Ce 24 juillet, le Festival d’Angoulême annonce que Franck Bondoux quitte son poste à la fin de l’année 2027. Le 11 juillet, l’association du Festival annonçait également ouvrir la gestion de l’évènement à la concurrence. Une décision impatiemment attendue par les acteurs du livre et les acteurs locaux dans un climat sous haute pression. Pourtant, le départ annoncé de Franck Bondoux pourrait tout aussi bien annoncer que rien ne change…
Récapitulons
Depuis 2007, le Festival International de la Bande Dessinée est géré par l’entreprise « 9e art+ ». Franck Bondoux, missionné depuis quelques années pour développer les partenariats du festival, fonde l’entreprise spécialement pour chapeauter le festival. Déjà en 2015, certains demandent la mise en concurrence de la gestion du FIBD. Parmi eux, des acteurs locaux et du monde de la bande dessinée, dont des membres fondateurs du festival. À l’époque, la démarche n’aboutit pas.
Ce sont les articles de Lucie Servin publiés par L’Humanité en janvier 2025 qui ravivent les flammes. L’enquête dénonce le licenciement d’une salariée victime présumée de viol, remet en question le sponsor Quick (depuis l’édition 2025) et le management toxique de l’entreprise 9ème art+. Suite à quoi, 400 auteurices lancent une pétition pour réclamer la mise en concurrence de la gestion du festival. Comme moyen de pression, ils et elles menacent de ne pas venir à l’édition 2026 si rien n’est fait. La pétition remporte plus de 2200 signatures.
L’Association du FIBD prend acte
Le 11 juillet dernier, l’association du FIBD annonce dans un communiqué la mise en concurrence de la gestion du festival. Dès le lendemain, l’appel à candidature est lancé via la page Facebook de l’association.
L’ordre de mission ?
Le prestataire sélectionné devra :
- Organiser le Festival
- Pérenniser le Festival
- Faire rayonner le Festival, notamment par des actions et événements dérivés du Festival susceptibles d’avoir lieu à d’autres dates et en d’autres lieux que le Festival lui-même
- Développer la notoriété et l’image du Festival en France et à l’international.
Et ce, pour une durée de 7 ans, à partir de 2028 jusqu’en 2037.
L’Association du FIBD a précisé que les candidats doivent être une structure uniquement dédiée au festival. Ce qui permet de pouvoir bénéficier des subventions publiques explique le communiqué. Ils doivent avoir un siège social et des bureaux permettant d’accueillir toute l’équipe du Festival durant l’évènement mais aussi à l’année. Ils ne doivent être ni une association, ni un groupe capitalistique multinational, ni une société mère et autres filiales.
Franck Bondoux passe la main à partir de 2028
Dans un double communiqué, les financeurs publics du festival et l’association du festival, annoncent que Franck Bondoux a transmit sa décision de se retirer de son poste de délégué général du festival au terme du contrat qui lie sa société – 9ème art+ – à l’association du FIBD, fin 2027″.
« Pas de panique… »
Les financeurs, parmi lesquels le ministère de la culture, le Centre National du Livre, la région Nouvelle-Aquitaine, le département Charente, Grand Angoulême et la ville d’Angoulême, remercient 9ème art+ et Franck Bondoux d’avoir œuvré durant 20 ans pour le développement du festival. Ils renouvellent par ailleurs leur financement pour l’édition 2026 et rappellent leur intérêt pour l’indépendance de l’Association du festival.
De son côté, ladite association, tente de rassurer son public quant à la pérennité de son organisation : « Il est cependant essentiel de considérer que la société 9eArt+ […] n’est pas liée à sa seule personne. [Elle] se compose d’une équipe qui fédère de nombreuses compétences qui se transmettent, possède la culture de l’événement […] C’est l’engagement des collaboratrices et collaborateurs de 9eArt+ […] qui a accompagné et accompagne au quotidien la réussite du Festival. »
« … tout est sous contrôle »
Les financeurs soulignent leur souhait de transparence et d’équité dans la gestion du festival et l’appel à candidature. En ce sens, ils dévoilent « la présence d’une personnalité qualifiée au sein du jury, dont le nom sera validé par les co-financeurs et les syndicats nationaux, est un gage de transparence ». Le rôle de cette personne « sera de nature à conforter le choix de l’Association et à garantir le bon déroulement de la procédure. Les partenaires publics resteront vigilants à ce que les conditions de transparence et d’équité soient réunies tout au long de la procédure. »
Un appel à candidature à double tranchant
L’annonce est titrée « consultation » et non « appel à candidature ». L’une vise à recueillir des avis. L’autre implique une procédure formelle visant à répondre à une demande d’achat ou de marché public. Afin de comprendre les intentions de l’association du festival d’Angoulême, il serait de bon ton qu’elle éclaircisse d’emblée son vocabulaire.
