Michel et le grand schisme

Le reporter un peu fauché et râleur, Michel est de retour dans une troisième aventure, Michel et le grand schisme, toujours aussi drôle et sensible. C’est pour lui le temps des amours, de l’intérim et des manifestations de gilets jaunes. Pierre Maurel imagine de nouveau une comédie de mœurs sympathique et grinçante.

L’amour est là, qui t’attend au passage

Après Les temps modernes et les âges farouches, Michel est de retour. Son petit monde est bouleversé par l’arrivée dans sa vie de Béa. Ils s’aiment, c’est l’amour fou, celui qui te fait de pomponner, te fait lever pour aller bosser, celui qui te fait ranger ta vie comme ton appartement, celui où tu te rends dans un vernissage d’art contemporain, même si tu passes pour un béotien.

Béa est une jolie blonde qui travaille comme vendeuse chez Electro-Top, une chaîne de magasins à la Darty-Boulanger. Son chef veut qu’elle vende les objets les plus chers aux clients, elle, elle refuse et se joue de lui.

Michel et le grand schisme : Manifs et intérim, galères, galères

Michel aime son travail de reporter. S’il est free-lance et payé à la pige, il aime tendre son micro aux petites gens, celles de la France d’en bas, celles qui lui ressemblent.

Sans être héros avec du panache, il se rend sur les lieux des manifestations des gilets jaunes. Avec ses collègues de galère, les reporters de terrain, il tente de rendre-compte des heurts et malheurs de son époque. Mal préparé et mal équipé, il se retrouve roué de coups par des CRS qui ne font pas dans la dentelle. Son vieux matériel n’y résiste pas.

Ce coup fatal, il l’encaisse mal. Michel est alors obligé de forcer la main de la conseillère de l’agence intérim pour travailler et gagner de l’argent. Préparer les commandes dans un entrepôt de fruits et légumes, ça ne lui fait peur, il est bosseur.

Mais même avec ces jours de travail, il ne compte pas laisser tomber les manifestations. Casque sur la tête, Michel reprend ses marques et son micro, un cadeau de sa sœur et de son beau-frère. Rien ne pouvait lui faire plus plaisir que de rechausser ses baskets pour être au plus près de ceux qui galèrent…

Michel, anti-héros des temps modernes

Plus on lit ses petites aventures, plus on aime Michel. Il est simple et nous ressemble. Il est ce cousin galérien qui ferait tout pour ses petits plaisirs et que l’on apprécie pour ses valeurs.

Pierre Maurel sait y faire pour nous tenir en haleine. Grâce à son regard aiguisé sur la société, il imagine Michel et le grand schisme et met en scène ses petits riens qui font un grand tout. Par l’entremise de la comédie et de l’humour – notamment grâce à la personnalité de Michel – l’auteur toulousain peut aborder des thématiques contemporaines, celles qui touchent tout le monde : l’amour, les relations familiales, la précarité et la débrouille. Il n’hésite pas à mesurer son héros à la réalité actuelle avec les manifestations qui ont bouleversé notre pays pendant de longs mois. Les tensions et les coups de matraques mal placées, il les fait subir à Michel.

On peut même se demander ce que ferait actuellement Michel pendant son confinement. Se souviendrait-il des soignants gazés parce qu’ils réclamaient plus de moyens pour l’hôpital ? De ces fonctionnaires prêts à défendre notre bien commun ? Pierre Maurel ne met pas en scène les hommes politiques, il n’en a pas besoin. Il parle de politique et de démocratie au sens le plus noble du terme, celui des citoyens qui agissent dans la cité. Tout cela par son personnage, un petit bonhomme anonyme, un anti-héros des temps modernes, un petit gars de son temps et on aime aime ça !

Michel et le grand schisme : de l’amour de petites gens. On recommande !

Article posté le mercredi 08 avril 2020 par Damien Canteau

Michel et le grand schisme de Pierre Maurel (L'employé du moi)
  • Michel et le grand schisme
  • Auteur : Pierre Maurel
  • Editeur : L’employé du moi
  • Parution : 06 mars 2020
  • Prix : 14 €
  • ISBN : 9782390040675

Résumé de l’éditeur : Michel, le quarantenaire râleur et hirsute créé par Pierre Maurel nous revient pour un troisième épisode. Cette fois, l’amour, le vrai, celui pour lequel on passe l’aspirateur, semble bien avoir frappé à sa porte. Mais les emmerdes ne cessent pas de pleuvoir pour autant. Dans une France traversée par les conflits sociaux, impossible pour Michel de rester indifférent et de garder son matériel de reporter en poche, ni sa langue d’ailleurs. Comme il n’est pas vraiment taillé pour l’aventure, c’est aussi sous une pluie de coups durs, pas toujours métaphoriques, que notre antihéros bedonnant va courir. Qu’il nous promène au milieu des lacrymogènes pendant une manifestation des gilets jaunes, dans un vernissage d’art contemporain, dans les petits boulots d’intérim ou le long d’un sentier de campagne verdoyant, Michel est toujours furieusement proche de nous, de nos espoirs, de nos coups de gueule et interrogations sans réponses sur ce monde hyperconnecté et pourtant bien terre à terre qui est le nôtre. Pierre Maurel décortique, avec son dessin nerveux et ses figures saisies sur le vif, les travers de notre époque. Avec drôlerie, intelligence, et au travers de situations et d’un personnage plus complexe qu’ils n’en ont l’air. Michel, Le Grand schisme est le dernier opus de la trilogie entamé avec Les Temps modernes en 2018. Pour l’auteur, c’est l’occasion d’aborder sous l’angle d’une comédie de moeurs à la fois sympathique et grinçante des thématiques liées à l’actualité. Les mouvements sociaux d’aujourd’hui, les trottinettes géolocalisées, mais aussi un furieux désir de changer le modèle de notre société. Ce dernier opus se veut plus jovial et ouvert sur l’inconnu.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir