De bonne foi

Que feriez-vous si un braqueur recherché venait frapper à votre porte ? Dans De bonne foi paru chez Dargaud, Marguerite Boutrolle place une jeune étudiante face à ce dilemme. Comment a réagi Judith Chevalier ?

Finistère nord, octobre 1979

Les avis de recherche remplissent les murs de Kervignec : Treillas, Querrec et Vanier. La police est à leurs trousses et cette maison, la seule à 10 kilomètres à la ronde, attire l’attention. C’est une maison de famille, Judith Chevalier y est venue passer quelques jours pour réviser ses partiels de droit.

Fait divers

Après Fraîche et La part des lâches (Virages graphiques, 2022 et 2024), Marguerite Boutrolle délaisse un peu son regard sur la jeunesse contemporaine pour un récit noir implanté dans la fin des années 70. Inspirée par un fait divers, mais aussi par des éléments recueillis et des histoires personnelles, elle installe un climat tendu et oppressant à la Joyce Carole Oates, autour d’une jeune femme complexe, Judith.

Entre Chabrol et Manchette

Partant donc du fait divers classique de la cavale d’un braqueur qui tente de se cacher chez l’habitant(e), Marguerite Boutrolle va plus loin. Entre Claude Chabrol et Jean-Patrick Manchette (le premier a d’ailleurs adapté le second au cinéma dans les années 70), elle mixe enjeux politiques et sentiment de culpabilité. Évitant les longs récitatifs, elle insiste sur les dialogue entre les personnages et utilise les silences à bon escient.

De bonne foi : avant l’abolition

Le contexte historique pèse en toile de fond tout au long du récit. Automne 1979, une banque vient d’être attaquée par trois activistes bretons. Il y a eu deux morts. Les trois braqueurs sont en fuite. Dans la France de l’époque, la réflexion autour de l’abolition de la peine de mort a progressé. Les discours de Robert Badinter touchent les esprits même si Roger Gicquel tente au journal de TF1 de répandre la peur à tous les français. Quoiqu’il en soit, la peine pour Raymond Treillas et les autres serait à cette époque sans appel : l’échafaud.

 

Noir seventies

Marguerite Boutrolle opte pour un travail graphique tout à fait différent de ses albums précédents. L’ensemble de l’album est très noir, accompagné par des tons très seventies, rouge, orangé, jaune. Le dessin va à l’essentiel. La tension est bien rendue par des silences oppressants, propices à la réflexion des personnages aux traits légèrement caricaturaux mais aussi par des cadrages efficaces.

De bonne foi : une belle surprise

Avec De bonne foi, Marguerite Boutrolle nous livre une des belles surprises de ce mois d’avril. Il est bien difficile de lâcher la lecture une fois entamée… Alors, n’avez-vous pas envie de savoir comment a réagi Judith face à Raymond Treillas ?

Article posté le dimanche 19 avril 2026 par Jean-François Mariet

De bonne foi de Marguerite Boutrolle (éditions Dargaud)
  • De bonne foi
  • Autrice : Marguerite Boutrolle
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 26€
  • Parution : 17 avril 2026
  • Nombre de pages : 240
  • ISBN : 9782205214864

Résumé de l’album : Judith Chevalier passe les vacances de la Toussaint dans sa maison familiale en Bretagne. Une nuit, un homme fait irruption. Il s’appelle Raymond Treillas. On dit qu’il a tué.

En 1979, ça veut dire l’échafaud.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-François Mariet

De mes premières lectures avec Tif et Tondu à aujourd'hui, j'ai toujours lu de la bande dessinée. Très attiré par le noir et le polar, je lisde tout et je tente d'élargir mes horizons de lecteur avec de plus en plus de comics.

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