La consultation vise-t-elle à s’offrir l’opportunité d’avoir un gérant moins controversé ? Ou de calmer les foules, de plus en plus nombreuses et soudées, qui s’insurgent face aux incohérences et à l’absence de considération du gestionnaire du premier festival mondial dédié à la bande dessinée ?
A ces deux questions, les pronostics ne sont pas tous en faveur d’une réinitialisation de la gestion du festival, ni à la fin de « l’ère Bondoux ». Car si Franck Bondoux se retire de son poste fin 2027, son nom est toujours associé au festival. En effet, sa fille, Johanna Bondoux, opère en tant que directrice du développement du festival par l’intermédiaire de sa société Mentalo. Créé en 2022, Mentalo est une entreprise de conseil digital, commercial, marketing et de communication. Hasard d’orientation professionnelle, Bondoux fille tient aujourd’hui le même rôle pour le festival que tenait Bondoux père, il y a 20 ans, avant la création de 9e art+.
À vos marques. Prêts. Candidatez !
Alors que l’été bat son plein et ses congés habituels avec lui, les candidats ont intérêt à se mobiliser rapidement pour constituer leur projet car l’appel à candidature ferme le 17 octobre 2025. Les auditions des trois finalistes éventuels se tiendront le 31 octobre. Le lauréat sera annoncé le 8 novembre.
Pièces à fournir au titre de la candidature
Communiqué de l'Association du Festival d'Angoulême
9e Art+ et l’avenir du Festival
Franck Bondoux a effectivement indiqué aux financeurs publics et à des instances représentatives de professionnels de la bande dessinée qu’il ne souhaitait pas se maintenir à son poste à compter de 2028 – cette volonté et la question de sa succession ayant d’ailleurs été déjà évoquées de longue date avec l’Association du FIBD.
Il est cependant essentiel de considérer que la société 9eArt+, dont l’objet unique est l’organisation du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, n’est pas liée à sa seule personne.
Celle-ci se compose d’une équipe qui fédère de nombreuses compétences qui se transmettent, possède la culture de l’événement et qui, comme le souligne les financeurs, a effectivement développé considérablement la manifestation en lui apportant une dimension référentielle, sur le territoire où il s’organise, en France et dans le monde. C’est l’engagement des collaboratrices et collaborateurs de 9eArt+, société à but non lucratif, qui a accompagné et accompagne au quotidien la réussite du Festival.
Cette structure tire sa légitimité de la délégation et de la confiance qui lui a été accordée par l’Association du FIBD, laquelle souhaitait renforcer pour l’avenir des liens communs. Celle-ci, répondant à la volonté des financeurs publics et des professionnels de la bande dessinée, a cependant été amenée à lancer un appel à projet pour l’organisation du Festival à compter de 2028.
En toute logique et forte aujourd’hui de la reconnaissance de son action par les financeurs publics, 9eArt+, dispose de la possibilité de répondre à cet appel à projet.
À cet égard, elle aura à prendre sa décision collectivement, en son sein et en consultant différents interlocuteurs.
À l’heure où nombre d’acteurs et d’évènements culturels connaissent de grandes difficultés, il apparaît important de considérer que le Festival d’Angoulême a toujours réussi à maintenir une dynamique forte.
Celle-ci s’est adossée à la participation des financeurs publics et des professionnels de la bande dessinée. Elle est issue aussi de son organisation qui a réussi à assurer l’autofinancement de la croissance de la manifestation et ses équilibres budgétaires dans un contexte et un environnement très contraint. Les mois qui viennent de s’écouler depuis la fin de l’édition 2025 ont complexifié sa tâche.
