Mussolini, Avanti popolo

Avec le tome 1 de ce nouveau diptyque, Mussolini, Avanti popolo, Patrice Perna nous plonge dans les derniers jours du dictateur fasciste. Accompagné au dessin par Malo Kerfriden, les deux auteurs brossent le portrait d’un homme, qui se voulait empereur tels ses illustres prédécesseurs, mais d’un homme en fin de règne. L’histoire d’une fuite désespérée publiée chez Glénat.

Mussolini Avanti popolo - Patrice Perna et Malo Kerfriden - Glénat

Mussolini vu par l’Histoire

S’il existe bien deux images de Benito Mussolini que l’on peut avoir en tête quand on parle du dictateur italien, il s’agit tout d’abord de celle où on le voit haranguer la foule depuis un balcon sur la Piazza Venezia en 1936.

La deuxième, ou devrais-je dire la dernière, est celle où il figure aux côtés de sa maîtresse Clara Petacci. Fusillés la veille avec des fidèles, ils ont été pendus par les pieds, piazzale Loreto à Milan le 29 avril 1945.

Arrivé au pouvoir en 1922 après sa Marche sur Rome, Mussolini, à l’origine instituteur et journaliste, fut tout d’abord Président du Conseil des ministres, puis par la suite chef de la République sociale italienne. Il est celui qui va plonger son pays dans la Seconde Guerre mondiale en s’alliant avec Hitler et l’Allemagne nazie.

Le choix des derniers moments

Une première fois écarté du pouvoir et emprisonné dans les Abruzzes en 1943, Hitler fera libérer le Duce en montant l’opération Eiche, menée par le Waffen SS Otto Skorzeny. C’est à cette période qu’il instaure la République sociale italienne, à la solde de l’Allemagne nazie. L’Italie se voit alors scindée entre deux factions, le Comité de Libération nationale (communiste et antifasciste) et le régime en place soutenu par les SS et la Gestapo.

Dans ce nouvel album, Patrice Perna aurait pu raconter la vie extrêmement dense de cet ancien militant syndicaliste, ou bien son l’arrivée au pouvoir. Mais il a préféré s’intéresser à cette période, pendant laquelle, proche de la déchéance, le chef des chemises noires a dû, pour la deuxième fois, fuir afin d’échapper provisoirement à la mort.

Un régime à bout de souffle

Les auteurs ont choisi de débuter leur récit en 1942 à Paris, lorsque Folco, un jeune immigré italien veut retourner dans son pays pour aller se battre. Comme de nombreux Italiens opposés au régime fasciste et obligés de quitter leur pays, il désire le libérer au nom du communisme et de la liberté.

Mussolini Avanti popolo - Patrice Perna et Malo Kerfriden - Glénat

Trois ans plus tard, le régime du Duce est à bout de souffle. Le Comité de Libération nationale veut mener une insurrection, sauf si Mussolini annonce sa reddition totale. Reçu par le cardinal Schuster, archevêque de Milan, le chef du parti fasciste refuse, persuadé d’être encore utile au peuple italien. Mais la foule grondant à Milan, il lui faut urgemment rejoindre Côme avec ses hommes pour mener son dernier combat.

Mussolini Avanti popolo - Patrice Perna et Malo Kerfriden - Glénat

Fuir pour survivre

Accompagné par Clara Petacci et surveillé par un détachement de la Wehrmacht, Hitler ayant peur que Mussolini se réfugie en Suisse, le Duce part se mettre à l’abri. En effet, des milliers de Chemises noires sont censées le rejoindre pour continuer le combat. Il les attendra. Elles ne viendront qu’à une douzaine.

Dans ce récit, on découvre un homme, qui bien qu’au sommet du pouvoir, vient de comprendre qu’il ne peut plus compter que sur une poignée de très proches. Hitler, son plus « fidèle » allié, ne semble plus lui faire confiance. C’est pour cela qu’il fait entourer sa fuite par ses hommes alors que Mussolini pense encore pouvoir décider seul de son avenir. Et de l’endroit où il va pouvoir se réfugier.

Une opposition en ordre de marche

Si le personnage de Folco nous est présenté en début d’album, c’est parce qu’il risque d’avoir un rôle important à jouer dans la suite de ce récit. On le voit même croiser par hasard Mussolini en 1945 à Milan, quelques jours avant sa mort. Mais pour l’instant son rôle n’est pas encore bien défini. Tout du moins à nos yeux.

Les mouvements d’opposition au Duce prennent place progressivement au cours du récit. Unis par le chant Avanti Popolo, on découvre comment Anglais et Américains vont, chacun dans son coin, œuvrer pour faire arrêter le Duce. Ce sont eux qui informeront les résistants sur la direction que va prendre leur ennemi commun pour se mettre à l’abri.

Mussolini Avanti popolo - Patrice Perna et Malo Kerfriden - Glénat

Un épisode bien dépeint

Voilà encore un épisode de l’Histoire très bien narré par Patrice Perna, tout comme précédemment avec Darnand, Kersten, La Part de l’ombre, Forçats et le très poignant Morts par la France qui en sont quelques beaux exemples. C’est toujours un plaisir que de  retrouver le travail de ce scénariste à travers des écrits toujours très exigeants et très bien accompagnés au dessin.

En l’espèce, avec le trait de Malo Kerfriden, le dessin sombre et acéré sonne parfaitement le glas du régime totalitaire de Benito Mussolini. Le personnage de Mussolini passe par toutes les expressions en fonction des situations. Bien ressemblant à son modèle, qui pouvait être extrêmement caricatural quand il vociférait.

La colorisation de Florence Fantini est réalisée en de judicieux tons gris et marron. Et l’adjonction parfois de touches de jaune peut suggérer un clair-obscur, qui ne fait qu’accentuer la sensation d’absence d’issue à cette fuite.

 

Voilà un album à découvrir que l’on connaisse ou pas les conditions dans lesquelles celui qui se rêvait empereur romain a rejoint son funeste destin. L’histoire du crépuscule d’un homme abandonné à son triste sort.

Article posté le samedi 04 juillet 2026 par Claire Karius

Mussolini Avanti popolo - Patrice Perna et Malo Kerfriden - Glénat
  • Mussolini, Avanti popolo tome 1
  • Scénariste : Patrice Perna
  • Dessinateur : Malo Kerfriden
  • Coloriste : Florence Fantini
  • Éditeur : Glénat
  • Prix : 15,50 €
  • Parution : 24 juin 2026
  • Nombre de pages : 56
  • ISBN : 9782344056295

Résumé de l’éditeur :  La fin d’un monde En pleine Seconde Guerre mondiale, dans la France occupée, Folco, adolescent immigré italien, rêve de liberté et d’honneur. Bercé par les chants révolutionnaires de son pays et révolté par la dictature, il décide de rejoindre les partisans pour combattre Mussolini. Trois ans plus tard, en avril 1945, Milan s’apprête à tomber. Le cardinal Schuster tente une dernière médiation entre le Duce et le Comité de Libération nationale. Mais Mussolini, affaibli et plus paranoïaque que jamais, refuse toute reddition. Traqué par les Alliés, il décide de fuir vers Côme avec ses derniers fidèles, tandis que les partisans entrent dans la ville au chant d’Avanti Popolo. Parmi eux, Folco, devenu homme et soldat, croise enfin le regard de celui qu’il s’était juré d’abattre. Le destin vient de les réunir et le dernier acte de cette « tragédie » peut enfin se jouer… Entre drame historique et récit initiatique, Avanti Popolo raconte la fin d’un monde : celle du fascisme, de ses illusions.

À propos de l'auteur de cet article

Claire Karius

Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement !

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