Colère nucléaire

Alors que le 11 mars 2011, les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi entrent en fusion après un tremblement de terre et un tsunami, la confusion s’installe parce que le gouvernement et TEPCO délivrent des informations au compte goutte et sont dans le déni. Parmi les Japonais qui tentent de trouver des réponses, il y a Satô, le personnage principal de Colère nucléaire, un manga signé Takashi Imashiro aux éditions Akata.

A LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

Conscient que les informations sont manipulées par le gouvernement japonais et TEPCO – la compagnie qui gère la centrale de Fukushima Daiichi – Satô ne veut pas rester les bras croisés. Autour de lui à Tokyo, tout le monde fait comme si de rien n’était – les habitants mais aussi ses collègues de bureau – pourtant cette catastrophe nucléaire est la plus importante sur la planète depuis celle de Tchernobyl  en 1986 (classée 9 sur l’échelle qui les évaluent).

Habitant avec sa grand-mère dans un appartement, le quadragénaire salaryman fulmine et fustige les grands groupes industriels qui gèrent l’économie du Japon et donc le pays. Il essaie de trouver les informations partout, y compris de l’étranger. Les pays semblent plus au faîte que le sien…

COLÈRE NUCLÉAIRE : UN MANGA ENGAGÉ

Prépublié au Japon dans la revue Comic Beam des éditions Enterbrain depuis 2012, Colère nucléaire est un excellent manga. Spécialiste des histoires sur la pêche, Takashi Imashiro délivre un récit engagé, très « à gauche », politique et forcément écologique.

En choisissant Satô – un Japonais lambda – le mangaka veut toucher le plus possible son lectorat, lui faire éprouver de l’empathie mais surtout pouvoir parler de tous les problèmes survenus après la catastrophe et faire émerger les préoccupations de nombreux habitants.

En cela, il dévoile un récit plus large que Fukushima. Ainsi, il met en lumière des problèmes liés à la démocratie au Japon, la force des médias – tous sont aux ordres du gouvernement et de TEPCO – mais aussi sur la puissance des industries sur le pays.

LES MÉDIAS MUSELÉS

Colère nucléaire est avant tout la colère de Satô – un homme qui ne desserrera pas ses mâchoires du début à la fin du manga – envers la sphère médiatique. Puisque les chaînes de télévision et les radios n’informent pas correctement, on le voit les chercher sur son portable, sur internet, souvent sur des sites alternatifs ou à l’étranger. L’homme est avant tout l’essence même du citoyen – il participe à la vie de la cité – en allant manifester son mécontentement malgré les difficultés de mobiliser les personnes autour de lui (c’est valable aussi pour les Japonais en général).

Manga prévu en trois volume, Colère nucléaire étonne par le ton employé, une vraie liberté dans les propos. Malgré l’exigence dans la lecture, ce manga est essentiel pour comprendre cette catastrophe. A l’instar de Au cœur de Fukushima de Kazuto Tatsuta (Kana) – qui mettait en scène les ouvriers qui œuvraient à la sécurisation du site – le récit de Takashi Imashiro  est d’une belle intelligence. L’auteur propose aussi une préface très documenté mais surtout une interview de Yasuo Tanaka – président de Nouveau Parti Nippon – et des clefs de compréhension en postface.

L’ACCORD TPP

Le manga-documentaire dévoile aussi les tractations entre le Japon et les Etats-Unis par le traité TPP, partenariat transpacifique qui ressemble à celui entre le gouvernement de Barack Obama et l’Europe (TTIP/TAFTA). Ainsi le mangaka met en scène des figures internationales comme François Hollande, dont l’élection en France est alors perçue comme un espoir au Japon, mais aussi le président américain souvent croqué. Le lecteur pourra parfois être étonné de l’anti-américanisme primaire de Imashiro voire parfois de son côté hyper-patriote nationaliste.

UN DESSIN RETRO

Proche d’un dessin de Tezuka, la partie graphique de Takashi Imashiro étonne aussi. Son côté rétro nous fait plus penser à de la caricature. Le trait est donc des plus sobres mais d’une grande efficacité.

Titre fort et radical, Colère nucléaire fait partie du catalogue Akata, qui se veut lui aussi militant, proche des idées écologiques comme Daisy, lycéennes à Fukushima de Teruiko Kobayashi ou Je reviendrai vous voir de George Morikawa. Pour prolonger cette thématique, vous pouvez parcourir notre Top 10 des BD sur les catastrophes nucléaires.

Article posté le mercredi 10 août 2016 par Damien Canteau

Colère nucléaire est un excellent manga, très engagé de Takashi Imashiro aux éditions Akata, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Colère nucléaire, volume 1
  • Auteur : Takashi Imashiro
  • Éditeur : Akata
  • Prix : 7.95€
  • Parution : 12 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Satô, protagoniste de ce manga, assiste avec horreur à la catastrophe qui frappe le Nord-Est du Japon, le 11 mars 2011. Il assiste avec encore plus d’effroi aux évènements qui suivent : tandis que la plupart des Tokyoïtes semblent vouloir reprendre leur vie comme si de rien n’était, Satô, lui, est en colère ! En colère contre ce gouvernement et ses non-dits, en colère contre cette société qui ferme les yeux sur les conséquences réelles de la catastrophe. Au fil des jours, il observe, commente et enrage, face à l’évolution de la situation de son propre pays…

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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