Batman Off-world

Batman est un héros urbain. Alors pour changer, Batman off-world de Jason Aaron et Doug Mahnke, envoient le héros faire ses premières classes dans l’espace, dans une galaxie lointaine. Comment Batman peut-il survivre hors de Gotham City ? Réponse en six épisodes… bourrins.

Batman Off-world : le dernier visage du Batman “too much”

Batman off-world urban comicsDepuis une année, Bruce Wayne a pris l’identité de Batman pour lutter contre le crime à Gotham City. Mais un mafieux décide de répondre à sa présence en faisant appel à une créature extra-terrestre, contre laquelle Batman est impuissant. Ne pouvant supporter d’être à la hauteur, Bruce décide de partir dans l’espace pour aller à la rencontre de l’espèce de l’alien et apprendre à le vaincre. Mais Bruce pourra-t-il réellement quitter ce nouveau monde pétri d’injustice, sans intervenir ?

Batman, c’est quoi ?

Revenons au concept originel de Batman. Qui est-il ? Un humain orphelin qui décide de dédier sa vie à la lutte contre le crime. Il se forme pour devenir un combattant et un détective hors-pair afin de protéger les citoyens de Gotham du désespoir qu’il a vécu lui-même. Et donc, qu’est-ce qui fait la valeur de Batman ? Le fait qu’il soit un simple humain dans un costume, quand il agit aux côtés de demi-déesses ou d’aliens invincibles. C’est cette infériorité, compensée par son intelligence et son engagement, qui font sa valeur.

Batman vous défonce tous !

Mais depuis quelques années, les scénaristes DC Comics se livrent à une surenchère de puissance pour le chevalier noir. Le paroxysme sera atteint par la création du Batman qui rit, croisement entre le Joker et Batman, devenu ainsi l’être le plus intelligent et le plus puissant du multivers, dans Batman Metal et Batman Heavy Metal. Parce que c’est Batman, que Batman il est badass et que les lecteurs ils veulent voir Batman « poutrer » tout le monde.

Bruce Wayne est particulièrement intelligent et rusé. Justice League : Tour de Babel, notamment scénarisé par Mark Waid, illustrait comment Batman pouvait prendre le dessus sur chacun de ses compagnons, un à un, en usant de leurs faiblesses. Mais fondamentalement, il restait un humain. Et c’était ce statut, cette particularité, qui rendait l’exploit impressionnant.

Jason Aaron dans le bal de la surenchère avec Batman Off-world

Batman off-world page 14 urban comicsParlons maintenant de l’album proposé en ce mois d’août 2025 par Urban Comics.
Jason choisit de prendre le personnage dans sa première année de combat. Ce faisant, il évite d’avoir à composer avec tout l’apprentissage expérientiel du héros réalisé depuis le relaunch des New 52. Bruce est seul avec Alfred, il n’a pas d’allié, ni dans la bat-family ni dans la communauté des méta-humains.

Batman Off-world nous sort des sentiers battus

Aaron décide donc de l’envoyer dans l’espace. Il exploite la tendance « control freak » de Bruce Wayne pour le faire s’isoler à l’autre bout de l’univers. Sur le principe, l’idée est bonne.
D’abord, parce qu’elle sort Batman de ses affrontements avec ses habituels vilains. Le scénariste a le champ libre pour créer alliés et ennemis. De ce côté-là, c’est plutôt réussi, d’ailleurs, on aimerait revoir certains personnages secondaires dans le canon récent du personnage.

Et puis, l’idée a le mérite de poser la question de ce que vaut Batman une fois qu’il a quitté les ruelles sombres de Gotham. Avec sa faible puissance physique, la proposition est intéressante. Puisque l’on est dans sa première incartade spatiale, l’aventure peut proposer des questionnements intéressants au personnage. Mais…

Tu casses tout, Jason !

Mais Jason Aaron sacrifie au culte du Batman surpuissant. Batman devient une armée à lui tout seul, capable de neutraliser des grappes de tueurs entraînés dotés de capacités qu’il n’a pas. Parce que bon, vous comprenez, tout le monde a son point faible, Batman les apprend et les utilise pour vaincre.

Ce qui implique que Batman revient à Gotham City avec la maîtrise suffisante pour neutraliser TOUTES les menaces humaines, nécessairement inférieures à celles qu’il a combattu pendant son voyage. Il a appris à maîtriser des technologies qui n’existent pas sur Terre et qu’il n’utilisera pas ensuite. Le Batman « street level » qu’il est censé incarner ensuite n’a plus aucun sens. Jason Aaron explose le concept original du personnage, dans une histoire qui n’appartient pas à un label hors-continuité (soit, la continuité, chacun peut en faire ce qu’il en veut).

Batman Off-world demande une suspension d’incrédulité

Batman off-world page 16 urban comicsC’est déjà un problème, mais par ailleurs, Jason Aaron forge son personnage autour d’une faille. Dans son histoire, les antagonistes qui sont tous des tueurs de masse ou presque, à l’échelle interplanétaire, n’ont absolument pas l’idée de tuer ce terrien violent fait prisonnier. Batman ne tue pas, c’est rappelé à de nombreuses reprises par le scénariste qui tient au moins un fil cohérent. Mais pourquoi ses ennemis, qui n’ont aucune considération pour la vie individuelle, ne le tuent pas ? Ils en ont la possibilité à de multiples reprises. Mais non, au contraire, ils le laissent s’entraîner, progresser, jusqu’à pouvoir vaincre tout le monde. Une gêne comme celle-ci se résout assez facilement, quand on la lance au cœur d’un réacteur de vaisseau spatial en action.

Autrement dit, Jason Aaron fait appel à des solutions de facilité, des ficelles scénaristiques, pour répondre au fantasme actuel du Batman omnipotent que les fans adorent. Certes, il travaille le syndrome de l’orphelin de Bruce. Oui, il maintient son respect de la vie individuelle, ou son sens aigu de la justice. Mais il perd malheureusement beaucoup en chemin…

Doug Mahnke, dessinateur de space-opera

Batman Off-world donne beaucoup à redire du point de vue scénaristique. Mais il reste un comic-book, de la bande dessinée. Aussi, n’oublions pas le travail du dessinateur Doug Mahnke, moins polémique.

Les lecteurs les plus anciens se souviennent sans doute du travail de l’artiste sur l’univers Green Lantern, quand Geoff Johns en tenait les rênes. En pleine guerre de la lumière, puis Blackest Night, l’artiste avait démontré dès lors sa capacité à nous transporter dans des batailles cosmiques d’ampleur. Il avait cette énergie graphique qui convainc lectrices et lecteurs qu’ils assistent à un véritable space-opera d’ampleur. Bonne nouvelle, Mahnke conserve pleinement ses compétences. Découpage et dessin répondent aux attendus du scénario et assisté des couleurs de David Baron, le dessinateur nous offre un dépaysement total. Aaron voulait du bourrin ? Mahnke répond présent.

Petit bémol par contre, le travail de l’encreur Jaime Mendoza ne semble pas d’une constance pleine au fil des épisodes. Il peut parfois apporter la perception d’un travail un peu bâclé, d’un encrage un peu baveux, qui ne fait pas honneur aux ambitions de la mini-série.

Batman Off-world : vous voilà prévenu

Est-ce qu’il est mal de prendre du plaisir à lire un Batman puissant, inspiré, inspirant et teigneux ? Non. Batman Off-world fait un travail divertissant, qui n’est pas sans apporter une touche de fraicheur dans l’univers du chevalier noir. A chacun son Batman. Mais il serait encore plus rafraîchissant de lire des récits moins enclins à la surenchère. Batman n’est pas qu’un stratège et un combattant de rue. Il est aussi un détective, à ce qu’il paraît. 

Article posté le mardi 19 août 2025 par Yaneck Chareyre

Batman off-world urban comics
  • Batman Off-world
  • Scénariste : Jason Aaron
  • Dessinateur : Doug Mahnke
  • Encreur : Jaime Mendoza
  • Coloriste : David Baron
  • Traducteur : Benjamin Rivière
  • Éditeur USA : DC Comics
  • Éditeur France : Urban Comics
  • Nombre de pages : 168
  • Prix : 18.5€
  • Date de publication France : 16 Août 2025
  • ISBN : 9782365776141

Résumé de l’éditeur : Alors que, comme chaque soir depuis qu’il a enfilé sa cape, Bruce Wayne arpentait les rues et les toits de Gotham pour contre-carrer les plans de la pègre, ce qui aurait dû être une nuit de routine prit une tout autre tournure. Une rencontre avec un être venu d’une autre planète lui fit comprendre la possibilité d’une invasion de la Terre par une race extraterrestre. Dès lors, une seule solution s’offrit à lui, embarquer pour l’autre côté de l’Univers pour éradiquer le mal à la racine !

 

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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