Et si vous exploriez, à travers les rêves d’un jeune garçon, l’art, l’histoire et la culture du Japon ? Avec Yashirojima, la forêt des rêves perdus, aux éditions Vega-Dupuis, Kaeru Utagawa propose un voyage historique et onirique où humains et légendes se côtoient…
Comme dans un rêve…

Le petit Yuta est curieux : ses songes le poussent à aller dans la forêt et sont identiques à ceux de son père. Yuta est fort et brave. Ne croyant pas à la malédiction ou la facétie d’un esprit maléfique, il s’arme de son épée en plastique et de son chien, direction la forêt ! Mais sur place, une étrange torpeur l’envahit, le pousse à s’allonger, à s’endormir… Ce n’est que le début du parcours, d’un chemin pavé de vies et d’histoires…

Avec Yashirojima, la forêt des rêves perdus, nous voyageons entre plusieurs mondes : celui des rêves mais aussi le folklore et l’Histoire japonaise. Construit comme un recueil, chaque histoire se suit et finit par se lier les unes aux autres pour former un tout cohérent. Unis par le rêve de l’enfant, mais aussi par les thèmes développés : la liberté des hommes, la découverte ou la redécouverte des légendes, le fait de grandir et de s’épanouir… Derrière chaque récit se cache le spectre des créatures oniriques entrevu au début de l’ouvrage, façonnant des attentes qui sont tout à la fois entendues, trompées, explorées ou détournées.
Tout un recueil
Au fil des pages, on suit l’histoire de Yuta qui se rêve en héros allant pourfendre la créature dans la forêt. Puis de René, français bercé par les histoires et légendes japonaises, surtout celle de la renarde cherchant un mari. Ou encore de Kunikichi, tatoueur traditionnel dont l’art a failli disparaître à la fin du XIXème siècle à cause de la politique interne du Japon. Des périodes de trouble ou d’allégresse, des récits plus ou moins longs, Yashirojima nous offre ces instantanés plein d’humanité et d’histoire.

Chaque histoire s’accompagne d’une page écrite par l’auteur, nous expliquant à la fois son choix de raconter ce récit et ses intentions derrière sa mise en scène. Ajout de personnages ou de figures légendaires pour explorer une thématique, hommage à l’art et à la culture, ou inspiration puisée dans l’art des marionnettes japonaises pour dénoncer les horreurs de la guerre… Il y a de tout dans ce titre aussi étonnant que diversifié.
De la plume au crayon
Le trait de Kaeru Utagawa s’accorde parfaitement à son récit. On y retrouve le côté traditionnel de certaines représentations, par moment proche des estampes ; tantôt un côté plus enlevé, plus léger, jouant sur les textures notamment celles de l’encre noir et du tatouage. Chaque planche mélange habillement, comme ses récits, diverses influences pour nous raconter ces histoires parfois sans avoir besoin de mots.

C’est d’ailleurs à cela que l’on voit toute l’implication de l’auteur : au soin tout particulier pour s’emparer des arts et légendes et nous les transmettre, à travers le rêve d’un enfant qui prend de multiples formes, à travers le voyage du lecteur qui explore des sujets souvent peu mis en avant.

Avec Yashirojima, la forêt des rêves perdus, Kaeru Utagawa nous permet de visiter bien éveillés ses récits et de les découvrir, et pour un premier manga, force est de constater qu’il parvient à nous faire ressentir de nombreuses émotions, et à nous faire visiter des contrées oniriques et réelles fantastiques. Les éditions Vega – Dupuis nous permettent d’ailleurs de découvrir ces histoires dans un livre au grand format, pour nous immerger encore plus, à travers une collection Alpha qui n’en finit pas de nous faire voyager.
- Yashirojima – la forêt des rêves perdus
- Auteur : Kaeru Utagawa
- Éditeur : Vega – Dupuis
- Traduction : Pascale Simon
- Prix : 12,50 €
- Parution : 24 janvier 2025
- Nombre de pages : 216
- ISBN : 9782379503252
Résumé de l’éditeur : Un jeune garçon parti jouer de nos jours dans la forêt s’endort au pied d’un arbre. Sous la protection du dieu renard, ses rêves l’emmènent loin dans le temps, à la découverte de ses vies antérieures. Les dieux du rêve mettent ce dernier, jadis samurai, en face des massacres qu’il a commis, plus tard tatoueur, il vivra l’omerta post Seconde Guerre mondiale et la mise au ban de cet art subtil. Petit à petit, ce sont l’histoire et la culture du Japon qui se présentent au lecteur, par l’entremise de plusieurs clins d’œil qui raviront les initiés sans intriguer outre mesure les lecteurs lambda comme, par exemple, le jeu avec les pièces de shogi. L’auteur livre néanmoins les clefs de son récit au travers de propos introductifs et d’une interview de fin de volume.
À propos de l'auteur de cet article
Bénédicte Coudière
Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.
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