Huis clos

Avec Huis clos, Naomi Reboul dresse le portrait intime de deux jeunes hommes en quête d’identité. Un  road trip dans les grands espaces australiens, entre mélancolie douce et poésie.

Derrière la photo

A 25 ans, Lukas, jeune homme solitaire, a fort à faire avec lui-même. Un rien introverti, il ne semble à l’aise que dans la pratique de son art, la photographie. Toutefois, ce sont ses sujets qui interpellent. Au pays des kangourous, où il achève ses études, ce sont les cadavres d’animaux qu’il fixe avec son objectif…

Nous voilà ainsi plongés dans l’univers étrange et mélancolique de Huis clos, un récit pensé et dessiné par Naomi Reboul (Iris deux fois, Nous étions trois) à La Boîte à Bulles.

Une rencontre

Pour prendre du recul, Lukas entreprend un long voyage en voiture le long de la côte australienne. En proie à un mal-être dont on le devine victime depuis l’enfance (la perte accidentelle et tragique de son frère jumeau) le jeune homme n’a que peu d’interactions avec son environnement.

Jusqu’à sa rencontre avec Paul, autre jeune paumé qu’il va prendre à bord de son véhicule. C’est le début d’une nouvelle histoire pour ces deux personnalités que tout semble séparer. D’un côté, Lukas le solitaire, de l’autre Paul le solaire. Lukas est dans le doute mais semble lucide quand il fredonne au volant un couplet de Creep, cette chanson du groupe Radiohead:  » I wish I was spécial but I’m a creep, I’m a weirdo, what the hell am I doing here? ». (J’aimerais être spécial, tu es tellement spécial mais je suis un pervers, je suis un cinglé, qu’est-ce que je fous ici ?)

 

« T’es chelou »

Sur les routes poussiéreuses et le plus souvent désertes de l’outback australien, ce curieux attelage s’observe. Paul doit rejoindre Adelaïde, où il compte trouver un travail. Mais pour l’heure, il a surtout la tête à la fête et au lâcher prise. Il invite Lukas à faire de même. Pas facile pour celui continue de consulter sa psy, même de loin, même en visio…

Peu à peu, au fil des bivouacs et des kilomètres avalés, le périple va servir de révélateur à ces deux-là. Non sans mal. Un soir, Lukas, qui a pris un cocktail de hasch et de médicaments va se sentir encore plus mal et ne plus se contrôler. Il a quand même pris le volant ! Résultat, une perte de repères, une panne d’essence. Une nouvelle galère… Paul ne rigole plus.  » T’es chelou! » lance-t-il à son chauffeur. Ils sont perdus dans le désert.

A ciel ouvert

Au prix d’une longue marche, les deux hommes retrouveront leur route. Où les mènera-t-elle ? C’est sur cette interrogation et une note d’espoir que se clôt ce long récit de 250 pages, étrange et mélancolique, émaillé de dialogues rares, presque minimalistes. Par petites touches, Naomi Reboul y distille les doutes et les questionnements de ses deux personnages en quête de sens.

Côté graphisme, elle fait place alternativement aux cases en pleine page, un peu à l’image des grands espaces traversés ou aux cases plus petites favorisant les gros plans sur les visages. L’utilisation des lavis s’avère efficace. Les bleus, jaunes et ocres restituent avec bonheur la profondeur de la nuit et la couleur des pierres.

Mélancolie, poésie douce-amère, introspection, retenue et délicatesse forment le mélange intéressant et parfaitement digeste de ce huis clos à ciel ouvert.

Article posté le samedi 26 juillet 2025 par Jean-Michel Gouin

Huis clos de Naomi Reboul (éditions La boîte à bulles)
  • Huis clos
  • Scénario et dessin : Naomi Reboul
  • Editeur : La Boîte à Bulles
  • Prix : 29 €
  • Parution : mai 2025
  • Nombre de pages : 272
  • ISBN : 9782849534847

Résumé de l’éditeur. Lukas a 25 ans. Depuis tout petit, il se passionne pour la photographie. Alors qu’il termine ses études d’art à Sydney, il entreprend un voyage le long de la côte australienne pour préparer son examen final. De nature solitaire, c’est l’occasion de laisser la grande ville derrière lui, de prendre du recul ainsi que quelques clichés de nature un peu particulière puisqu’il photographie des cadavres d’animaux… Sur la route, il rencontre Paul, un jeune homme parti rejoindre des amis à l’autre bout du pays. Être solaire, brûlant la vie par les deux bouts, Paul se révèle pourtant aussi fragile qu’instable. Mais ce jeune bohème dégage malgré lui une poésie déconcertante qui fascine tout autant qu’elle interpelle Lukas.
Au fil de ce road trip qui les conduira en plein cœur du désert, les deux hommes apprendront à se découvrir et à entrevoir des pans de leur personnalité qu’ils ne soupçonnaient pas…
L’histoire d’une fuite en avant, une quête de soi empreinte d’une mélancolie aussi douce que poétique.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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