Hope One #1

En 2017, lorsque nous avions rencontré ‘Fane au festival de Quai des Bulles, il nous avait donné les prémices de Hope One. Alors qu’il venait d’achever l’excellent Streamliner, il nous confiait vouloir sortir de sa zone de confort qu’est « la mécanique ». Fini le vacarme des moteurs à deux ou quatre roues. Place à l’espace et tout ce qu’il représente de silencieux, grand et mystérieux. C’est dans le vaisseau Hope One que va se dérouler toute cette première partie. Avec pour uniques passagers Adam et Megan, c’est dans une atmosphère inéluctablement oppressante que nous suivrons l’évolution des deux personnages qui ne vivent pas cette épopée spatiale avec la même sérénité…

DES RESCAPÉS DANS L’ESPACE

Après trois planches introductives sur la terre ferme, où l’on assiste à une énorme explosion déclenchée inopinément par deux hommes, la transition est aussi mystérieuse que brutale. Nous nous retrouvons à bord d’un engin spatial. Réveillée en douceur par une voix masculine, Mégan n’a aucune idée de l’endroit où elle se trouve ni pourquoi elle est si engourdie et nauséeuse. Adam la rassure. C’est tout à fait normal de n’avoir aucun souvenir et de se sentir ankylosée lorsqu’on a dormi durant… quarante-neuf ans…

En 1971, les tensions entre américains et russes finissent par déclencher un conflit mondial qui mènera la planète à sa perte. Les USA et quelques pays alliés pouvaient alors activer le projet sur lequel ils travaillaient depuis déjà quelques temps. Comme on jette une bouteille à la mer sans savoir ce qu’elle adviendra, c’est une poignée d’hommes et de femmes qui sont envoyés dans l’espace dans le but de repeupler la sphère bleue, après une longue phase d’endormissement.

HOPE ONE , ENTRE DOUTES ET ESPOIR

Mégan fait partie de ces volontaires. C’est en tout cas ce qu’Adam lui explique. Mais le protocole de réveil ne se passe pas comme prévu. La jolie blonde ne parvient pas à recouvré ses souvenirs. Pire, elle semble sombrer dans un état paranoïaque que son acolyte essaie tant bien que mal de contrer. Mégan n’a d’autre choix que de s’en remettre au discours de celui qui s’est réveillé quelques semaines avant elle. Lui qui semble serein face à cette situation, n’arrive pas à tranquilliser les doutes incessants de sa partenaire.

Mais plus on avance dans cette histoire, plus on a l’impression que les inquiétudes de Mégan semblent légitimes. Entre ce breuvage qu’elle doit ingurgiter tous les jours, ces endroits inaccessibles dans le vaisseau, le comportement suspicieux d’Adam à bien des égards… l’américaine comprend peu à peu que certaines réponses se trouvent dehors. Encore faut-il pouvoir y aller…

QUAND ‘FANE PREND DES RISQUES…

‘Fane nous avait fait part de ses intentions pour ce diptyque qu’est Hope One. Il souhaitait se mettre en danger dans cette nouvelle création. Pour preuve, sa réponse lorsqu’on lui demanda, il y a plus d’un an, sur quel projet il travaillait :

« Je vais essayer de sortir un petit peu de la mécanique. Même si j’adore ça. Mais là, je vais me mettre en danger, dans une situation qui ne m’est pas familière. Je pars sur un huis-clos. Quelque chose de beaucoup plus posé, où je vais me concentrer encore plus sur les persos. En revanche, je m’enlève un petit peu une corde à mon arc, en éludant tout le côté action. Même dans Petites Éclipses, la dynamique dans le jeu de mes protagonistes donnait un rythme échevelé. Mais dans ce projet, je vais axer mon intérêt sur l’aspect psychologique. J’ai envie de sortir un peu de ce qui deviendrait ma zone de confort. Si je continue à faire des BD mécaniques, je deviendrais un auteur mécanique ! J’ai envie de quitter cet univers moteur et tester un petit peu autre chose.

