Le dessinateur espagnol José-Luis Munuera propose une adaptation personnelle d’une nouvelle méconnue de l’écrivain britannique H.G.Wells, L’homme qui pouvait accomplir des miracles. Entre fantaisie et réflexion métaphysique sur le pouvoir.

Questions métaphysiques
Ah, si l’on pouvait accomplir des miracles, que ne ferions-nous pas ? Nous sommes sans doute nombreuses et nombreux à nous être un jour posé cette hypothèse ? Mais aussitôt une autre s’impose. Les miracles existent-ils ? Relèvent-ils d’un quelconque pouvoir surnaturel, de la croyance ?
Arrêtons-là toutes ces suppositions et tournons-nous vers la littérature. C’est en 1898 que paraît dans un journal britannique le London Illustrated News, L’homme qui pouvait accomplir des miracles, une nouvelle du romancier H.G. Wells.
Et c’est ce récit que s’approprie aujourd’hui le dessinateur espagnol José-Luis Munuera pour le compte des éditions Dargaud. Prolifique, l’auteur n’en est pas à sa première adaptation littéraire, d’une aventure de Peter Pan d’après James Matthew Barrie au Chant de Noël d’après Ch. Dickens.

Un homme bien ordinaire
Voici donc George McWhirter Fotheringay, un citoyen britannique bien ordinaire qui découvre un jour qu’il possède le don accomplir des choses extraordinaires, du seul fait de sa volonté.
Mais cet homme-là va se contenter de peu. Loin de lui l’idée de vouloir changer le monde. Le narrateur a prévenu : « Certes, son imagination manquait d’originalité mais il ne faut pas oublier qu’à part son don des miracles, Fotheringay n’était pas un homme très exceptionnel. »
A Immering, dans la paisible bourgade où il réside, ses nouvelles capacités, faire apparaître ou disparaître objets et personnages, va plutôt être source de désagréments…

Les rêves du pasteur
Notre homme est peu à l’aise avec ses nouveaux pouvoirs. Et commet des maladresses. Comme ce fait d’envoyer en enfer l’agent de police Winch qui le prend pour un illuminé. A l’inverse, le pasteur Maydig se montre quant à lui très intéressé par le don de Fotheringay.
Ce dernier ne pourrait-il pas l’aider à accéder à de plus hautes fonctions dans la hiérarchie de l’église ? Mais notre héros commence à se poser des questions. Et quand on lui demande de faire en sorte que la terre s’arrête de tourner, il prend conscience de bien des choses et prend peur : « Que je perde mon pouvoir, que ma volonté redevienne aussi inoffensive que celle de n’importe qui et que les miracles cessent. Je n’en veux plus, je ne les aime pas ! »

Pas de toute puissance
Et nous, que ferions-nous si nous avions le pouvoir absolu ? L’homme est-il suffisamment raisonnable pour mesurer toutes les conséquences de ces actes ? Sommes-nous des êtres disposant de notre libre arbitre en toutes circonstances ou des êtres fragiles gouvernés par l’irrationnel ?
Derrière cette fable fantastique non dénuée d’humour, l’auteur Wells et le dessinateur Munuera ouvrent bien des perspectives. Le trait de ce dernier est somptueux, les décors, souvent en pleine page, s’inspirent des illustrations originales du peintre franco-britannique Amédée Forestier .
Les couleurs de Sedyas apportent à ce court récit une belle épaisseur que le lecteur friand d’absurde et de satire lira surement avec plaisir.
- L’homme qui pouvait accomplir des miracles
- Scénario et dessin : José-Luis Munuera
- Editeur : Dargaud
- Prix : 17, 95 €
- Parution : septembre 2025
- Nombre de pages : 72
- ISBN : 9782505132455
Résumé de l’éditeur : M. Fotheringay, homme ordinaire sans ambition ni imagination, découvre un jour qu’il peut accomplir des miracles d’un simple souhait. Mais plutôt que de changer le monde, il se contente de petits prodiges insignifiants… jusqu’à ce qu’un accès de colère l’amène à envoyer un policier en enfer – littéralement. Pris de panique, il se tourne vers le pasteur Maydig, un homme bien plus enthousiasmé que lui par ce pouvoir. Ensemble, ils entreprennent d’améliorer la société, mais leur maladresse et leur excès de zèle finissent par provoquer une catastrophe aux proportions bibliques ! Seul dans un monde ravagé par ses propres miracles, Fotheringay devra faire face aux conséquences de son incroyable don. Adaptée d’une nouvelle méconnue de H.G. Wells, cette comédie fantastique délicieusement british, entre satire et farce absurde, s’inscrit dans la lignée des oeuvres de Lewis Carroll, Douglas Adams et Terry Pratchett. Une relecture brillante signée J.-L. Munuera, entre Uderzo et Doctor Who, qui nous entraîne dans une aventure aussi burlesque que vertigineuse.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
En savoir