À ce jour, l’équipe de 9eArt+, emmenée par son Délégué Général du Festival, est à pied d’œuvre pour faire ce qu’elle a toujours fait : assurer la meilleure réussite possible à l’édition à venir.
Communiqué de presse – Festival d’Angoulême
Communiqué des financeurs publics du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême
Depuis le mois de février 2025, les financeurs publics du Festival International de la BD d’Angoulême (la Ville d’Angoulême, la Communauté d’agglomération de GrandAngoulême, le Département de la Charente, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Ministère de la Culture-DRAC Nouvelle-Aquitaine- Centre National du Livre) ont multiplié les échanges pour accompagner l’Association du FIBD, propriétaire de la marque du festival, dans le processus de mise en concurrence pour la sélection du futur organisateur qui sera chargé du festival en janvier 2028.
Depuis sa création à Angoulême, il y a plus de cinquante ans, le FIBD est considéré comme l’un des plus grands rendez-vous professionnels internationaux (marché des droits entre autres) et comme un incontournable moment de rencontre entre un très vaste public et les créatrices et créateurs de BD du monde entier.
Les financeurs publics du FIBD réaffirment le respect qu’ils accordent à l’indépendance de l’Association du FIBD, et rappellent l’importance de leurs contributions respectives, pour l’organisation de ce festival majeur (43 % d’aides financières dans le budget total, sans compter la mise à disposition de lieux et de moyens).
Grâce à un dialogue soutenu, de près de 5 mois, les financeurs publics ont noté de réelles avancées dans la prise en compte de leurs différentes recommandations relatives à la transparence et à l’équité de la procédure. Ces éléments en grande partie contenus dans le cahier des charges, qui est à retirer depuis le 12 juillet, sont de nature à apaiser le déroulement de l’édition 2026.
C’est également dans le cadre des discussions menées au sein de l’Association pour le Développement de la Bande Dessinée d’Angoulême (ADBDA) que les représentants des différentes
organisations syndicales nationales, représentant l’édition, les autrices et les auteurs, ont confirmé leur participation pour l’édition 2026.
Monsieur Franck Bondoux a officiellement informé les membres de l’ADBDA de son retrait en qualité de délégué général du festival au terme du contrat qui lie sa société à l’association du FIBD, fin 2027.
Dans ce contexte, l’ensemble des financeurs publics tient à remercier la société 9art+, qui aura œuvré pendant 20 années à la réussite de cette manifestation et aura permis entre autres de lui conférer un rayonnement international.
La mise en concurrence telle qu’elle a été définie par l’Association du FIBD se doit de garantir la transparence et l’équité recherchées par les financeurs publics au travers de la contribution financière qu’ils apportent annuellement. La présence d’une personnalité qualifiée au sein du jury, dont le nom sera validé par les co-financeurs et les syndicats nationaux, est un gage de transparence. Elle sera de nature à conforter le choix de l’Association et à garantir le bon déroulement de la procédure.
Les partenaires publics resteront vigilants à ce que les conditions de transparence et d’équité soient réunies tout au long de la procédure jusqu’à la désignation du futur lauréat. Ils souhaitent rappeler leur attachement au Festival, à son rayonnement à l’international, à tous les acteurs qui en font son succès, comme à son rôle de vitrine du 9ème art. Ils soulignent que leurs engagements respectifs seront tenus pour le financement de l’édition 2026, en liaison avec les syndicats nationaux d’éditeurs et d’auteurs.
M. le Maire d’Angoulême, Président de la
Communauté d’agglomération GrandAngoulême,
M. Xavier Bonnefont,
M. le Président du Conseil Départemental de
la Charente, M. Philippe Bouty,
M. le Président du Conseil Régional de
Nouvelle-Aquitaine, M. Alain Rousset,
Le Ministère de la Culture,
La Drac Nouvelle-Aquitaine,
Le Centre National du Livre.
À propos de l'auteur de cet article
Marie Lonni
"C'est fou ce qu'on peut raconter avec un dessin". Voilà comment les arts graphiques ont englouti Marie. Depuis, elle revient de temps en temps nous parler de ses lectures, surtout quand ils viennent du pays du soleil levant. En espérant vous faire découvrir des petites pépites à savourer ou à dévorer tout cru !
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