En attendant Bojangles

Succès littéraire de l’année 2015, En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut fait l’objet d’une très belle adaptation dessinée, signée Ingrid Chabbert et Carole Maurel aux éditions Steinkis.

DANSER SUR DU NINA SIMONE

Sur un tourne-disque, la chanson de Nina Simone, Mr Bojangles résonne dans un grand appartement. Georgette et Georges, deux adultes, dansent encore et encore sur cet air si entrainant. Dans une chambre à côté, un petit garçon finit sa nuit, réveillé par Mademoiselle Superfétatoire, un oiseau-échassier exotique ! Parce que oui, la vie de cette famille est folle et décalée ! Tout n’est qu’amusement, musique, arts, littérature et culture ! Le tout se terminant souvent en grande fête tous les soirs où l’alcool (vodka et gin) coule à flots. Même l’ami de la famille est surnommé l’Ordure, un obscur sénateur.

A l’école primaire, c’est très compliqué pour le petit garçon : sa vie ne colle pas vraiment avec les standards de l’époque. Pire, la maîtresse à l’impression qu’il va la rendre chèvre ! Qu’importe, Georgette décide de le retirer de l’établissement, le déscolarise et lui fera elle-même l’instruction. C’est le début d’une grande aventure vers le Sud de la France jusqu’au jour où la maman va trop loin…

EN ATTENDANT BOJANGLES : BELLE ET GRANDE HISTOIRE D’AMOUR

En adaptant le roman phénomène de Olivier Bourdeaut, Ingrid Chabbert continue de creuser son sillon dans la bande dessinée, celle des grandes histoires d’amour. Parce que oui, beaucoup de ses albums ont ce point commun : les relations entre les femmes, les hommes, les enfants et leurs amours conjugales, fraternelles, filiales ou amicales comme dans Ecumes (un couple de femmes), Tine & Junior (soeur/frère) ou Lulu et son dragon (amitié).

En attendant Bojangles est avant tout une superbe histoire d’amour entre trois êtres en marge de la société, en dehors de la norme – la scénariste aime aussi ces récits qui mettent en scène des personnages avec ce « petit pas de côté » –  qui grandissent dans une folie douce. Georgette et Georges se vouvoient comme dans les familles aristocrates et aiment à inventer des histoires abracadabranteques à leur fils.

En attendant Bojangles est aussi un hymne à la culture sous toutes ses formes : la musique, la danse, la littérature et les voyages, œuvres de parcours initiatique.

En attendant Bojangles est enfin une œuvre fantaisiste par ses personnages et par sa folie douce qui se transformera en vraie schizophrénie chez l’un des personnages. Si les accès de démences sont moins impressionnantes que dans Le perroquet de Espé (Glénat), ils peuvent avoir un effet d’attirance-répulsion chez le lecteur. On aime cette folie par ces grands excès comme elle peut faire peur par ces mêmes extravagances.

QUE LA FÊTE CONTINUE

Même dans les pires moments de leur existence, dans les coups durs, Georges et Georgette ne changent pas d’un iota leur but : faire de la vie une grande fête. Cet amour-fou dans toute sa grandeur est sublimement mis en image par Carole Maurel.

Après un travail en commun sur le bouleversant Ecumes, la scénariste et la dessinatrice forment de nouveau un excellent duo sur ce En attendant Bojangles. Comme nous l’avons déjà dit, le graphisme de Carole Maurel nous emballe, nous enchante et nous touche (L’apocalypse selon Magda, Luisa ici et là ou Collaboration horizontale). C’est de nouveau le cas avec cet album. Elle restitue à merveille l’époque des années 60/70 par des touches de couleurs pétillantes, ainsi que l’ambiance douce-amère du récit par des personnages chaleureux. Enfin, elle imprime beaucoup de mouvement dans ses planches autour de la danse (ce qui n’est pas le plus simple).

Et si on allait danser ???

Article posté le dimanche 17 décembre 2017 par Damien Canteau

En attendant Bojangles de Ingrid Chabbert et Carole Maurel d'après Olivier Bourdeaut (Steinkis) décrypté par Comixtrip
  • En attendant Bojangles
  • Scénariste : Ingrid Chabbert
  • Dessinatrice : Carole Maurel
  • Éditeur : Steinkis
  • Prix : 18€
  • Parution : 1er novembre 2017
  • ISBN : 9782368461099

Résumé de l’éditeur : Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr Bojangles » de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Ici seule la fantaisie a le droit de cité ; travail, école, contingences sont oubliés. Celle qui donne le ton, c’est la mère, un véritable feu follet, imprévisible et extravagante. C’est elle qui a adopté Mademoiselle Superfétatoire, une grue de Guinée qu’elle promène en laisse, qui arrose les meubles, qui change de prénom chaque jour. Elle entraîne sa famille dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour pourtant, elle va trop loin, et le monde rationnel s’invite chez eux. Père et enfant vont tout faire pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue coûte que coûte, pour la protéger. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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