Hazara Blues

Après son très bel album Majnoun et Leïli, Chants d’outre-tombe (La Boîte à Bulles) qui nous avait emportés dans une histoire d’amour impossible, Yann Damezin revient avec son étonnant univers graphique. Passionné de culture orientale, il est avec son dessin venu illustrer le récit de Reza Sahibdad dans ce nouvel album intitulé Hazara Blues, édité chez Sarbacane.

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane

Qui sont les Hazara ?

Les Hazara, c’est l’ethnie chiite à laquelle appartient Reza. Il est afghan, mais n’étant pas de la branche majoritaire de l’Islam de son pays, les Sunnites, les siens sont persécutés en Afghanistan. La famille vivait à Kaboul où elle s’était installée parce que vivre dans la capitale leur permettait d’avoir du travail et « du riz à manger ».

Mais la situation étant intenable pour les Chiites, la famille alors de quatre membres, le père, la mère, le frère et la sœur de Reza Sahibdad sont partis pour le pays voisin à l’ouest, l’Iran.  L’avantage de ce changement, la langue était commune.

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane

Un exil forcé

En prenant la route de l’exil vers l’Iran, la famille de Reza pensait être bien accueillie puisqu’étant elle-aussi chiite. D’ailleurs, leur installation à Mashhad (900 km à l’est de Téhéran) en 1980, où Reza est né, s’est déroulée au moment où une république islamique venait de s’établir un an auparavant.  En 1979,  l’ayatollah Rouhollah Khomeini fut porté au pouvoir après un exil en France, à Neauphle-le-Château en raison de son opposition au chah d’Iran.

Mais le statut de la famille de Reza ne changea pas, mal considérés par les Afghans ils étaient, mal considérés par les Iraniens ils furent. Malgré sa naissance à Mashhad, l’État iranien a indiqué sur les papiers de Reza qu’il était né en Afghanistan. Ce qui ne manquera pas de créer des imbroglios administratifs par la suite.

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane

Une enfance à raconter

C’est donc sa vie en Afghanistan, jusqu’à son départ pour la France, que Reza Sahibdad raconte à Yann Damezin, dans Hazara Blues. Le dessinateur devient son interlocuteur, celui auquel il va raconter ses déboires avec une autre interlocutrice, celle de Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides.

En effet, comme tout demandeur d’asile dans l’hexagone, Reza est convoqué dans les locaux de l’OFPRA. Il va devoir répondre aux questions qui lui sont posées par une juge de cet organisme placé sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur. En effet, afin de pouvoir rester en France après un passage décevant à Kaboul, Reza, devenu adulte, va solliciter l’obtention d’un permis de séjour auprès de celle qu’il considère comme la gardienne de la clef du château.

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane

Des couleurs pour mieux se repérer

Afin de faciliter la compréhension dans le temps des différentes séquences se déroulant à des périodes et dans des lieux différents, les auteurs ont choisi de faire figurer dans les dessins des couleurs différentes. C’est donc avec des épisodes en bleu (échanges avec Yann Damezin), en rouge (échanges avec la fonctionnaires de l’OFPRA) et en vert (récit de sa vie) que Reza Sahibdad nous raconte sa jeunesse.

Ainsi, avec de nombreux retours dans le passé, il nous présente sa famille, nous raconte comment sa scolarité s’est déroulée, nous décrit le pouvoir politique en place en Iran et nous présente les choix qui se sont imposés à lui pour pouvoir exercer son métier, celui de réalisateur de films. Avec beaucoup de détails graphiques visuellement parfaitement adaptés, Yann Damezin a habilement mis en image un incroyable récit de vie.

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane

Un destin qui force l’admiration

Comment ne pas être surpris par le récit de (début de) vie de Reza Sahibdad ! L’auteur nous partage avec beaucoup d’émotion son quotidien familial et scolaire, deux univers qui ne pouvaient se rencontrer chez lui. Les parents de Reza ne savaient pas lire, mais ont toujours encouragé leurs enfants à poursuivre leurs études.

Mais c’est ailleurs que celui qui est devenu réalisateur a dû fuir pour pouvoir exercer pleinement sa passion pour le cinéma. Devant pour cela laisser derrière lui celles et ceux qui l’avaient vu grandir.

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane

Avec Hazara Blues, Reza Sahidad et Yann Damezin signent un très bel, et surtout très fort, album. Ils nous entraînent ainsi, comme indiqué dans le sous-titre « Téhéran – Kaboul – Paris » dans un périple géographique, historique, mais surtout personnel. Ils illustrent ainsi la difficulté des aléas de la vie subis par celles et ceux qui les vivent dans des pays qui nous semblent bien loin de chez nous.

Un très beau récit pour débuter cette rentrée littéraire.

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane

Article posté le lundi 08 septembre 2025 par Claire Karius

Hazara Blues - Reza Sahibdad et Yann Damezin - Sarbacane
  • Hazara Blues
  • Scénario : Reza Sahibdad
  • Dessin : Yann Damezin
  • Éditeur : Sarbacane
  • Prix : 29,50 €
  • Pages : 240
  • Parution : 20 août 2025
  • ISBN : 9782377319855

Résumé de l’éditeur : Quand il arrive en France à 28 ans, Reza comprend qu’il doit apprendre par coeur sa date de naissance, car c’est vital si l’on veut s’insérer de ce côté du monde. Né en 1980 à Mashhad, il est en réalité afghan car il appartient à l’ethnie Hazara, paria en Iran comme en Afghanistan. Enfant, il intègre vite que lui et les siens ne sont pas les bienvenus, qu’on n’aime pas son petit nez et ses yeux en amande. La maîtresse l’oblige à déclarer devant toute la classe qu’il est afghan, et en rentrant de l’école, il peut lire sur des affiches dans la rue « Ce pays est beau mais ce n’est pas le vôtre ». À 10 ans, il commence à travailler et il accompagne sa mère rendre visite dans les geôles du pays à son frère, prisonnier politique. En grandissant, il découvre le cinéma en achetant des cassettes VHS sur le marché noir, qu’il cache sous son manteau. À 26 ans, après être tombé dans l’opium, il se déguise en imam pour échapper aux contrôles de police et suivre à Téhéran les cours d’un grand réalisateur. Alors, quand il est invité au Vatican pour y recevoir un prix pour son premier film, il fait une promesse à son frère. Ne jamais revenir dans un pays où on risque sa vie pour être né Hazara. Commence alors un parcours migratoire semé d’embûches, entre les campements à Stalingrad et la demande d’asile politique… avec toujours, l’amour du cinéma en toile de fond.

À propos de l'auteur de cet article

Claire Karius

Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.

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