Je pense que la formule diptyque est pas mal parce qu’elle te permet de bien développer. Maintenant que j’ai goûté à la liberté de passer du temps avec mes persos, j’aime bien ça. Même si tu as compris qu’idéalement je préfère une histoire complète. Cela devrait donc être deux tomes avec, là encore, des sorties rapprochées.

Le découpage sera aussi plus classique comparé à Streamliner qui était basé sur du comics américain. C’est la narration qui sera plus compliquée. Je serai obligé de calmer le jeu au niveau, notamment, des flashes-back. Je vais, au contraire, faire quelque chose de très chronologique car il va falloir que le lecteur garde l’esprit clair. »

… IL LE FAIT BIEN !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ‘Fane a excellemment mis en pratique ce désir de changement dans son approche scénaristique. Dans ce premier tome de Hope One, il n’y a effectivement pas de scènes d’action à couper le souffle comme il sait si bien les retranscrire. La tension à l’air irrespirable, se concentre cette fois sur le confinement de deux personnages dans un endroit où ils n’ont d’autre choix que d’y survivre ensemble. Une situation idéale pour se concentrer sur la psychologie des personnages et ainsi se les approprier par une analyse de leurs moindres faits et gestes.

Avec une mise en scène graphique où, à l’image de la couverture, se multiplient les gros plans sur les visages des protagonistes, l’auteur de Joe Bar Team insiste sur sur leurs réactions et attitudes dans leur quotidien. Sans oublier les grandes étendues étoilées qui nous rappellent que Mégan & Adam sont bel et bien résidents d’un vaisseau spatial.

Il faut également souligner le rendu colorisé apporté par Isabelle Rabarot. Celle qui s’était déjà associée à ‘Fane pour Streamliner, permet de distinguer précisément les différents endroits où déambulent les personnages dans le Hope One. Ainsi, que ce soit la salle de réveil, les quartiers de restauration, ou encore la serre, chacun de ces lieux sont définis par un code couleur qui permet de nous repérer aisément dans l’engin volant.

On peut d’ores et déjà le dire : ‘Fane a réussi son pari. Ce premier opus de Hope One offre une tension palpable du début à la fin grâce à une mise en scène axée principalement sur les échanges entre les deux héros. En distillant quelques situations anxiogènes autour des onze autres Hope, l’auteur maîtrise parfaitement cette ambiance énigmatique.  Avec un cliffhangher logiquement frustrant, on n’a qu’une hâte au sortir de cette lecture : respirer le grand air !

Article posté le mardi 12 février 2019 par Mikey Martin

Hope One de 'Fane (Comix Buro- Glénat) 1er tome décrypté par Comixtrip, le site BD de référence
  • Hope One : Tome 1
  • Scénariste : ‘Fane
  • Dessinateur : ‘Fane
  • Coloriste : Isabelle Rabarot
  • Éditeur : Comix Buro / Glénat
  • Prix : 15,50 €
  • Parution : 16 janvier 2019
  • ISBN : 978-2344031407

Résumé de l’éditeur : « On est en 2020, Megan… Vous avez dormi 49 ans. » Huis clos. Megan Rausch se remet mal de sa léthargie : nausées, troubles de la mémoire, paranoïa… Malgré les traitements et la bienveillance de son partenaire de bord, la jeune passagère glisse au fil des jours dans la folie… Aucun signe de vie, au sol. À part eux, tout est mort. Stérile. À quoi bon avoir survécu au cataclysme, si tout retour sur Terre semble impossible ? Grand amoureux de SF depuis toujours, ‘Fane se frotte enfin à ce genre ultime à travers ce huis-clos maîtrisé et haletant. Un diptyque qui nous fait partir à la rencontre des étoiles, où les mystères de l’âme humaine semblent aussi insondables que les tréfonds des espaces infinis.

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Mikey, dont les géniteurs ont tout de suite compris qu'il était sensé (!) a toujours été bercé par la bande dessinée. Passionné par le talent de ces scénaristes, dessinateur.ice.s ou coloristes, il n'a qu'une envie, vous parler de leurs créations. Et quand il a la chance de les rencontrer, il vous dit tout !

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