Dans les années soixante aux Etats-Unis, le jeune Doug grandit dans une famille dysfonctionnelle. La découverte de l’art et de l’amitié vont lui ouvrir de nouveaux horizons. C’est la toile de fond du nouvel album de Nicolas Pitz, Jusqu’ici tout va bien, magistrale adaptation d’un roman de Gary D. Schmidt.
Fan de baseball
New York, 1968. Ce jour-là, Douglas Swieteck n’a d’yeux que pour son équipe de baseball favorite, les Yankees. Parmi ceux qu’on surnomme les « Bombardiers du Bronx » ou encore « les Bombardiers », un certain Joe Pepitone fait l’admiration du jeune Doug. Comble de bonheur, la star des Yankees va même lui dédicacer sa casquette à l’issue du match.
Ainsi débute Jusqu’ici tout va bien, du dessinateur et scénariste Nicolas Pitz, qui signe avec cette adaptation du roman de l’américain Gary D. Schmidt son quatrième album en solo.
On ne choisit pas sa famille
Mais le baseball ne dure qu’un temps. Doug traîne son ennui dans une famille qu’on qualifierait aujourd’hui de dysfonctionnelle. Tiraillé entre un père violent et une mère impuissante, malmené par un frère brutal, un autre revenu estropié et amer de la guerre du Vietnam, l’adolescent doit suivre le mouvement. et le voilà bientôt contraint de quitter « la grande pomme » pour Marysville, « huit boutiques déglinguées et un bar en face duquel on habite. Quatre pâtés de maisons avec gazon et vélos sans attaches… ».
Heureusement, il y a Lilly, une ado de son âge, la fille de l’épicier qui devient peu à peu son amie. Lilly aime les livres et fréquente la bibliothèque, « qui n’est ouverte que le samedi ».
La découverte du dessin
C’est là que Doug va faire une découverte qui changera le cours de sa jeune existence. Une collection d’oiseaux dessinés par Jean-Jacques Audubon (1785-1851) un ornithologue, naturaliste et peintre américain d’origine française, considéré comme le premier ornithologue du Nouveau Monde.
Au départ, l’ado fan de baseball est plus que dubitatif. Aussi, quand un vieil homme, Mr Powell, lui propose de s’essayer au crayon, il répond aussitôt, méprisant : « Dessiner, c’est pour les crétins et les filles. Je ne dessine pas ». Et puis, peu à peu, pas à pas, subjugué par le trait et le mouvement que le peintre avait su insuffler à ses dessins, Doug va s’essayer à son tour au dessin. Celui qu’on surnomme encore « le voyou maigrichon » se révèle en tant que dessinateur de talent.
Jusqu’ici tout va bien : Du noir à l’espoir
Tandis qu’autour de lui la violence et les magouilles de son père s’accentuent, Doug ne lâche pas prise. Bien des péripéties vont se succéder tout au long de ce récit de 230 pages. On suit la lente évolution d’un adolescent qui bercé par l’espoir d’une vie meilleure, s’affranchit peu à peu de son milieu d’origine. Le jeu d’alternance entre les planches en noir et blanc et les planches couleur disséminées distillées par Nicolas Pitz donne à cet album une force peu commune.
On est sans cesse en empathie avec les personnages, même ceux dont le comportement peut sembler répréhensible. On est touchés par la force de caractère de ce jeune américain qui semble dire: grâce à l’art, à la culture on peut, qui que l’on soit, s’en sortir.
Depuis 2018, Nicolas Pitz creuse avec bonheur le sillon de la BD Jeunesse en multipliant les adaptations réussies (Sombres Citrouilles, Montana 1948…) Il revient aujourd’hui en force avec ce « Jusqu’ici tout va bien » dont la lecture, parions-le, conviendra aussi bien à l’adolescent qu’à l’adulte.
- Jusqu’ici tout va bien
- Scénariste : Nicolas Pitz
- Dessinateur : Nicolas Pitz
- Editeur : Rue de Sèvres
- Prix : 20 €
- Parution : Février 2024
- Pagination :
- ISBN : 9782810203857
Résumé de l’éditeur. 1968, dans une petite ville de l’État de New York. Un père sans repères, une mère sans remède. Deux grands frères, l’un brutal, l’autre avalé par la guerre du Vietnam. Pas assez d’argent à la maison, des petits boulots pour se maintenir à flot. Trop de bagarres au collège. Une bibliothèque ouverte le samedi pour s’évader. Une collection d’oiseaux éparpillée à tous les vents. Des talents inexploités. Et une envie furieuse d’en découdre avec la vie. Dans ce contexte sinistre mais pas dénué d’espoir, Doug s’efforce de ne plus être ce que tout le monde semble penser qu’il est, un « voyou maigrichon ». Grâce à Lil, alliée inattendue, il va trouver la force d’affronter le passage de l’adolescence et l’envie de rêver à des horizons plus radieux.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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