Valhardi, intégrale 4 : 1956-1958

Après avoir confié pendant dix ans les commandes Valhardi à Eddy Paape, Jijé reprenait les manettes en 1956. La quatrième intégrale de la série mythique du journal de Spirou revient sur cette passation de pouvoir avec quatre superbes récits : Soleil noir, Le gang du diamant, L’affaire Barnes et Le mauvais oeil.

Valhardi : naissance d’un héros

Né dans le numéro 40-41 du journal de Spirou en 1941, Valhardi s’impose rapidement comme une série favorite de la revue. Alors rédacteur en chef du magazine, Jean Doisy imagine les aventures du célèbre enquêteur en assurance. Il confie le dessin à Jijé – Joseph Gillain – auteur déjà reconnu à l’époque par Trinet et Trinette, Blondin & Cirage mais aussi Spirou & Fantasio pour lesquels il avait déjà réalisé trois albums.

Jeune et bel homme, ne connaissant pas la peur, Jean Valhardi semble avoir une petite trentaine d’années dans les albums. Il vit des aventures étonnantes de Belgique jusqu’aux confins du monde.

Laisser les commandes aux autres

Accaparé par d’autres projets importants et son départ pour les Etats-Unis, Jijé décide de laisser la main à Eddy Paape pour les aventures de Valhardi en 1946. Aidé de Yvan Delporte et Jean-Michel Charlier, le jeune auteur né en 1920 réalisera trois aventures : Le château maudit en 1953, Le rayon super-gamma en 1954 et La machine à conquérir le monde en 1956.

En 1948, le futur dessinateur de Jerry Spring et sa famille quittent le vieux continent pour s’installer en Amérique. Ils sont accompagnés par Morris et Franquin. Il faut souligner que Gillain avait peur d’une nouvelle guerre mondiale alors que les deux blocs Est-Ouest se toisaient.

Au Mexique ou à Wilton dans le Connecticut, Jijé continue de transmettre ses planches de Don Bosco ou Baden Powell à Dupuis. Dans la même période, il rencontre René Goscinny – futur grand scénariste – lui aussi venu tenter sa chance aux USA.

En 1950, tout le monde rentre en Belgique. Mais cela est de courte durée puisque la famille part s’installer à Barcelone, puis Cassis. Jijé décide alors de reprendre Blondin & Cirage l’année suivante. Alors qu’il avait confié les rennes de la série Spirou & Fantasio à Franquin, il ne peut décemment lui reprendre parce que le maître à fait prendre un tournant important à la série. Il ne lui reste que Valhardi

De Eddy Paape à Jijé

Victor Hubinon laisse facilement les commandes de Blondin & Cirage, accaparé par le succès de Buck Danny. Jijé vient de terminer Casque blanc et souhaite poursuivre dans cette veine réaliste. Comme le souligne Philippe Capart – spécialiste de la bande dessinée franco-belge –  le courant ne passait pas vraiment entre les Paape et Gillain : « Au fond, Jijé ne devait pas trouver que Valhardi de Paape était tout à fait à la hauteur et il a voulu en quelque sorte remettre son héros dans le droit chemin ». Il veut aussi se frotter à des décors plus urbains, des voitures ou des avions. Eddy Paape ne prend pas vraiment bien cette décision même s’il affirme le contraire quelques années plus tard.

Jijé fait appel à Jean-Michel Charlier pour continuer d’écrire les scénarios de Valhardi. Fini le costume croisé bleu, Jacquot ou Arsène les compagnons du héros créés pendant la période de transition. Le scénariste imagine alors Gégène, un très jeune photographe qui prendra un place important auprès de Jean.

A noter que la dernière histoire de cette quatrième intégrale est signée Philip pour le scénario. Philip étant le prénom du fils aîné des Gillain, comme il l’explique alors : « A l’époque, j’avais 16/17 ans et j’étais au lycée Montgeron. Un jour, j’ai dit à mon père que j’aimerais bien lui écrire un scénario ». Parfois Jijé lui dit que cela est mauvais, il confie néanmoins : « Philippe m’a surtout fourni des thèmes et j’assurais moi-même le découpage et la mise en image. Philippe avait des idées épatantes mais ne savait pas les développer ».

Quatre superbes récits de Valhardi

Le souffle de l’aventure, les enquêtes, les personnages forts et les complots sont au cœur de ses quatre superbes récits de cette intégrale de Valhardi.

  • Valhardi contre le Soleil Noir (Spirou n°957 à 988, 1956). Alors qu’il assiste à un accrochage volontaire entre deux voitures, Jean doit faire une déposition au commissariat. A sa sortie du bureau, il est photographié par un jeune homme, Gégène. Ensemble, ils se rendent à l’hôpital au chevet du blessé. Là, une bombe explose. Qui en veut à l’homme alité ?
  • Valhardi contre le Gang du diamant (Spirou n° 989 à 1012, 1957). Dans un chalet de montagne où ils se reposent, Valhardi et Gégène  viennent au secours d’un homme blessé pris en chasse par des tueurs. Après un tour au commissariat, ils reviennent chez eux mais l’homme a disparu…
  • L’affaire Barnes (Spirou n°1015 à 1035, 1958). Après avoir démasqué le Gang du diamant, Jean et Gégène montent à bord d’un avion pour rejoindre l’Europe. L’enquêteur reçoit alors un message de Jimmy lui demandant de descendre à Gander, leur escale…
  • Le mauvais oeil (Spirou n°1043 à 1063, 1958). Jean et Gégène sont interpellés par un homme sur un scooter qui leur demande de venir chez lui plus tard dans la soirée. Alors qu’il débute son histoire, il est interrompu par Baru qui l’enlève, tandis que les deux héros sont bâillonnés…

Pour plus de renseignements sur Joseph Gillain, parcourez le site de Jijé créé par François Deneyer, spécialiste de l’auteur.

Article posté le vendredi 27 avril 2018 par Damien Canteau

Valhardi de Jijé et Charlier (Dupuis)
  • Valhardi, intégrale 4 : 1956-1958
  • Auteurs : Jean-Michel Charlier, Philip et Jijé
  • Textes d’introduction: Jérôme Dupuis
  • Editeur : Dupuis
  • Parution : 06 avril 2018
  • Prix : 35€
  • ISBN : 9791034730124

Résumé de l’éditeur : Ce quatrième volume de l’intégrale Valhardi marque le retour du grand Jijé aux commandes de sa série mythique, dix ans après l’avoir confiée à Eddy Paape. Jijé adjoint à Jean Valhardi le personnage de Gégène, un jeune reporter-photographe. Il ajoute ainsi une touche de modernité à cette série créée pendant l’Occupation, au point de faire du personnage un aventurier de son époque, quelque part entre Jean Marais et Jean-Paul Belmondo au cinéma. Nous retrouvons ici des épisodes aussi remarquables que « Soleil noir », « L’affaire Barnes », « Le mauvais oeil » et « Le gang du diamant ». En bonus, l’ajout de la conclusion inédite du « Gang du diamant », présentée pour la première fois au lecteur. Pour ce virage mémorable entamé au milieu des années 1950, le style de Jijé se fait plus fort que jamais, mariant l’élégance à l’énergie. Incontestablement, celui qui sera le maître graphique de Franquin, Morris, Giraud/Moebius, Mézières, Chaland, etc., se trouve à l’apogée de son art. Par ailleurs, cet album est introduit par une riche préface signée Jérôme Dupuis, grand journaliste d’investigation pour L’Express et Lire.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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