Almudena

Alors qu’elle doit passer l’été avec son père qu’elle ne connaît pas du tout, Almudena découvre une culture différente de la sienne. Entre difficultés à dialoguer dans une autre langue et un voisinage haut en couleurs, la jeune adolescente plonge dans un nouvel univers. Samuel Teer et Mar Julia imaginent un très joli album sur la construction de l’identité.

Passer l’été loin de sa mère

Etats-Unis 1995. Almudena, 14 ans bientôt 15, n’est pas très contente. Elle doit aller passer l’été chez son père. Un homme qu’elle ne connaît pas du tout. Il est parti de chez elle alors qu’elle était toute petite.

Si Almudena tente d’expliquer à sa mère qu’elle pourrait rester pendant 3 mois avec Katrina, l’associée de sa mère, rien n’y fait. Elle doit aller habiter chez Xavier.

Blablas et rénovation d’une maison

À peine arrivée chez Xavier, Almudena est prise dans les bras par son père. Il est heureux de voir sa fille.

“(super-rapides blablas espagnols)”

Mais le plus compliqué pour la jeune adolescente, c’est qu’elle ne parle pas un mot d’espagnol. Or, Xavier ne parle pas anglais. Un obstacle énorme pour se comprendre et installer une vraie communication.

Le père d’Almudena ne lui laisse pas le temps de s’acclimater et de visiter la maison. Si l’extérieur est en parfait état, ce n’est pas le cas de l’intérieur. Il y a tout à refaire ! Ni une, ni deux, l’adolescente se retrouve avec une paire de lunettes et des outils dans les mains.

Le Guatémala comme racines

Xavier a l’intention de créer de nombreuses chambres dans cette grande maison. Le papa veut y installer tous les gens qui ont du mal à se loger afin de former comme une grande famille. Il est comme ça. Il est généreux. Tout le monde l’aime. Et en plus, il est drôle.

Rapidement, le père et la fille sont rejoints par Idola, la voisine. Idola et Xavier – même s’ils ne veulent pas l’avouer – sont en couple.

Almudena apprend alors que Xavier, comme Idola, sont Guatémaltèques. Une culture inconnue pour Almudena. Elle le confond d’ailleurs avec le Mexique. Ainsi, l’adolescente découvre ses racines. Racines lointaines d’un pays méconnu, le Guatémala.

Entre Beto le fils d’Idola, le vendeur et la vendeuse de la boutique d’alimentation et cette nouvelle culture à appréhender, Almudena plonge dans un univers inconnu…

Waves, comme un passage à l’âge adulte

Almudena s’inscrit dans la nouvelle collection Waves des éditions Delcourt. Après Fangirl de Rainbow Rowell, ce titre de Samuel Teer et Mar Julia est donc le deuxième projet des deux éditrices Justine Bouzid et Céline Ruaux.

Waves se présente comme “la collection des premières fois : premiers amours, premiers conflits, premiers doutes ou encore premières victoires. Comme la déferlante du passage à l’âge adulte, cette nouvelle collection veut laisser une place à une marée d’émotions aussi intenses les unes que les autres.”

En ce sens – la marée d’émotions notamment – Almudena est un titre idéal pour Waves.

Fille et père pour se connaître

Samuel Teer imagine une famille dysfonctionnelle. Avec une mère copine avec son adolescente de fille et un père qui réapparaît dans leurs vies. Père qui ne semble pas du tout perturbé par l’arrivée de sa fille. Comme si sa disparition soudaine n’avait jamais eu lieu.

Xavier est toujours joyeux, bienveillant et altruiste. Un caractère pas si opposé à celui d’Almudena. Sa fille, si elle bougonne souvent, a aussi un grand cœur. Elle est ouverte, prête aussi à aider les autres, notamment en les écoutant.

Almudena : grandir en famille

Si le duo qui ne peut pas communiquer ensemble repose sur un amour plus fort que les mots, on apprécie la galerie de personnages inventée par Samuel Teer. Idola, Beto et tous les voisins du quartier sont haut en couleur. Ils sont des personnages secondaires mais ont un vrai rôle dans l’accomplissement d’Almudena. C’est à leur côté que l’adolescente va grandir. Cette “famille” devient alors la famille de l’ado.

Le quartier ressemble à un petit village où tout le monde se connaît et où tout le monde s’entraide. Alors, oui, il y a des secrets parfois lourds à porter pour chacune d’elle et chacun d’eux (rejet social, précarité, coming-out queer…), mais la maison en rénovation jouera un rôle central dans leur vie. On appréciera le parallèle entre le passage à l’âge adulte et sa construction, et le changement intérieur du bâtiment. En somme, une vie en chantier.

Almudena : La langue, une barrière ?

Restent les difficultés pour s’exprimer. Almudena est anglophone et ne parle pas espagnol. Xavier est hispanophone et ne parle pas anglais. Alors comment se faire comprendre ?

Parfois Almudena aimerait pouvoir s’exprimer dans la langue de Cervantès mais elle n’y arrive pas. Elle panique parfois. Cet apprentissage s’inscrit aussi dans le développement de l’adolescente. Heureusement, en dehors de Xavier, les autres personnages s’expriment également en anglais.

Sans compter les rites et coutumes guatémaltèques. Tels l’hôtel de dévotion à un dieu païen ou la quinceañera ou quince años (l’anniversaire, passage des 15 ans comme une adulte). Là, Almudena plonge directement dans ses racines. Grandir, c’est aussi bien connaître ses propres racines.

Le dessin semi-réaliste de Mar Julia est chaleureux. Une partie graphique idéale pour les adolescents qui se retrouveront dans Almudena, comme un cheminement sinueux pour être soi-même et développer sa personnalité.

Article posté le vendredi 04 avril 2025 par Damien Canteau

Almudena - Le temps d'un été de Samuel Teer et Mar Julia (éditions Delcourt, collection Waves)
  • Almudena – Le temps d’un été
  • Scénariste : Samuel Teer
  • Dessinatrice : Mar Julia
  • Coloriste : Ashanti Fortson
  • Traductrice : Julie Brasset
  • Éditeur : Delcourt
  • Collection : Waves
  • Prix : 16,95 €
  • Parution : 22 janvier 2025
  • ISBN : 9782413088066

Résumé de l’éditeur : Almuneda a toujours vécu avec sa mère. Sa vie bascule lorsqu’elle apprend qu’elle doit passer un été chez son père qu’elle n’a jamais rencontré. Alors qu’elle pensait passer ses vacances dans l’ennui le plus total, la voici qui découvre avec stupeur que son père ne parle que très peu anglais. Un vrai challenge se présente alors à eux, car Almuneda, elle, ne connaît que quelques mots d’espagnol…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

En savoir