Une pour toutes

Aventurière, bretteuse de talent, chanteuse d’opéra, féministe avant l’heure, Julie de Maupin a eu mille vies. Adaptant le roman éponyme de Jean-Laurent Del Socorro, le scénariste et dessinateur Dominique Monféry donne vie dans Une pour Toutes à cette femme attachante qui a traversé le XVIIe siècle.

Elevée à la cour de Versailles

Inspirée d’un roman historique de Jean-Laurent Del Socorro, la nouvelle bande dessinée de Dominique Monféry, Une pour toutes, transporte le lecteur à la cour de Versailles, en l’an de grâce 1688… C’est là, à l’école des pages de la Petite Écurie, que l’on fait la connaissance de la belle Julie d’Aubigny, dont le père est secrétaire des écuries royales. Une position sociale qui a permis à la jeune femme d’apprendre la danse, le chant, les langues, la voltige, l’équitation et surtout, l’escrime…

Une pour toutes de Dominique Monféry (éditions Rue de Sèvres)

S’affranchir des carcans

Comme c’est l’usage à l’époque, les femmes n’ont guère le droit à la parole dans une société dominée par les hommes. C’est ainsi qu’on a arrangé « pour elle » un mariage avec un certain Monsieur Maupin. Serait-elle destinée à vivre dans l’ombre de ce petit homme sans panache que son père lui a imposée ?

C’est mal connaître Julie. Maligne, obstinée, qui entend bien vivre sa vie et s’affranchir des carcans qui pèsent sur ses semblables. « Ni Dieu! Ni maître! Telle sera ma devise », annonce l’héroine à son père,  » Je n’en peux plus de cette société qui favorise les hommes. Je ne veux plus que quelqu’un me dicte ce que je dois faire, penser ou aimer ».

Une pour toutes de Dominique Monféry (éditions Rue de Sèvres)

En compagnie du diable

Mais si Julie Maupin a réellement existé ( elle serait née en 1670-73, décédée 35 ans plus tard, en novembre 1707 ), le personnage créé par le romancier puis par le dessinateur prend des libertés avec l’histoire.

C’est ainsi qu’on la fait rencontrer le diable en personne, Méphistophélès, du célèbre conte de Faust, l’un des plus connus de la culture populaire allemande. Le docteur Faust y signe un pacte avec le diable Méphistophélès, qui lui offre une vie de plaisirs en échange de son âme.

Julie ne cèdera pas aux propositions de cet étrange compagnon. Elle s’en fera même un ami, tout au long de ses années d’errance. Car après un duel qui a mal tourné, elle doit quitter Paris pour échapper aux foudres du lieutenant général de police. C’est alors le temps des rencontres amoureuses et des voyages sur les routes du royaume de France.

Marseille, Avignon, Poitiers seront quelques-uns de ses points de chute. On l’y retrouvera collectionneuse d’amants et d’amantes, ils et elles auront pour nom Séranne ou Angélique. Julie, sûre de ses talents, deviendra chanteuse d’opéra ou se produire dans des auberges…

Une pour toutes de Dominique Monféry (éditions Rue de Sèvres)

Liberté, liberté chérie

Pour cette adaptation dessinée, Dominique Monféry a su, avec son trait dynamique et élégant, mettre en avant les ressorts du récit de cape et d’épée. Comme dans le roman éponyme de Jean-Laurent Del Socorro, il fait la part belle aux dialogues, alternant entre prose et alexandrins.

La lecture de cet album n’en est pas moins fluide. Il donne chair et vie à une figure attachante du XVII e siècle, celle d’une femme qui a su combattre les préjugés de son temps, féministe avant l’heure. Vous n’oublierez pas de si tôt cette Julie d’Aubigny, dite Julie Maupin.

Article posté le samedi 15 juin 2024 par Jean-Michel Gouin

Une pour toutes de Dominique Monféry (éditions Rue de Sèvres)
  • Une pour toutes
  • Auteur : Dominique Monféry
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 20 €
  • Parution : Mars 2024
  • Pagination : 128 pages
  • ISBN : 9782810207015

Résumé de l’éditeur : Elle se bat à l’épée, collectionne les amants et amantes, se produit en tant que chanteuse à l’opéra de Marseille… Femme hors du temps et de tout cadre, Julie d’Aubigny – dite Julie Maupin – a traversé le XVIIe siècle avec une audace et un courage dont peu de femmes ont osé faire preuve à cette époque. Elevée à la cour de Versailles, et rapidement désireuse de vivre selon ses désirs, elle mène une vie faite de rencontres, d’étonnement et d’histoires parfois rocambolesques, mais bien réelles. Jusqu’à sa mort à l’âge de 35 ans, la liberté aura été le maître mot de son intense existence.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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