La saga de Grimr

Orphelin, Grimr tente de survivre dans cette terre hostile qu’est Islande. Au milieu des volcans, l’adolescent à la force herculéenne écrit sa légende. Jérémie Moreau imagine La saga de Grimr, une passionnante et captivante bande dessinée aux éditions Delcourt. Palpitant !

VOLCAN EN FURIE

Islande, 1783. La famille de Grimr fuit l’éruption d’un volcan de l’île. Son père lui enjoint de courir mais le petit garçon tombe. C’est sa chute qui va le sauver d’une mort certaine, contrairement à ses parents et son petit frère.

Des marchands d’esclaves danois cheminent vers le prochain marché pour vendre des enfants arrachés à leurs parents. Ils croisent alors Grimr dans un état de choc. Peu importe, il le ligote ; il fera parti de la cargaison. Il faut souligner que ce sont les Danois qui gouvernent l’île et qui ne se gênent en rien de faire régner la terreur sur la population et l’asservir.

VIGMAR LE VALEUREUX, PRINCE DES VOLEURS

Alors que les Danois négocient entre eux pour la vente des enfants, Grimr – plus grand, plus robuste et plus fort que les autres – arrive à s’enfuir entraînant avec lui les petits esclaves.

Sur le toit d’une maison, Vigmar le valeureux observe la scène, impressionné par la force du jeune garçon à la chevelure rousse. Il l’aide alors dans sa fuite.

Il l’emmène dans son repère, le rebaptise Grimr Enginsson – Grimr le fils de personne – et le prend sous son aile. S’il découvre que Vigmar est en fait le prince des voleurs, le jeune garçon lui est fidèle et le considère comme un membre de sa famille. Grimr grandit et devient un solide adolescent. C’est le début d’une belle amitié…

LA SAGA DE GRIMR : SUBLIME ÉPOPÉE EN TERRE ISLANDAISE

Voilà un album riche en tout point. Le récit de Jérémie Moreau – il l’a imaginé après un séjour sur l’île – est dépaysant, plein de suspense et accrocheur. En effet, le lecteur est happé par l’intelligence de l’histoire et la force de la partie graphique. Cette quête d’identité est magnifique, lui le garçon sans nom de famille (un marqueur d’identité très forte dans le pays, une transmission par le père, « son » fils de).

Par La saga de Grimr, l’auteur du magnifique Max Winson (deux tomes, Delcourt) emporte son lectorat dans une épopée en terre islandaise à l’époque médiévale, celle après les Vikings, celle de l’emprise danoise sur l’île. Depuis 1536, l’Islande est gouvernée par le roi du Danemark qui par ses hommes fait régner la terreur sur ces terres volcaniques. Comme il le suggère dans l’album, les Danois montrent beaucoup de supériorité face aux Islandais, les traitant avec condescendance et les faisant travailler de force.

Cette toile de fond est propice aux aventures mais aussi aux légendes nordiques. Les habitants sont encore partagés entre la religion protestante (imposée par les Danois) et les croyances païennes faites de dragons, de trolls et de créatures fantastiques. Ce syncrétisme est donc encore tenace dans les esprits des paysans. L’arrivée de Grimr renforce la méfiance des villageois le concernant. Il faut souligner qu’il a échappé à la fureur d’un volcan, qu’il peut sentir les vibrations de la terre avant tout le monde et qu’il est plus fort que 4 hommes réunis. Même son prénom fait peur, comme un grondement de volcan. Il est rapidement comparé au diable et sera pourchassé pour cela.

L’amitié à toute épreuve, les liens fraternels et filiaux mais aussi l’amour sont au cœur de La saga de Grimr. Seuls deux hommes feront confiance à l’adolescent : Vigmar plutôt par arrivisme même s’il le recueille et Einnar, l’écrivain aveugle raconteur de sagas qui lui confiera son chien.

L’ISLANDE MAGNIFIÉE

Pour développer La saga de Grimr, Jérémie Moreau réalise une partie graphique puissante. L’auteur de Tempête au haras (Rue de Sèvres) sublime les paysages enneigés et volcaniques de cette Islande mystérieuse. Pays rude par le climat et les éruptions volcaniques fréquentes, les femmes et les hommes pourtant s’y sont habitués et adaptés de belle manière. Et c’est cela que le jeune dessinateur parvient à nous transmettre par une palette chromatique à l’aquarelle somptueuse. Ses coulées de lave sont puissantes, ses décors naturels épatants et la matière pour les pierres de construction ont une formidable rendu.

Sans jamais esquisser un sourire – sa vie délicate le fait comprendre – Grimr possède néanmoins un charme fou qui attire le lecteur. Ses cheveux roux comme la lave et sa stature imposante font de lui pourtant un être attachant.

La saga de Grimr : superbe album, une petite merveille de cette rentrée 2017 ! A seulement 30 ans et avec ce nouvel album, Jérémie Moreau se bâtit une œuvre forte et intelligente.

Article posté le samedi 21 octobre 2017 par Damien Canteau

La saga de Grimr de Jérémie Moreau (Delcourt) décrypté par Comixtrip
  • La saga de Grimr
  • Auteur : Jérémie Moreau
  • Éditeur : Delcourt
  • Prix : 25.50€
  • Parution : 13 septembre 2017
  • ISBN : 978-2-7560-8064-2

Résumé de l’éditeur : 1783. L’Islande, accablée par la misère, doit encore subir le joug du Danemark. Et le sort de Grimr, devenu orphelin, est plus cruel encore dans ce pays où l’homme se définit d’abord par son lignage. Doté d’une force impressionnante, il se sait capable de rivaliser avec les plus fameux héros de saga même s’il n’est le fils de personne. Il ne lui manque que l’opportunité de prouver sa valeur…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir