Le nécromanchien

Entre Hans Dubonheur et John Morose, ce n’est pas le grand amour. Le premier est un peintre reconnu et riche, le second est pauvre et végète. Matthias Arégui met en scène les deux mondes de ces deux voisins dans Le nécromanchien, un album surprenant et savoureux publié par les éditions 2024.

Que Dubonheur ?

Être voisins n’est jamais simple dans une petite ville. La mitoyenneté n’a pas que du bon. Pourtant amis plus jeunes, John Morose et Hans Dubonheur ne s’adressent quasiment plus la parole.

Il faut souligner que ce dernier possède une villa démesurée. Il l’a faite construire pile à côté de chez son ancien ami. Venant systématiquement plomber le moral de John lorsqu’il peint, Hans est devenu le numéro 1 des peintres de la ville et au-delà. Il est alors devenu très riche, vendant ses toiles dans le monde entier. Son chat est d’ailleurs aussi fourbe que lui. Rien ne résiste à cet homme beau et riche.

Une vie morose…

Tandis que John Morose n’a jamais percé dans le monde de l’art. Vieillissant à chaque coup d’œil, il se morfond. Il n’a ni l’envie ni les idées pour réaliser une seule toile.

L’argent lui manque comme l’inspiration. Avec son vieux peignoir, il fait peine à voir. Il se laisse aller.

Pourtant, un petit miracle entre dans sa vie : un chien donné par la propriétaire du Magichien d’os, une animalerie.

Plaisirs retrouvés

Ce petit chien, le nécromanchien, illumine alors ses journées. John Morose reprend petit à petit goût à la vie. Il recommence à peindre. Le petit animal est inspirant.

Le sortir et jouer avec lui ; tout concourt à le remettre en selle et à nouveau à vivre. Mieux, une nuit, John se pose devant son chevalet et peint ce qui semble être sa plus belle toile…

Le nécromanchien, un très joli conte moderne

De Matthias Arégui, nous connaissions Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins ou Papayou, deux récits jeunesse très réussis. L’auteur né en 1984 et diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg imagine aujourd’hui, un très joli conte moderne.

Le nécromanchien met en scène deux peintres aux vies opposées. L’un à tout pour lui et à réussi financièrement, l’autre se laisse aller et manque d’argent.

Deux visions du monde, deux êtres que rien ne semble lier. S’ils se connaissent depuis longtemps, Hans Dubonheur sabote le moral de ce pauvre John Morose. Il prend l’ascendant psychologique sur lui. Il est fort avec les faibles.

“Le nécromanchien, c’est un peu Dragon Ball sans l’action, un voyage initiatique en huis-clos.”

Les noms et les personnalités John Morose et Hans Dubonheur sont dans la filiation de Donald Duck et Gontran Bonheur chez Disney. L’un est poissard, l’autre est anormalement chanceux.

Mais la lumière de Morose vient d’un chien. Ce petit être devient même sa muse, son inspiration. Il faut souligner que John ne faisait rien de sa vie à part attendre. Attendre que le miracle arrive. Celui qui touche les artistes.

Alors la réussite de John dérange Hans. Il est jaloux et envieux. Il pensait jusque-là qu’il était le plus grand, le plus inventif. Le meilleur !

“[…] Dubonheur, je le déteste, au point d’avoir du mal à le dessiner.”

Les maisons en opposition

Dans Le nécromanchien, le lecteur est également surpris par les maisons des deux protagonistes. Elles reflètent leur réussite mais également leur mode de vie.

Celle de Hans Dubonheur est immensément grande. Son atelier est quasiment aussi grand que le salon de John. Une piscine sur le toit permet au richissime peintre d’observer à la loupe son voisin.

La maison d’Hans est lumineuse, tandis que celle de John est froide et quasi dans le noir. Est-ce les grands murs de son voisin qui lui cachent le soleil ? Donc la lumière pour peindre ?

La maison de John est petite, jamais rangée. Elle est à l’image de son propriétaire : dans un marasme et dans une grande déprime.

Le nécromanchien ou la caricature du monde de l’art

Dans Le nécromanchien, les univers de l’art sont au cœur de l’histoire. Un monde assez superficiel (comme Hans Dubonheur). Un monde de paraître qui encense un jour et lynche le lendemain. Les modes sont éphémères.

Ces univers sont également symbolisés par le chat d’Hans et le chien de John. Le premier ne sert à rien, il attend et scrute son voisin. Il est heureux parce que chouchouté. Le second est la lumière dans l’obscurité. Là encore, il n’est que lui. Il ne fait rien pour inspirer son propriétaire. Il est expressif et cela suffit à redonner du bonheur à Morose.

Le dessin de Matthias Arégui est toujours aussi hypnotique. Depuis Papayou, l’auteur de Bob & Sally sont des copains, utilise le numérique pour ses planches, comme il le confie lors de la sortie de cet album. Son trait et ses couleurs sont hyper lisibles. Un bonheur ! Quant aux toiles de John, dans un style impressionniste, si elles laissent dubitatifs les éditeurs chez 2024, elles sont désuètes à souhait. Elles cassent cette jolie partie graphique. Et en plus, elles permettent à John de devenir enfin peintre.

Article posté le samedi 25 novembre 2023 par Damien Canteau

Le nécromanchien de Matthias Arégui (éditions 2024)
  • Le nécromanchien
  • Auteur : Matthias Arégui
  • Éditeur : 2024
  • Prix : 24 €
  • Parution : 08 novembre 2023
  • Pagination : 104 pages
  • ISBN : 9782383870623

Résumé de l’éditeur : Hans Dubonheur et John Morose sont artistes, et se connaissent depuis toujours. Mais si Dubonheur et ses tableaux de chats connaissent un succès retentissant, le monde de l’Art persiste à laisser Morose à ses portes. Incapable de créer, Morose se retranche inlassablement derrière l’idée qu’il lui manque LE bon pinceau, LA bonne couleur… et refuse de voir qu’il est avant tout paralysé par ses doutes. Mais un jour, son magasin de fournitures préféré est remplacé par une animalerie : quel désarroi ! En lieu et place du pinceau qui aurait tout changé ― c’est sûr ― Morose rentre chez lui avec, entre ses bras, un adorable petit chien… Dans son petit pavillon décrépi, à l’ombre de l’écrasante maison-atelier de son ancien camarade des Beaux-Arts, Morose rencontre alors le regard dévoué de son nouveau compagnon, et s’émerveille : le destin aurait-il enfin décidé de rebattre ses cartes ?

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée). Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip.

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