Max Winson

Max est un immense champion de tennis. Agé de 25 ans, aucun adversaire n’a réussi à le faire chuter et il n’a jamais connu la défaite. Formaté pour être une star, le jeune homme commence à se poser des questions et son destin va être bouleversé avec l’arrivée d’un nouvel entraîneur. A travers Max Winson, publié par Delcourt, Jérémie Moreau nous plonge dans un univers sportif où tous les coups sont permis pour rester au top niveau.

INVAINCU

Max Winston est un excellent joueur de tennis de 25 ans. Ce prodige de la petite balle jaune écrase tout sur son passage, aucun joueur n’a pu le battre depuis 7 ans et il surfe sur la première place du classement mondial. Son palmarès éloquent parle pour lui : 94 titres sur le circuit ATP, 24 titres en Grand Chelem.
Plutôt timide, de nature agréable et un peu dégingandé, cet homme devient une véritable machine de guerre lorsqu’il foule les cours de tennis. Écrasant tout sur son passage, il multiplie les exploits et les récompenses.

SON ENTOURAGE

Depuis son tout jeune âge, Max est formaté pour être un futur champion. C’est son père, au passé très trouble, qui s’occupera de toute sa carrière. Entraînements intensifs et fabrication d’une machine enchaînant les lancers de balles.
Dirigé de toutes parts et couvé par son père, il n’a pas besoin de réfléchir à sa vie quotidienne mais seulement aux matches qui s’enchaînent. D’ailleurs un majordome l’aide dans sa vaste demeure.

STAR SYSTEM

Le talentueux sportif est la coqueluche de tous : les médias se l’arrachent, le public le soutient avec une grande envie et les enfants se rêvent en champion comme lui. Les unes de magazines le portent en véritable star, sa vie est épiée et les séances photos se multiplient. Ses victoires lui permettent de gagner beaucoup d’argent et cela lui permet de vivre dans un luxe démesuré.

LE DOUTE S’INSTALLE

Invité à la première d’Athenaphrodite, le talk-show de Pia, une jeune journaliste incisive. Ses questions le dérangent et le doute s’installe. Le champion perd pied, petit à petit.
Dans le même temps, son père, très fatigué par un cœur défaillant, doit petit à petit laisser son champion de fils dans ses entraînements. Un casting est organisé pour trouver un successeur et Max choisit Andy aux méthodes originales à l’opposé de celles de son papa.

UNE FABLE CONTEMPORAINE QUI DÉRANGE

Le magnifique récit de Jérémie Moreau est construit comme une fable cynique aux thématiques contemporaines qui interrogent. Son héros est happé et ne gère pas sa vie. Isolé dans sa prison dorée, il ne réfléchit à rien et ne se contente que de jouer, se montrer et sourire à la foule. Son entourage ultra-protecteur ne lui laisse aucun moment de répit, aucun moment à lui. Ce grand garçon d’une grande timidité et d’une grande fragilité, on ne lui connaît ni émotions, ni sentiments ni petite amie. Sa vie, c’est le tennis. Cette cocotte minute n’attend juste qu’à exploser tant la pression sur ses épaules est grande.
L’histoire dénonce aussi le star système : les médias, les photographes, les journalistes, l’argent et le public qui n’attend que les victoires de son champion. Tout le monde ne parle que de lui, des enfants rêvent d’un monde meilleur à travers sa réussite.
La mort rôde aussi dans ce récit, par le père malade, qui vit un transfert par son fils. Mais aussi, la petite mort de Max, ce guerrier indestructible, sportif de haut niveau, dont les rêves de gosse s’évanouissent.

DE LA CRÉATIVITÉ DANS LA NARRATION ET LE DESSIN

Même si l’on ne connaît rien au tennis, au sport en général, il ne faut pas se détourner de cet petit bijou. Le roman graphique du dessinateur du Singe de Hartlepool (avec Wilfrid Lupano, Delcourt, 2012) fait preuve d’une grande créativité dans sa narration. La force de ce récit est le basculement vers un autre ailleurs, tant l’univers qu’il décrit est féroce et loin de notre monde actuel. Se basant sur des faits réels, il grossit volontairement les traits pour dénoncer l’absurdité de ce destin. Extrêmement bien maîtrisée, l’histoire d’une grande mélancolie, fascine et révulse.
Le trait épuré en noir et blanc est très efficace, dans la lignée de Bastien Vivès. Le découpage distille un rythme rapide comme le tourbillon sportif et médiatique de la vie de Max. Allant à l’essentiel par un trait vif et précis, il happe son lecteur qui attend avec impatience le second volume.

Article posté le mercredi 15 janvier 2014 par Damien Canteau

Max Winson de Jérémie Moreau (Delcourt)
  • Max Winson, volume 1 /2 : La tyrannie
  • Auteur : Jérémie Moreau
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 14.95€
  • Sortie : 15 janvier 2014

Résumé de l’éditeur : Max Winson n’a jamais perdu un match de tennis de sa vie. Adulé par la foule, il n’est pourtant pas celui qu’on croit. Grande carcasse mélancolique à l’allure de Pierrot, il n’est que le produit d’une enfance volée par des entraînements inhumains, le pantin d’un père tyrannique. Quand ce dernier devient trop faible pour le coacher, la liberté s’offre à lui avec son cortège de paradoxes existentiels…

Tous les albums

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir