Le dernier costume n’a pas de poche

Dans une époque de racisme de plus en plus décomplexé, de détestation des autres, surtout s’ils sont pauvres, migrants et présents sur notre territoire, nous avons besoin de retour à l’humain. D’un rappel à cette idée d’égalité entre tous les hommes et toutes les femmes. Nous avons besoin de témoignages qui montrent que l’humanisme concret n’a pas disparu. C’est exactement ce que propose Le dernier costume n’a pas de poche, nouvel album scénarisé par Laurent Galandon (Retour à Tomioka) et dessiné par Paolo Castaldi, publié par Futuropolis. La réalité n’a pas toujours le goût de la haine.

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Le dernier costume n’a pas de poche : une profonde et bénéfique respiration

Chamesddine Marzoug est pêcheur en Tunisie. En 2007, il crée un cimetière pour enterrer les migrants morts en mer et que les vagues renvoient sur la plage. Pour défendre les vies, plutôt que les frontières, il est allé jusqu’au Parlement Européen de Strasbourg. Mais l’Europe se ferme toujours plus et les migrants continuent de préférer risquer la mort plutôt que de rester dans leur pays. Lui continue d’aider les vivants et d’honorer les morts, malgré toutes les difficultés qui lui ont été adressées.

Mars 2022, il fait la rencontre d’Abdoulaye, un enfant migrant sauvé par les tortues et déposé sur la plage. Continuera-t-il son chemin ? Et quand Chamesddine apprendra-t-il que ses proches veulent eux-aussi tenter la traversée ?

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Un véritable héros humain

Toujours prêts à lire cet article ? Après ces premières lignes, si tel est le cas, c’est sans aucun doute parce que le sujet vous touche et que vous voulez en savoir plus.

Voici une première information importante : ce livre fait du bien. Des récits sur les personnes migrantes disparues en mer, ou sur les parcours de migration, il y en a de nombreux et de très bons. Ici, Laurent Galandon cherche à nous rappeler que le sentiment d’humanité n’a pas encore totalement disparu de ce monde. Chamesddine en est une preuve. Et à ce titre, il mériterait presque un titre de Juste. Car celui qui sauve un homme, sauve l’Humanité tout entière, alors Marzoug fait beaucoup pour notre race humaine.

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Un engagement total et sincère

Son engagement initial pour les morts était une noble cause. L’Humanité se définit aussi par ses rituels liés au décès. Et les hommes et les femmes morts dans les embarcations de fortune, ne disposaient que rarement d’une fin les ramenant au statut d’être humain. Ils ne sont pas des « migrants », pas des «victimes ». Mais ils sont des individus dotés d’un nom, d’une famille, porteurs d’une Histoire. Ils méritent donc qu’on les respecte et qu’on les protège.

Une protection qui est le second engagement de l’homme héros de cette histoire. Une action pour ceux qui sont encore en vie et qui va constituer le cœur du récit proposé dans cet album.

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Le dernier costume n’a pas de poche : deux intrigues à suivre

Un double récit. Celui d’un gamin solitaire parti en quête de sa mère, d’abord. Un enfant à la fois bien trop marqué par la violence et la mort et à la fois bien trop naïf pour affronter seul le nord de l’Afrique et la Méditerranée. Cet enfant vient représenter toutes celles et tous ceux qui traversent le continent et souffrent une fois bloqués par la mer, exploités par les trafiquants et soumis aux caprices de la météo maritime.

Et puis il y a la famille de Chamesddine. Des gens qui eux aussi, en Tunisie, veulent migrer, quitter un pays qui étouffe autant qu’il s’étouffe. Des gens bien placés pour connaître les dangers de la traversée mais qui, pour autant, trouvent le risque préférable.

Posez-vous la question. Que diriez-vous de votre quotidien si la mort était encore une fin plus acceptable que celle de rester dans votre pays ? Seriez-vous un infâme suceur d’allocations, si vous préfériez vivre dans un autre pays ? Ou juste un être humain pris d’un juste désir de vie tranquille ?

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Devons-nous réellement connaître les dessous de l’histoire ?

