Astérix et le papyrus de César

L’un des albums les plus attendus de l’année est enfin publié : Astérix et le papyrus de César,  la trente-sixième aventure des célèbres gaulois. Après la retraite bien méritée d’Albert Uderzo et depuis le précédent ouvrage, Astérix chez les Pictes, la série a été confiée à Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Les deux auteurs s’approprient progressivement l’univers de ce monument du 9e Art. Rafraichissant.

UN SECRET BIEN GARDE

Le voici enfin, l’album tant attendu : Astérix et le papyrus de César. Tel les sujets du baccalauréat, l’histoire fut un secret d’état très bien gardé. Pour ne pas faire fuiter la moindre information, les albums ont eu le droit à des entrepôts sécurisés et perdus on ne sait où. Il faut souligner que les éditions Hachette possèdent l’art d’une communication ultra-maîtrisée et forte. Tout d’abord, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, lors du dernier Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (janvier 2015) ont levé le voile sur le thème de l’histoire. Puis plus rien, jusqu’au 21 octobre où le public a découvert le Grand méchant de cet album (Promoplus) et enfin il y a 10 jours, lors d’une conférence de presse qui se déroulait à la Tour Eiffel où la couverture fut dévoilée. Entre temps, le Huffington Post proposait aux deux auteurs de commenter une case de l’album (planche 29, 3e vignette). De quoi aguicher les curieux et potentiels lecteurs.

UN CHAPITRE DE LA GUERRE DE GAULES A DISPARU

A Rome, César est fier ! Il vient d’achever son ouvrage de référence : Commentaires sur la guerre des Gaules. Assurément, ce texte historique va être un succès (en très peu de temps, 50 exemplaires sont vendus et des demandes de dédicaces affluent de tout l’Empire). Pourtant, Promoplus, son conseiller, est inquiet : il préférerait que le chapitre XXIV sur les Revers subis face aux irréductibles gaulois d’Armorique soit supprimés pour garantir la grandeur de l’Empereur. Ce dernier décide alors de suivre son conseil et les copies sont détruites. Toutes, non ! Sauf une, qui est sauvée par Bigdtha, un scribe numide. Ce papyrus manquant tombe alors entre les mains de Doublepolémix, un colporteur de nouvelles, qui décide d’aller le cacher en Gaule. Il le sait, ce document unique risque de faire trembler l’Empire romain.

Dans la forêt, il croise Astérix et Obélix qui l’accompagnent dans leur village. Là, Panoramix leur soumet l’idée d’aller dans la Forêt des Carnutes pour y rencontrer Archéoptérix, le gardien secret des connaissances des druides, qui grâce à sa immense mémoire pourra sauvegarder ce texte si précieux. C’est le début de l’aventure pour les trois Gaulois et le Lutécien.

UN RÉCIT PLUTÔT RÉUSSI

Connu pour ses excellents albums (Le retour à la terre, avec Manu Larcenet ou De Gaulle à la plage, chez Dargaud), Jean-Yves Ferri propose un récit plutôt réussi, qui se lit assez bien et qui permet de passer un bon moment. Pour cela, il a construit son histoire sur l’Ecrit et plus particulièrement les Commentaires sur la guerre des Gaules, un récit de 7 ouvrages de Jules César constituées de notes rédigées par l’Empereur entre 58 et 52 avant notre ère et qui furent toutes rassemblées en cette dernière année. Si de nombreux contemporains du souverain romain et historiens par la suite ont souvent mis en doute la fiabilité des textes, il s’avère que les faits historiques relatés sont vrais. Même s’il ajoute de la grandeur à ses victoires, il est le seul à parler de Vercingétorix dans son ouvrage.

Partant de ce texte, Ferri y ajoute un chapitre de revers subis face aux Gaulois. Un index indique les quelques affaires ayant opposé César aux irréductibles : Le Tour de Gaule, Le Bouclier arverne, l’otage ibère, l’agent Détritus, Le Domaine des dieux ou la Corse. Il se joue donc de la vérité pour y apporter une dose d’humour.

