Intraitable, tome 2

Dans son supermarché, Soo-in tente de mettre en place un syndicat pour défendre les droits des salariés. Aidé par Go-shin, il se confronte à ses supérieurs, réticents. Choi Kyu-sok poursuit son histoire dans le deuxième volume d’Intraitable, un manwha passionnant et glaçant !

Quand Soon-in créé un syndicat

Soo-in est de plus en plus isolé dans son entreprise. Ses autres collègues cadres le mettent à l’écart et ne lui parlent plus. Il faut dire qu’il tient de plus en plus tête à sa hiérarchie.

Ne se comportant pas comme un chef de rayon, il n’hésite pas à mettre un tablier pour aider les employés sous ses ordres. Ces gestes, logiques pour lui, sont très appréciés par ses subalternes. Mieux, Soo-in recrute de nouveaux adhérents pour son syndicat, sans se cacher de ses supérieurs.

« Le rôle de vilain petit canard me convenait assez bien… »

L’aide précieuse de Go-shin

Dans ce projet fou, Soo-in peut compter sur l’aide précieuse de Gu Go-shin, du cabinet de conseil Bujin, défenseur des salariés. Le conseiller réunit ses troupes dehors le long du magasin, leur parle de la lutte et de leurs droits.

De plus, Go-shin conseille Soo-in dans sa manière de se comporter vis-à-vis des employés. S’il est créateur de la cellule syndicaliste, il faut qu’il en devienne un vrai meneur, ce qui n’est pas le plus simple pour l’ancien militaire. Entrainer des ouvriers est très différent que d’avoir des soldats sous ses ordres.

« Non seulement vous devez séduire l’auditoire, mais les déserteurs ne risquent aucune sanction. Trouvez-vous un allié qui a le sens du contact. Ce sera plus simple. »

Et si Jun-cheol était l’homme de la situation ?

Intraitable, glaçant de réalisme

Après un premier volume passionnant, Choi Kyu-sok poursuit son incursion dans du syndicalisme sud-coréen avec un deuxième opus encore plus fort ! C’est assez rare pour le souligner.

Le rythme s’accélère et les lecteurs sont emportés dans ce tourbillon, entre espoirs et désillusions, entre solidarité et trahison.

Un salarié voué à être licencié, sauvé in-extrémis, va aider Soo-in dans son projet inimaginable de création d’une cellule syndicale dans l’un des plus gros groupes de supermarchés du pays. Le mangaka s’inspire du fiasco de l’implantation du groupe Carrefour en Corée du Sud. S’il y apporte des éléments de fiction pour tenir en haleine son lectorat et apporter de la chair à son récit, il a bien étudié le cas de ce géant de la grande distribution dans son pays. Ainsi, il imagine un patron français arrogant, ne faisant pas l’effort de parler coréen, juste en place pour faire des profits.

Du syndicalisme sud-coréen

Comme dans le premier tome d’Intraitable, Choi Kyu-sok met en scène les heurts entre les syndicalistes pacifistes et les forces de l’ordre. Les services policiers de maintien de l’ordre sud-coréens n’hésitent pas – à l’image de leurs collègues français lors des manifestations des gilets jaunes – à utiliser plus que de raison leurs armes pour faire taire les récalcitrants. Ces séquences sont d’une rare violence et glaçante de vérité. Comme pour le pauvre Michel imaginé par Pierre Maurel dans Michel et le grand schisme, les coups pleuvent en rafle.

Les lecteurs pourront aussi voir dans Intraitable des différences entre le syndicalisme de ce pays et le notre, ainsi que les codes du travail, les conditions pour se réunir… La Corée du Sud est beaucoup moins protectionniste et plus libérale en économie que la France. Il reste néanmoins le même point commun : défendre les salariés et les employés.

Un dessin puissant

Si nous apprécions Intraitable pour son grand réalisme, les relations Go-shin/Soo-in et leurs combats, nous aimons aussi la partie graphique de Choi Kyu-sok d’une grande puissance. Son trait d’une grande sobriété est d’une belle force dans les moments de tension.

Né en 1977 à Changwon, le sud-coréen suit des cours dans le département de bande dessinée de l’université de Sangmyeong. Il en sort diplômé. Il débute sa carrière professionnelle vers l’âge de 21 ans dans de nombreux titres de presse. Il est rapidement apprécié dans son pays, notamment pour son humour noir. Il devient le fer de lance des créateurs de manwhas en Corée du Sud. Il est publié en France par Casterman dans un premier temps : Nouilles Tchajang (2003), L’amour est une protéine (2004) et Le marécage (2005). Édité par Rue de l’échiquier, Intraitable est sa première série longue, comme la maison d’édition d’ailleurs.

Prévue en six volumes, ce manga est partie pour être une très grande fresque sur les luttes sociales. Une chance donc de pouvoir le lire en français !

Article posté le vendredi 10 avril 2020 par Damien Canteau

Intraitable 2 de Choi Kyu-sok (Rue de l'échiquier)
  • Intraitable, volume 2 / 6
  • Auteur : Choi Kyu-sok
  • Editeur : Rue de l’échiquier
  • Prix : 20 €
  • Parution : 05 mars 2020
  • IBAN : 9782374251967

Résumé de l’éditeur : Corée du Sud, au tournant des années 2000. Dans un environnement économique et social durement marqué par les retombées de la crise financière en Asie, nous retrouvons Gu Go-shin, militant syndical fondateur d’une petite agence-conseil de défense des travailleurs, et Lee Soo-in, jeune cadre prometteur de la grande distribution, issu des rangs de l’armée. Depuis que leurs routes se sont croisées, les deux hommes ont appris à se connaître et à s’apprécier : les détestables pratiques sociales du nouvel employeur de Lee, puissant groupe français récemment installé en Corée, ont réveillé leurs instincts de justiciers. Avec le concours de Go-shin, Soo-in se bat désormais pour la création d’une section syndicale dans l’entreprise. Bien que les conditions de travail s’y détériorent jour après jour, les salariés se montrent d’abord réticents à cette idée. Mais le sort d’un employé, sauvé in extremis d’un licenciement abusif, fait tout basculer : traumatisant, l’épisode a l’effet d’un électrochoc sur les derniers indécis… Ce deuxième tome poursuit la transposition en fiction de l’implantation conflictuelle – et finalement ratée – de Carrefour en Corée. Cet opus montre comment les salariés peuvent se fédérer face au pouvoir des multinationales, et notamment à quel point cette organisation collective peut se révéler difficile quand on est face à un patron passé maître dans la technique de « diviser pour mieux régner » . Remarquable de maîtrise et de brio, Choi Kyu-sok continue de dépeindre avec finesse les rouages du système propre aux grandes entreprises et de brosser un portrait complexe et nuancé de la société coréenne contemporaine, en mettant en lumière, plus particulièrement dans ce volume, le rôle essentiel du syndicalisme coréen.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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