Reste une grande question. Au-delà du personnage de Chamesddine, où s’arrête le réel ? Dans quelle mesure Laurent Galandon s’est-il emparé d’une toile de fond pour venir jouer sa propre partition, composer son histoire romancée, glissée dans l’Histoire récente de cet homme ?
On pourrait se dire que cela n’a que peu d’importance. Mais la fin du récit apporte une telle bouffée d’oxygène, qu’en tant que lecteur investi, on a envie qu’elle soit vraie. Pour se dire que non, décidément, ce monde n’est peut-être pas aussi déprimant qu’il n’y paraît. Mais devons nous rompre ce doute, ou plutôt jouir d’une belle émotion, fusse-t-elle un fantasme ?

Et sinon, on parle dessin ou pas ?

Absolument désolé pour Paolo Castaldi, largement délaissé de cet article. Pas parce qu’il ne serait pas à la hauteur. Au contraire. Avec son dessin réaliste, proche du dessin de reportage, du carnet de croquis, il offre un réalisme qui fait écho aux bases du récit et nourrit bien notre suspension d’incrédulité. On perçoit une école Gipi derrière son trait, et son travail est tout à fait solide. La mise en couleur, semblant faire appel à l’aquarelle, apporte autant de couleurs légères que de gris et de noirs plombant. L’artiste les convoque avec équilibre pour nourrir nos émotions et scander le tempo de la narration.

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Le dernier costume n’a pas de poche, un livre à défendre et à promouvoir

Le dernier costume n’a pas de poche, de Laurent Galandon et Paolo Castaldi, publié par Futuropolis, est une œuvre qui fait du bien quand on est un être humain occidental un peu préoccupé par la marche du monde. Mais comme les idées qu’il diffuse sont largement en retrait dans nos sociétés, il convient de donner beaucoup de visibilité à cet album. C’est un contrepoison contre le racisme et la xénophobie.

Article posté le dimanche 09 février 2025 par Yaneck Chareyre

Le dernier costume n'a pas de poches
  • Le dernier costume n’a pas de poche
  • Scénariste : Laurent Galandon
  • Dessinateur : Paolo Castaldi
  • Éditeur : Futuropolis
  • Nombre de pages : 160
  • Prix : 23€
  • Date de publication : 05 février 2025
  • ISBN : 9782754835817

Résumé éditeur : En 2018, Chamesddine Marzoug, pêcheur et bénévole au Croissant Rouge, a lancé un appel au parlement européen de Strasbourg pour faire preuve d’humanité face à ceux qui fuient leur pays pour avoir un avenir. Insistant sur la mort d’un enfant âgé de 5 ans, il a demandé à l’auditoire : «Quelle erreur a-t-il commise, à son âge ?» Ce livre est l’histoire d’un homme qui s’est donné pour mission d’enterrer «dignement» les migrants morts au large de la Tunisie en tentant de rejoindre l’Europe. Laurent Galandon a tiré de sa rencontre avec Chamesddine Marzoug une fiction émouvante, inspirée des faits, lieux et situations réels, qui laisse une place à l’espoir. Chamesddine Marzoug. Bénévole au Croissant Rouge, ce pêcheur quinquagénaire de Zarzis, au sud de la Tunisie, offre aux migrants anonymes morts en Méditerranée une sépulture dans le cimetière des inconnus qu’il a lui-même créé. Ce matin de mars 2022, à bord d’un bateau de pêche, il est à nouveau témoin de corps flottants au large de la méditerranée. Le même jour, il fait la connaissance d’un adolescent perdu, Abdoulaye, qui est arrivé sur la plage sans savoir où il était exactement. Encore un migrant, parti de Lybie. Perdu en mer, sans vivres, il a survécu, dit-il, emporté par des tortues géantes jusqu’au rivage tunisien. Pour connaitre la misère des migrants, Chamesddine n’en est pas moins confronté à une autre réalité, celle de sa famille, à qui on refuse des visas, alors que l’Europe facilite l’arrivée des réfugiés d’Ukraine et ses amis, devenus passeurs.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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