Soft City

Nommé dans la Sélection Officielle du Festival d’Angoulême, Soft City est un formidable album de Hariton Pushwagner aux éditions Inculte.

Le soleil se lève à peine sur une gigantesque ville. Dans son berceau, un bébé se réveille et se rend dans la chambre de ses parents. Il s’éclipse pour ne pas les gêner dans leur sommeil.

7h : le réveil sonne et sort le couple de la léthargie. Ils prennent leur pilule et se demande où est leur enfant. Le père se rase puis déjeune en lisant les nouvelles dans le journal, tandis que la mère s’occupe du petit.

C’est ensuite l’heure de partir au travail, l’homme ouvre la porte de son appartement…

Sans trop vouloir en dire pour ne pas divulguer l’intrigue et le ressort narratif ingénieux, nous pouvons l’affirmer que Soft City est un sublime album ! Ecrit dans les années 70, il a fallu attendre 2008 pour qu’un éditeur norvégien (No comprendo) se penche sur cette histoire et la fasse paraître en livre. Il faut souligner que Pushwagner avait perdu toutes ses planches sur un bateau entre Olso et Londres et que par magie elles ont réapparu.

Terje Brofos en 1940, Hariton Pushwagner est un artiste norvégien reconnu dans le monde entier. Il lui faudra 6 années (entre 1969 et 1975) pour mettre en image cet album, une excellente dystopie glaçante et étonnante. Des êtres humains formatés, « Soft » une marque qui agit au quotidien sur eux, ainsi que des mouvements mécaniques comme dans les Temps Modernes de Chaplin et l’on obtient un livre fort et qui ne ressemble à aucun autre.

Si parfois, le lecteur peut penser aux récits de Marc-Antoine Mathieu (son œuvre est postérieure à celle de Pushwagner), Soft City attire par sa grande modernité dans le propos. L’endroit où travaille le père peut d’ailleurs faire penser à Playtime, le merveilleux film de Jacques Tati.

Quoiqu’il arrive, les êtres humains ne pensent pas par eux-même, on réfléchit pour eux ! Le lecteur pourra y trouver un écho contemporain avec ce qui se fait actuellement avec les algorithmes des ordinateurs. Visionnaire Pushwagner ! 30 ans avant l’avènement et la démocratisation d’internet.

Le dessin est en phase avec le propos de Soft City : simple, froid et mécanique, démultipliant tout ! A noter une belle préface de Chris Ware et une post-face de Martin Herbert pour éclairer l’album. Passionnant !

Article posté le mercredi 10 janvier 2018 par Damien Canteau

Soft City de Hariton Pushwagner (Inculte) décrypté par Comixtrip
  • Soft City
  • Auteur : Hariton Pushwagner
  • Editeur : Inculte
  • Prix : 30€
  • Parution : 03 avril 2017
  • IBAN : 9791095086413

Résumé de l’éditeur : « Soft City », du dessinateur norvégien Hariton Pushwagner est un joyau du graphic novel, une dystopie unique en noir et blanc qui retrace la journée ubuesque d’un cadre moyen dans une mégalopole anonyme, au beau milieu des années 1970. Le trait unique de Pushwagner, alors tout juste adulte, bien avant qu’il ne devienne un artiste contemporain reconnu, plonge dans la vie morne et aliénante de la société de consommation. Ce livre culte n’avait jamais été publié jusqu’alors : recommandé par WS Burroughs, un éditeur anglais avait voulu le publier en 1979 mais l’artiste avait perdu toutes ses planches dans le bateau l’amenant d’Oslo à Londres. Données pour perdues, elles refont surface trois décennies plus tard, et c’est la New York Review of Books qui se charge de la publier, fin 2016. Rappelant David Lynch et son Eraserhead, Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne ou encore les grands romans de Ballard, ce roman graphique unique est un chef-d’oeuvre sans nul autre pareil » — Chris Ware, 2016

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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