UNE ÉLOGE DE LA COMMUNICATION ?

Dans l’album, Jean-Yves Ferri se moque gentiment des techniques de communication et des dérives qu’elles occasionnent. Ainsi, il se place dans les pas de René Goscinny qui aimait introduire dans les albums d’Astérix des faits contemporains. Tout d’abord, un gimmick sur les pigeons voyageurs, qui sont utilisés par les Romains (ils ont une offre illimitée) et permettent de communiquer rapidement. A travers les volatiles, il fustige les téléphones portables qui envahissent nos espaces de liberté, il faut tout le temps communiquer, quelque soit le moment ou l’endroit.

Il met aussi en scène Rézowifix, qui reçoit les nouvelles de Condate. Les Gaulois se fichent de ces dernières, ce qui les intéresse avant tout, c’est l’horoscope. Ils aiment à croire que c’est la vérité et que c’est ce qui va se passer dans la journée.

Ensuite, Doublepolémix n’attend qu’une chose, que le vol du papyrus lui permettre de créer le canalis (le buzz, le scoop), faire trembler l’Empire et donc devenir célèbre.

De plus, le scénariste fait dire à César que son astrologue grec Ipsos lui assure que son livre sera un succès. Ainsi, Ferri se moque de l’institut de sondages du même nom qui utiliserait les chiffres tel un astrologue. Faire confiance aux sondages, voilà une bonne question.

Ensuite, si les Romains ont une tradition de l’écrit, les Gaulois possèdent plus celle de l’oral et du bouche à oreille. Ainsi Panoramix souligne : « Les écrits s’envolent et les paroles restent ».

Et pour terminer, l’auteur nous présente les scribes numides muets de Promoplus. Des nègres littéraires qui ont la particularité de ne jamais révéler pour qui ils travaillent, ce qui arrange bien le conseiller.

DES REPÈRES SOLIDES

Pour contenter les fidèles lecteurs de la série, Jean-Yves Ferri n’omet rien des repères qui ont fait son succès. Ainsi, on y retrouve les pirates, Assurancetourix qui chante faux, Obélix qui ne peut pas boire de la potion, Agecanonix qui aime toujours autant séduire les jeunes femmes, il y a aussi des bagarres dans le village, les Romains qui sont toujours aussi idiots, enfin il y a bien sur une grande bataille et le banquet final.

N’oublions pas les jeux de mots et calembours dans les noms des personnages. Pêle-mêle, il y a : Ultrarépandus le centurion, Kefélapolis le scribe ou Archéoptérix et Gasdechix les druides.

UNE BONNE PARTIE GRAPHIQUE

Si le scénario est bon, la partie graphique est tout aussi solide, réussie et fidèle à Uderzo. Les personnages sont bien proportionnés et vivants. Les deux caricatures de personnalités sont bien choisies et bien exécutées.

Ainsi, Doublepolémix a les traits de Julian Assange, l’informaticien et cybermilitant à qui l’on doit l’affaire explosive Wikileaks. Le choix de l’Australien est logique puisqu’il veut faire trembler l’Empire romain.

Enfin, Promoplus ressemble assurément à Jacques Séguéla, le publicitaire célèbre de François Mitterrand ou Nicolas Sarkozy. D’ailleurs, dans l’album, il ne veut pas marcher sur l’herbe ; son côté hautain et trop loin des réalités est ainsi mis en lumière. Comme il était impossible pour les auteurs de lui faire porter une Rollex, ce subterfuge est assez habile.

Tous ces éléments contribuent à faire de ce trente-sixième album une petite réussite avec laquelle le lecteur passe un bon moment. Vivement la suite!

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Article posté le jeudi 22 octobre 2015 par Damien Canteau

  • Astérix et Le Papyrus de César
  • Scénario : Jean-Yves Ferri
  • Dessins : Didier Conrad
  • Editeur: Les Editions Albert René
  • Parution: 22 octobre 2015
  • Prix: 9,95

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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