au passage que son propre fils, Thomas avait trouvé refuge chez son grand-père avec ses potes lors d’un séjour d’été et qu’il avait planté du cannabis dans son jardin.

UN LONG PÉRIPLE VERS LE PASSÉ

Accompagné par sa tante, Ulysse démarre son périple de Sète vers Montpellier et croise les anciens potes de son père. Comme pour tout, le jeune homme découvre le passé de son paternel qui avait donc un groupe de musique et un appartement dans la ville.

Petit à petit, le passé de son père et le sien se reconstituent. Laissant Jeanne chez elle à Montpellier, il monte dans le Combi avec les vieux amis paternels, direction l’île de Wight, lieu mythique de Woodstock qu’ils avaient arpenté lors du fameux festival…

THE LONG AND WINDING ROAD : UN EXCELLENT ROAD MOVIE

Christopher, au scénario, imagine un excellent road movie, touchant, sensible et très drôle. Faisant référence à la chanson The long and winding road de Paul McCartney pour son titre, il construit un puzzle où Ulysse va enfin découvrir qui était son vrai père. Il faut souligner que ce quadragénaire, père de famille rangé un peu en surpoids n’avait plus aucun lien avec son paternel, pire, il ne connaissait rien de son passé.

Reprenant la route vers un long voyage initiatique en quête de sa propre identité, Ulysse se transforme, grandit au contact aussi des trois énergumènes amis de son père. Vieux anar de gauche – Alain, Jacques et William – prêts à en découdre avec les fachos s’ils se présentent à eux, ils s’avèrent toujours aussi jeunes dans leur tête, indignés et rock’n’roll, caution humoristique de The long and winding road.

Sans révolutionner le genre, plutôt simple et classique dans la narration, cet album est néanmoins très accrocheur. L’auteur de Love Song et Bob Dylan revisited met en scène les non-dits et révélations familiales d’une très belle manière. Il a aussi pris soin de développer la psychologie des personnages et c’est cela aussi qui plait dans cet album.

DE CORTO MALTESE A L’ILE DE WIGHT

Adossé à l’album, le lecteur retrouve la bande originale de l’histoire composée de 45 titres (des Rollings Stones à Janis Joplin, en passant par Bob Dylan, David Bowie ou les Beatles). Ce bel hymne à l’amour filial est magnifiquement illustré par Ruben Pellejero. A travers 180 pages, le repreneur de Corto Maltese met en image ce récit chaleureux et poignant. Loin de son dessin sur le célèbre marin ou de Dieter Lumpen (avec Jorge Zentner, Mosquito), il délivre des planches singulières mais simples qui vont directement à l’essentiel. Son dessin ligne-claire est d’une très belle élégance.

Article posté le vendredi 11 novembre 2016 par Damien Canteau

The long and winding road de Pellejero et Christopher (Kennes) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • The long and winding road
  • Scénariste : Christopher
  • Dessinateur : Ruben Pellejero
  • Editeur : Kennes
  • Prix : 29€
  • Parution : 05 octobre 2016

Résumé de l’éditeur : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » disait le poète. C’est pourtant sans joie que notre Ulysse entreprend le voyage posthume que lui propose son père. En guise de dernière volonté, celui-ci l’invite à répandre ses cendres sur l’île de Wight, en Angleterre, en suivant le même périple que lui lorsqu’il s’était rendu au mythique concert de 1970. Une odyssée rock qui avait changé le cours de sa vie. Et qui pourrait bien changer la sienne… Sur une bande-son d’époque, au volant d’un combi Volkswagen hors d’âge et flanqué des trois compagnons de jeunesse de son père, tous plus barges les uns que les autres, Ulysse empruntera donc la route longue et sinueuse qu’ils avaient suivie quelques années plus tôt. Au-delà de la ligne blanche, Ulysse découvrira que son père n’était pas ce petit bourgeois étriqué pour qui il n’avait jamais eu grande estime. Et à travers lui, il comprendra mieux d’où il vient et qui il est vraiment. Un voyage intérieur d’une rare intensité !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir