Avec Le Piano de Leipzig, édité chez Gallimard Bande dessinée, Tian nous plonge dans l’inconnu. Celui vécu par Dani, une jeune Cambodgienne prête à tout pour devenir pianiste, en s’exilant pour cela en RDA. Une histoire vraie que l’auteur, cambodgien lui aussi, nous raconte en laissant, dans son récit, une place importante à la géopolitique de la Guerre Froide .

Une passion pour le piano
Cambodge, 1965. Dani est passionnée par le piano. Afin d’améliorer sa pratique, elle décide de participer à un programme d’échange avec la RDA. Pour cela, la jeune femme n’hésite pas à imiter la signature de son père sur les documents nécessaires à sa sortie du territoire.
En effet, ce dernier n’est pas favorable au changement de vie de sa fille et au fait que celle-ci abandonne sa famille qu’il estime unie. En réalité, le père de Dani est alcoolique et ses crises font de lui un monstre aux yeux de femme et de ses deux filles. C’est d’ailleurs sous l’apparence d’un véritable monstre vociférant que Tian le représente dans son dessin.

Le choix de la République Démocratique Allemande
C’est donc en RDA que Dani va venir étudier. Pourquoi la RDA ? Parce qu’en effet, des liens politiques existent entre ces deux pays. Appartenant tous deux au bloc des pays communistes, les échanges, ici universitaires, sont favorisés entre ces deux nations. Ainsi les bénéficiaires de ces programmes ne sortent pas de l’idéologie communiste et ne remettent pas en question le système politique dans lequel ils évoluent.
Pourtant, Sok le professeur de piano de Dani au Cambodge, qui est également devenu son fiancé avant son départ, va lui pouvoir partir aux États-Unis pour y poursuivre sa carrière de concertiste. Comment et quand pourront-ils se revoir, alors qu’en 1965 le rideau de fer partage le monde libre et le monde communiste ? Mais surtout, comment se retrouver alors que deux idéologies drastiquement opposées vont tirailler les deux fiancés ?

Nouvelle vie dans un nouveau pays
C’est donc au conservatoire de musique Felix Mendelssohn de Leipzig que Dani devient donc étudiante. Comme de nombreux autres étudiants expatriés, elle partage un logement avec une autre jeune femme. Il s’agit de Chanti, elle vient d’Indonésie. La vie est vraiment différente pour ces deux expatriées qui ne sont pas habituées à des conditions météorologiques comme celles qu’on peut rencontrer en Allemagne de l’Est. Mais également en raison du mode de vie à l’occidentale qui leur échappe.
Ensemble, elles se sont reconstitué une sorte de famille et se réconfortent en partageant des repas traditionnels de chez elles. Dani profite également d’un peu de temps libre, malgré ses études de piano très prenantes et très exigeante, pour retrouver d’autres étudiants khmers comme elle. Certains sont enfants de diplomates d’autres pays communistes, en poste en Allemagne de l’Est. Ensemble, ils commentent l’actualité politique dans leur région, en particulier la guerre au Vietnam. Mais également l’apparition au Cambodge d’une nouvelle organisation politique, les Khmers rouges, au sujet desquels ils n’ont pour l’instant que très peu d’informations…

Un exil définitif
Grâce à sa pratique acharnée du piano et surtout avec l’aide de sa professeur Ruth, Dani va réussir son intégration dans la société allemande, et dans le monde de la musique. Elle va ainsi devenir elle aussi professeur de piano et vouloir rester dans cette Allemagne de l’Est devenu son pays d’adoption. Même s’il est difficile pour la jeune femme de rompre avec ses racines. L’arrivée d’un enfant, une petite fille prénommée Nikki, va conforter encore plus Dani dans son envie de s’y installer définitivement.

Une part belle à la géopolitique
Avec cet album, Tian, auteur né au Cambodge en 1975, trois jours après l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges, nous raconte l’histoire vraie de cette femme cambodgienne exilée en RDA. Avec un trait marqué et ombré, une coloration aux tonalités ternes reflétant la vie sans artifices sous le régime communiste, l’auteur de L’année du lièvre dresse un état fidèle de cette époque opposant l’Est et l’Ouest.
Pour mieux situer historiquement son récit se déroulant entre 1965 et 1976, Tian présente au début de chaque chapitre des faits politiques, économiques, géographiques concernant la RDA et le Cambodge. Ce dernier deviendra le Kampuchéa démocratique entre 1975 et 1979 quand il sera dirigé par les Khmers rouges.

Un album extrêmement intéressant
Le Piano de Leipzig fait partie de ces albums qui méritent vraiment qu’on s’y intéresse. En effet, Tian a de façon très habile, et surtout sans que cela soit pesant pour le lecteur, entremêlé petite histoire ou histoire personnelle et grande Histoire avec un H majuscule. Il en résulte un récit personnalisé mais qui permet de mieux comprendre certains faits géopolitiques. La plupart étant d’ordinaire difficilement compréhensibles et bien souvent oubliés par la plupart d’entre nous.
Une bande dessinée à découvrir absolument.
- Le Piano de Leipzig
- Auteur : Tian
- Éditeur : Gallimard BD
- Prix : 24,90 €
- Parution : 27 août 2025
- ISBN : 9782075160025
Résumé de l’éditeur : 1965. Dans le dos de son père, Dani quitte le Cambodge pour la RDA. Elle rêve de devenir pianiste et a obtenu une bourse d’étude dans la prestigieuse école de musique de Leipzig. Alors qu’elle tente de s’acclimater à ce nouveau pays et travaille d’arrache-pied pour décrocher son diplôme, elle voit son destin basculer quand elle apprend qu’elle attend un enfant. Que faire ? Son fiancé poursuit sa carrière de musicien de l’autre côté du rideau de fer, aux États-Unis, mais sa vie, ses aspirations… et son piano, sont désormais en RDA.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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