L’œil du chasseur

L’œil du chasseur. Quand Climby s’évade avec la jolie Sally, le gardien Chef Hunter part à la chasse… Road-movie dans le bayou sous haute tension pour une réédition de qualité de ce one shot signé Berthet et Foerster.

Centre pénitentiaire américain, en plein désert

Le gardien-chef Hunter vient voir un de ses prisonniers, un jeune gars au sourire en coin, nommé Climby. Il lui remet la couronne du “Limaçon” et lui promet que sous peu, il va ramper devant lui…

Un peu plus tard, tandis que les prisonniers sont aux travaux de champs, Hunter vient de nouveau tourmenter Climby. Profitant d’un moment d’inattention d’un gardien, ce dernier saute à l’eau et s’échappe. S’apercevant de la tentative, Hunter libère deux énormes molosses qui s’élancent à ses trousses… Juste avant qu’ils ne le rattrapent, Climby saute à l’arrière d’une camionnette providentielle sous le regard de deux inquiétants “men in black”

La conductrice, la jolie Sally, n’est pas là par hasard. Elle lui dit qu’il « lui a tapé dans l’oeil » dans un bar d’El Paso et qu’elle aimerait se joindre à lui dans son rêve de retour dans le bayou… C’est sans compter Hunter, qui prend des vacances sportives

L’oeil du chasseur : un album et une réédition d’importance

Les Éditions Anspach fêtent la publication en 1988 (34 ans déjà) d’un formidable album, qui marqua la première collaboration entre Philippe Berthet au dessin et Philippe Foerster au scénario.

Initialement publié en petit format aux éditions Dupuis (suite à sa pré-publication en 87 dans le journal de Spirou), cette réédition est en grand format, sur un beau papier mat, augmentée par un dossier de 16 pages réalisé par Charles-Louis Detournay

Deux auteurs et un univers

Déjà à l’époque, Philippe Berthet commençait à avoir une belle notoriété. Son trait élégant avait marqué les esprits et lui avait ouvert les portes d’une collection à son nom, initiée en 1983. Après un premier volume du Privé d’Hollywood, Morte saison avec Andreas et Le marchand d’idée avec Cossu, il se tourne vers Foerster.

Scénariste et dessinateur à l’univers personnel assez sombre, ce dernier lui concocte un récit aux petits oignons. Délaissant le côté glamour qu’il affectionne, Foerster va amener Berthet dans des territoires inédits. Certes, l’Amérique sera son terrain de jeu, et ce sera un polar noir, mais il s’agira de montrer la façe sombre des états-Unis. Un challenge risqué pour une publication chez Dupuis, qui s’explique par l’arrivée de Philippe Vandooren en tant que Rédac Chef du magazine Spirou.

S’inspirant des Swamp Movies et des films de prisonniers (Luke la main froide avec Paul Newman), Foerster développe son histoire d’un jeune héros confronté à des personnages brutaux, qui s’achève dans les marais de Louisiane… 

L’œil du chasseur : Polar noir et cavale

Au menu, Foerster construit un un polar classique, façon Road Movie. Après une évasion, Climby (jeune looser un peu benêt) et la charmante Sally sont en cavale pour retrouver la tranquillité dans le bayou originel. Sans le savoir, ils emportent à leurs trousse une galerie de personnages tous plus déterminés et brutaux les uns que les autres. 

Entre le duo de Men in black Melchedizech & Ezecheil, Hunter, le directeur de prison borgne obsessionnel et cultivé qui s’est juré de ramener Climby, l’écologiste fou Anthenor Lebonnard, sans oublier un crocodile géant gentiment nommé Coffin, la tension monte jusqu’au paroxysme dans ce récit jouissif.

Un dessin de plus en plus pointu

Pour Philippe Berthet , l’enjeu est de taille. Le récit quitte rapidement les grands espaces américains dont il est friand pour s’enfoncer dans les paysages putrides du Bayou. C’est moite, glauque, sous la flotte sans arrêt, un vrai petit nid de d’amour…

Sa maîtrise du noir et blanc, des masses de noir et des respirations de blanc se fait précis et évocateur. On ressent l’humidité ambiante et la moiteur.

Côté personnages, il s’éloigne du réalisme du décors pour travailler la caricature. Les trognes de ces affreux s’enchaînent et s’opposent au visage lisse et doux de Sally. Mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère ?

En plus du récit initial, Philippe Berthet dessine cinq hors-textes (grandes illustrations) qui plongent dans l’ambiance le lecteur des épisodes dans le magazine Spirou. Ces dernières sont reproduites dans cette version augmentée de L’œil du chasseur.

Alors, vous êtes pris au jeu ? Si vous ne connaissez pas L’œil du Chasseur, venez découvrir ce chouette album des années 1980, dans une version agréable à lire et très documentée.

Article posté le vendredi 30 avril 2021 par jacques

L’œil du chasseur de Philippe Berthet et Philippe Foerster (Anspach)
  • L’oeil du chasseur
  • Auteur : Philippe Foerster
  • Dessin : Philippe Berthet
  • Editeur : Anspach
  • Prix : 16 €
  • Parution : 26 mars 2021
  • ISBN : 9791034749171

Résumé de l’éditeur : Hunter, le gardien-chef d’un bagne du Sud des Etats-Unis surveille ses prisonniers avec autorité. Sa seule ambition : briser ses détenus. Climby, un jeune homme naïf, condamné pour vol, parvient à s’évader, et s’échapper des griffes de Hunter. Aidé par Sally, le fuyard rêve de rejoindre un îlot dans les bayous de Louisiane. Un endroit idyllique, avec un arbre planté au milieu. Un lieu parfait pour y construire une maison. Hunter demande congé, car il souhaite ramener l’évadé dans son bagne. Il veut avant tout détruire les idéaux de Climby. Une course-poursuite s’engage entre le gardien-chef sadique et sa proie. Une milice secrète, proche des Mormons, les « Fils de Gideon » , prend Climby et Sally en filature. Les alligators du marais d’Atchafalaya sont loin d’être les principaux dangers pour le fugitif et son amie… .

À propos de l'auteur de cet article

jacques

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Designer Digital, je lis et collectionne les BD depuis belle lurette. Ex Rédacteur en chef d’Un Amour de BD, j’aime partager ma passion pour ce média, et faire découvrir les pépites que je croise. Passionné par la narration sous toutes ses formes, je suis persuadé qu’une bonne BD a autant de qualités qu’un autre produit culturel (film, livre, disque…) et me fais fort de vous l’expliquer.

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