La fourrière des animaux – Panini Comics

Adapter les grands classiques de la littérature, c’est commun en bande dessinée. Les réinterprétations sont plus rares, car plus exigeantes. La fourrière des animaux, de Tom King et Peter Gross publié en France par Panini Comics, répond à cette ambition. Celle de donner une lecture moderne à La ferme des animaux de Georges Orwell. Et ce faisant, de montrer comment les États-Unis connaissent un moment préfasciste.

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La fourrière des animaux : De la démocratie en Amérique aujourd’hui

À la fourrière, le chien Lucky était un animal très apprécié des autres pensionnaires. Mais comme tant d’autres avant lui, les hommes l’ont conduit à l’aiguille et il est mort. Cependant, Lucky a laissé une trace derrière lui, un appel. « N’oublions pas Lucky » est devenu un cri de ralliement, autant pour les chiens que pour les chats. Un ralliement autour de la liberté et de l’égalité pour tous les animaux au sein de la fourrière. Madame Fifi la chatte et Titan coordonnent la révolte. Désormais, les portes resteront ouvertes, chats, chiens et lapins vivront en harmonie.

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Quitte à être injuste avec le dessinateur, soyons-le de suite

Traitons d’emblée le point qui appellera moins à réflexion, à savoir le dessin. Peter Gross est un artiste TRÈS solide. Il a à son actif plus de dix séries, dont la très remarquée The Unwritten.

Il propose ici un trait réaliste adapté à cette fable profondément connectée à l’actualité états-unienne. Il met un accent particulier sur l’expressivité des animaux, qui sont les personnages essentiels du récit. Peur, colère, joie, sont parfaitement retransmises dans le dessin. A contrario, les décors sont volontairement délaissés afin de nourrir l’universalisation du récit. Cette fourrière est n’importe quelle fourrière. De très nombreux pays pourraient l’accueillir.

Ce travail est soutenu par les couleurs de Tamra Bonvillain, qui nourrit les intentions des deux autres artistes par un travail très nuancé.

Mais sans leur faire offense, ce n’est pas le dessin que l’on va retenir de La fourrière des animaux. C’est sa nature de satire politique actualisée.

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La fourrière des animaux : histoire d’un totalitarisme en germe

Le roman original de Georges Orwell, écrit en 1945, dénonçait le dévoiement stalinien totalitariste de la révolution russe de 1917, dans le cadre d’une ferme.

Pour replonger ce récit dans le présent, Tom King l’amène dans un univers animalier dont nous sommes plus proches en occident, la fourrière. Trois races d’animaux vont cohabiter dans cette utopie : chats, chiens, lapins. Ces derniers pouvant être autant les victimes de l’un ou l’autre groupe. Au fil de l’histoire, une société va se construire, avec un mode de gouvernance particulier, pour permettre à tous les animaux de vivre sereinement. Mais évidemment, l’idéal démocratique va accoucher d’un totalitarisme.

Il n’est pas question ici de décomposer l’intégralité des faits qui amènent à cette situation. Nous allons tâcher de retenir les éléments importants.

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Comment chute la démocratie

Tom King distingue d’abord les modalités de l’instauration de la démocratie. Il insiste sur les limites à ses yeux de la démocratie directe, ce qui amène à la démocratie représentative, collective d’abord, puis plus individuelle. Autrement dit, à un régime de type république présidentielle comme aux États-Unis.

Avec Titan, avec Madame Fifi, porteurs de l’idéal démocratique de la révolution, nous découvrons deux leaders éclairés. De grandes âmes qui peuvent donc porter le poids de la prise de décision juste sur leurs épaules.

Mais avec le temps, le jeu de la démocratie amène au pouvoir des dirigeants moins inspirés, moins pertinents. Et la démocratie s’avère profondément insatisfaisante pour ses acteurs premiers. Atermoiements, renoncements, viennent créer des doutes plutôt que des résolutions.

La fourrière des animaux parle du présent

Et c’est là que les électeurs se montrent prêts à élire un « animal providentiel », un de ceux qui va flatter les bas instincts et monter les uns contre les autres, en utilisant de manière dévoyée l’idéal démocratique. Nous ne révélerons pas ici qui endossera le rôle, pour ne pas vous priver de la découverte. Mais il est évident qu’il a une inspiration.

Et c’est là où Tom King choisit de s’engager. Le monde du comic-book est plutôt un monde libéral, au sens philosophique du terme. Et même si King est un ancien agent de la CIA, manifestement, il n’adhère pas à l’évolution de la démocratie américaine. Alors il met en scène Donald Trump.

Celui qui perverti l’idéal démocratique, ce n’est plus Staline. Dans une approche plus nombriliste (malheureusement nécessaire), ce sera le président des États-Unis d’Amérique.

la fourrière des animaux bannière comixtrip.fr

Gross et King frappent direct

Le discours du personnage laisse peu de place au doute. Il est aussi glaçant que celui auquel il fait référence. Il est aussi violent, narcissique, malsain et générateur de divisions. Quand on regarde le dessin de Peter Gross, notre cerveau plaque instantanément les mimiques de Trump sur celles de l’animal qui le représente.

Il en fait un personnage qui détruit la vérité de l’idéal démocratique et referme les portes des cages, pour son seul bénéfice égotique. Mais surtout, avec l’assentiment du peuple, qui choisit de se laisser conduire à cela.

Non, cette fable ne se termine pas bien. Il est évident que Tom King souhaite une fin différente. Et c’est par le divertissement, le comic-book, qu’il entend apporter sa pierre à l’édifice démocratique. Individuellement et collectivement, nous sommes toujours acteurs de ce que devient notre démocratie.

La fourrière des animaux est une leçon pour les démocraties occidentales

La fourrière des animaux est un album extrêmement fort de Tom King et Peter Gross. Mais même s’il raconte la chute actuelle des États-Unis d’Amérique, nous autres Français devrions prendre garde. Nous sommes en train de prendre le même chemin. Nous avons aussi à méditer sur l’identité de l’homme à qui nous confierons les clés de notre démocratie en 2027.

Article posté le mardi 09 juin 2026 par Yaneck Chareyre

La fourrière des animaux couverture panini comics
  • La fourrière des animaux
  • Scénariste : Tom King
  • Dessinateur : Peter Gross
  • Coloriste : Tamra Bonvillain
  • Traducteur :
  • Éditeur USA : Boom Studios
  • Éditeur France : Panini Comics
  • Date de publication France : 20 mai 2026
  • Nombre de pages : 176
  • Prix : 26€
  • ISBN : 9791039144377

Résumé de l’éditeur : Quand les animaux en ont assez d’être enfermés et maltraités, il ne leur reste plus rien à perdre… Une révolte éclate dans une fourrière, et bientôt, tous s’allient contre ceux qui marchent sur deux pattes. Mais ce pouvoir nouvellement acquis s’accompagne d’un défi de taille : comment établir une démocratie et rédiger leur première constitution ? Et si toute leur bonne volonté finissait par nourrir les ambitions autoritaires d’une minorité ?

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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