Sunny

Après Amer béton et Ping Pong, Taiyou Matsumoto livre un nouveau titre Sunny. Publié par Kana, ce merveilleux manga conte le quotidien d’enfants placés dans un orphelinat, qui n’ont qu’une vieille voiture pour voyager et se changer les idées.

UN ORPHELINAT PROTECTEUR

Foyer Hoshi No Ko (Les enfants de étoiles), au Japon, dans les années 70. Dans cet orphelinat du Kansai, se côtoie quelques enfants, placés là, depuis l’abandon ou le décès de leurs parents : Haruo, Shosuke, Junsuke, Kiiko, Megumu ou encore Tarô. La petite structure, gérée par un vieil homme qui passe son temps à dormir, semble des plus paisibles. Entre quotidien et école, les orphelins passent leur temps à bord d’une vieille Nissan Sunny jaune, au fond du jardin, mais qui ne fonctionne plus : ils voyagent et rêvent d’un monde meilleur.

L’ARRIVÉE DU MYSTÉRIEUX FEI

Ce matin, ils accueillent un nouvel enfant, Fei, garçon mystérieux, portant de grosses lunettes et une casquette qui mangent la moitié de son visage. Après une visite du foyer par Junsuke, le nouvel arrivant commence à prendre ses marques. Alors qu’il est intrigué par Tarô déclamant une chanson japonaise, on lui présente la Sunny, objet de tant de voyages.
Le jeune garçon pense qu’il ne restera pas longtemps dans l’orphelinat et que quelqu’un viendra le sortir de ce mauvais piège.

UN RÉCIT AUTOBIOGRAPHIQUE

A travers le magnifique Sunny, Taiyou Matsumoto livre son projet le plus intime, touchant et bouleversant. Il propose une vision de sa propre jeunesse dans un orphelinat, entre joies et tristesse, entre gaieté et grande noirceur. Comme dans Amer béton (Tonkam, 1996), il dépeint l’univers de ces enfants innocents abandonnés et donc ses propres souffrances : le rejet, l’abandon, l’isolement et la quête de son identité. Alors qu’il ne souhaiterait en aucun cas remettre les pieds dans ce style de structure, il a décidé de dépeindre la vie de l’orphelinat de manière un peu angélique dans ce lieu ultra-protecteur.

Les 220 pages sont découpées en 6 chapitres au titre évocateur et d’une grande poésie mettent en lumière les rêves, les espoirs et les failles de ses jeunes enfants, une communauté à part, protégée par la structure mais livrée à elle-même dans sa tristesse. Entre mélancolie et humour, son histoire bouleverse le lecteur de page en page.

UNE VOITURE PORTEUSE DE RÊVES

L’objet central de ce manga, c’est la Datsun Sunny 1200, qui incarne un double symbole : l’envie d’un ailleurs meilleur, un autre monde et l’impossibilité de partir ; la voiture ne fonctionne plus. Cette voiture interdite aux adultes est un lieu qu’ils apprécient pour discuter, rêver et voyager à l’abri des regards.

UNE GALERIE DE PERSONNALITÉS COMPLEXES

Le point fort de cette magnifique histoire est le soin apporté aux personnages à la personnalité complexe ; des enfants à l’histoire délicate, en quête d’identité, psychologiquement perturbés mais très attachants. Taiyou Matsumoto évoque d’ailleurs cette galerie: « Nous sommes dans un manga, et même si j’évite les stéréotypes, j’ai travaillé une galerie de personnages qui soit le plus lisible possible, avec des tempéraments très différents ». Haruo, à la chevelure blanche et colérique, Shosuke, morve au nez et qui aime se carapater, Junsuke, garçon envieux et attiré par tout ce qui brille, Kiiko, vraie amie qui console, Megumu, d’une grande sensibilité et Tarô, géant un peu attardé et qui passe son temps à chanter.

UN TRAIT RÉALISTE

Le talentueux mangaka propose de magnifiques planches au lavis en noir et blanc. Les expressions des enfants sont tour à tour pudiques et exaltées. L’auteur est le parfait lien entre manga et culture européenne ; d’ailleurs il voue une admiration à Moebius et Bilal et cela se ressent dans ce merveilleux Sunny.

Article posté le vendredi 21 novembre 2014 par Damien Canteau

  • Sunny, le volume 1
  • Auteur : Taiyou Matsumoto
  • Editeur : Kana
  • Prix : 12.70€
  • Sortie : 21 novembre 2014

Résumé de l’éditeur : Un centre d’accueil pour enfants en difficulté sociale abrite des personnalités fort différentes, mais tous portent en eux une solitude qu’ils gardent au fond de leur coeur. Leur lieu de prédilection : une vieille Nissan « Sunny ». L’endroit où tout devient possible, où l’imaginaire n’a plus de limites !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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