Des chauves-souris, des singes et des hommes

Deux jeunes médecins arrivent en Afrique pour effectuer une mission humanitaire mais la menace est proche ! Ebola se développerait après avoir touché les grands singes. Barroux et Paule Constant adaptent Des chauves-souris, des singes et des hommes, le roman de cette dernière aux éditions Gallimard.

Près de son village, Olympe recueille un bébé chauve-souris. Elle est fière de vouloir le montrer à tout le monde. Sauf que l’effet ne va pas fonctionner puisque dans le même temps, des adolescents reviennent avec le cadavre d’un grand singe. C’est une bénédiction pour tout le monde, ils vont pouvoir se nourrir plusieurs jours avec cette magnifique viande.

De son côté, Agrippine – jeune médecin – arrive sur le continent africain. Elle doit participer à une campagne de vaccination. Elle attend sagement la pirogue qui doit la conduire au dispensaire au milieu de la brousse. Elle est accueillie par Virgile lui aussi médecin en mission. Mais un terrible menace le pays et ses habitants : le virus Ebola…

Des chauves-souris, des singes et des hommes est un excellent album, voilà qui est dit ! Le lecteur est accroché de suite à ce parallèle entre les deux histoires : Olympe, la chauve-souris, le village et le singe d’un côté et de l’autre Agrippine et Virgile. Quelles seront les interactions entre ces deux récits ?

Paule Constant a imaginé cette histoire en 2016 et a décidé d’adapter son roman en bande dessinée. Son récit est brut, fort et intelligent. Il plonge le lecteur au cœur de l’Afrique avec ses couleurs, ses odeurs et ses habitants et ce de façon merveilleuse. Elle raconte ainsi le début de la propagation du virus Ebola, des grands singes vers les Hommes. Cette catastrophe sanitaire fera des milliers de morts en peu de temps dans certains pays comme la Sierra Leone, le Libéria ou la Guinée, à partir de 2013. N’oublions pas que les singes comme les chauves-souris ont été des vecteurs importants du virus Ebola, mais cela personne ne le soupçonne au début de l’épidémie.

A travers l’album, l’on découvre toutes les difficultés pour tenter d’éradiquer le fléau : le manque de vaccins, les protections des soignants, la non-compréhension de la maladie par certains habitants ou la prévention. Si cela semble sombre et cruel, Paule Constant ne se pose pas en donneuse de leçons. Elle raconte les faits et les difficultés. Tout cela sonne juste parce que bien documenté.

Elle parle aussi des traditions et du patriarcat lorsqu’elle met en scène Olympe à qui on ne prête pas attention parce qu’elle est une fille !

L’autrice construit son intrigue comme un conte qui ne se termine pas très bien, comme beaucoup de contes enfantins (qui au départ étaient plutôt pour les adultes). C’est brut, c’est cruel mais c’est beau !

Des chauves-souris, des singes et des hommes est à mi-chemin entre la bande dessinée et l’album, un objet hybride de grande valeur. Il n’y a pas de phylactères et le texte est tantôt dessous, dessus, à droite ou à gauche des illustrations de Barroux. Le dessin de l’auteur de Le point du I (avec Mélanie Richoz) est naïf et très coloré comme l’est l’Afrique. Fabuleux !

Ayant tous les deux vécus en Afrique, Paule Constant (Prix Goncourt en 1998 avec Confidence pour Confidence) et Barroux décrivent avec justesse ces pays et ces ambiances. Une vraie réussite !

Article posté le mercredi 21 février 2018 par Damien Canteau

Des chauves-souris, des singes et des hommes de Barroux et Paule Constant (Gallimard) décrypté par Comixtrip
  • Des chauves-souris, des singes et des hommes
  • Scénariste : Paule Constant
  • Dessinateur : Barroux
  • Editeur : Gallimard
  • Parution : 1er février 2018
  • Prix : 18€
  • ISBN : 9782075084291

Résumé de l’éditeur : Dans un village africain, une fillette enjouée cajole une chauve-souris. De jeunes garçons rapportent fièrement de la forêt le cadavre d’un beau singe au dos argenté. Ainsi débute une série d’événements qui frappent tour à tour les protagonistes de cette histoire : habitants des cases, coupeurs d’hévéas, marchands ambulants, piroguiers, soignants, et mêmes primatologues en mission. Un mal pernicieux se propage silencieusement au pied de la Montagne des nuages, et le long d’une rivière sur laquelle glisseront bientôt les pirogues funèbres. La plupart l’ignorent superbement, d’autres en cherchent vainement l’explication dans la magie, la science ou la nature.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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