Thérapie de groupe #1

« Je m’appelle Jean-Eudes de Cageot-Goujon. Mais vous me connaissez sans doute mieux sous le nom de de Manu Larcenet ». Star internationale de la bédé.«  Présentations faites, sur fond de coupure de presse élogieuses, rien ne semble résister à la période faste du dessinateur. Rien sauf une chose : la panne de l’inspiration. Et c’est précisément ce qui arrive à Jean-Eudes. Au moment même où il est à son apogée. L’auteur à l’ego démesuré (les médias l’aident bien à le maintenir dans cette suffisance), se retrouve soudainement confronté au « trou noir sur la page blanche ».  Ce premier tome de Thérapie de groupe plonge ainsi dans la détresse la plus éloquente un artiste à la recherche d’une simple idée pour redémarrer sa carrière.

Comment passer d’un Prix Nobel de littérature avec un livre d’images, au vide total ? Comment prétendre qu’on mérite deux légions d’honneur alors qu’aujourd’hui, seul le néant sort de la pointe du crayon. Jean-Eudes est victime de tout ce qu’un auteur redoute un jour. Plus rien ne lui vient en tête. Paradoxalement, le dessinateur complètement abattu va tout mettre en oeuvre pour trouver l’idée du siècle.

Il ira ainsi chercher chercher de l’aide auprès de ses (lointains) pairs. Qui de mieux que ces artistes de la Préhistoire ou ces célèbres peintres de la Renaissance pouvaient donner le chemin à suivre ? Malgré ces artistes de grand talent, quand on passe sa vie à dessiner des mammouths laineux ou que l’on peint ce que Dieu vous ordonne, difficile d’en exhumer l’illumination tant attendue.

Et même quand Léonard de Vincy ou autre Paul Cézanne tentent de lui prodiguer leurs précieux conseils, Jean-Eudes n’arrive toujours pas à réveiller Manu Larcenet. Alors pourquoi aller chercher si loin ? La famille ne serait-elle pas la meilleure critique pour approuver ou (pas) un éventuel nouveau projet salvateur ?

Dans ce premier tome de Thérapie de Groupe, Manu Larcenet fait une nouvelle fois éclat de tout son talent. Le dessinateur des inoubliables Blast et Rapport de Brodeck s’empare ici d’un sujet sensible pour chaque artiste par une dose d’humour telle qu’on en oublie presque que son héros est au paroxysme de sa détresse morale.

Et peu importe si Manu parle du réel état dépressif de Larcenet. Peu importe si certaines planches insérées feront penser à un hommage à Fabcaro pour les uns ou L. Trondheim pour les autres. Peu importe si, en fin de compte, le syndrome de la page blanche est un sentiment très égoïste puisque inaccessible pour celles et ceux qui n’ont pas l’âme créative. Thérapie de groupe se lit avec le sourire aux lèvres du début à la fin. Et pas uniquement pour ses situations qui tournent à la dérision. Mais aussi par toute la poésie, l’acharnement, la maladresse touchante qui émanent du héros de Larcenet.

En ajoutant une riche variété graphique issue de l’utilisation inédite de la palette, Manu Larcenet donne à Thérapie de groupe une véritable immersion dans la conscience chaotique de Jean-Eudes de Cageot-Goujon. Il ne nous reste plus qu’à le suivre jusqu’à ce qu’il atteigne l’étoile qui danse.

Article posté le dimanche 23 février 2020 par Mikey Martin

Thérapie de groupe de Manu Larcenet (Dargaud), tome 1 décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Thérapie de groupe #1 : L’étoile qui danse
  • Scénariste : Manu Larcenet
  • Dessinateur : Manu Larcenet
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 15,90 €
  • Parution : janvier 2020
  • ISBN : 978-2205084047

Résumé de l’éditeur : « Thérapie de Groupe » met en scène de façon éblouissante un auteur de bande dessinée à la recherche de l’inspiration. Dans une quête inlassable il parcourt l’univers de la création. Il remonte l’Histoire, fait appel aux plus grands peintres, interpelle Boileau, Nietzsche ou Dieu Lui-même. Faire rimer humour et désarroi n’est pas à la portée de tous les poètes. Avec cet album drôle et émouvant, cultivé et percutant, c’est pourtant l’exploit que réalise l’auteur. Ce voyage aux sources de la création est l’occasion pour le lecteur de constater l’extraordinaire talent graphique de Larcenet et l’ampleur de sa palette. Mais aussi d’entrevoir la douleur d’un artiste se cognant aux murs de l’incompréhension et de la solitude. Au bout du voyage, à chaque fois, l’impasse de la souffrance. Avec une lucidité féroce, l’auteur ne s’épargne jamais et dépeint de façon poignante un artiste à la dérive. Sauf que cet artiste, Manu Larcenet, est aussi le maître de l’autodérision. Et qu’il réussit à rendre chaque dessin, chaque page, chaque échec, aussi hilarants que bouleversants. Face à l’angoisse de la création, sans artifice ni dissimulation, il se met à nu dans une exploration d’une richesse et d’une profondeur rare et d’une vérité souvent déchirante. Et d’une drôlerie surprenante. Dialogues ciselés, mise en scène au cordeau, dessin incroyablement abouti, le dernier avatar d’une oeuvre originale et dense, « Thérapie de Groupe » enchantera évidemment la cohorte des fidèles de Larcenet. Et sera un vrai choc pour ceux qui le découvrent.

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

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Mikey, dont les géniteurs ont tout de suite compris qu'il était sensé (!) a toujours été bercé par la bande dessinée. Passionné par le talent de ces scénaristes, dessinateur.ice.s ou coloristes, il n'a qu'une envie, vous parler de leurs créations. Et quand il a la chance de les rencontrer, il vous dit tout !

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