Matisse, le rêve absolu

Avec Matisse, le rêve absolu, Julie Birmant et Jörg Mailliet nous font pénétrer dans l’intimité de l’artiste à travers les femmes de sa vie. L’itinéraire d’un homme souvent décrit comme le peintre du bonheur mais rongé par le doute.

Matisse le rêve absolu de Julie Birmant et Jörg Mailliet (éditions Les arènes BD)

Un parcours intime

Quoi de plus logique que la bande dessinée s’intéresse à la peinture, et à ceux qui la font vivre. Ainsi on ne compte plus le nombre de scénaristes et de dessinateurs qui se sont essayés à dessiner la vie et le parcours des maîtres de la toile. Mais il y a dans le lot des adaptations qui attirent l’oeil plus que d’autres. C’est le cas de ce Matisse, le rêve absolu, proposé chez Les Arènes BD par Jörg Mailliet (Dessin) et Julie Birmant (Scénario).

Plus qu’une classique biographie dessinée, réalisée en partenariat avec le Centre Pompidou, ce one shot de 144 pages s’attache à retracer quelques moments-clés du parcours d’Henri Matisse (1869-1954) souvent qualifié de « peintre du bonheur ». Or il n’en fut pas toujours ainsi pour l’homme, tant dans sa vie professionnelle que personnelle…

Matisse le rêve absolu de Julie Birmant et Jörg Mailliet (éditions Les arènes BD)

Dans les yeux d’Amélie…

Le récit s’inscrit notamment dans une période précise de la vie du peintre, la décennie 1930, quand celui-ci, déjà connu à l’international, traverse cependant un moment de « paralysie créatrice » et une crise personnelle. Marié à Amélie, épousée en 1897, il trouve auprès d’elle une confiance qui lui manquera toute sa vie.

Quand le peintre peinait à vendre ses toiles, la petite modiste faisait « bouillir la marmite », se sacrifiant pour ainsi dire à la passion dévorante de son mari pour la peinture. Ne lui avait-il pas dit un jour : « Je vous aime beaucoup, mademoiselle, mais j’aimerai la peinture toujours mieux ».

Matisse le rêve absolu de Julie Birmant et Jörg Mailliet (éditions Les arènes BD)

Et ceux de Lydia

Plus tard, à l’aube de la soixantaine, Amélie, fatiguée, voudra se reposer tandis que lui, Matisse, cherchera encore à donner un nouveau souffle à sa peinture. Il lui faudra trouver une aide pour porter et servir sa « vieille » épouse. Ce sera Lydia Delectorskaya, une jeune femme russe dont il fera son aide atelier, son modèle et sa muse…

Ces deux femmes seront sans doute bien plus que des inspiratrices et des faire valoir. Sans elles, le peintre du bonheur n’aurait été qu’un peintre du doute. Car derrière ses toiles, ses décorations murales, ses dessins, ses fameuses « gouaches découpées », Matisse était peut-être aussi un homme dépressif, rongé par l’angoisse et toujours en quête d’absolu.

Une quête qu’il ne saura ou ne pourra partager, l’isolant au fil du temps de ces deux femmes. Ainsi, quelques années avant sa mort et une maladie qui le clouera dans un fauteuil, Matisse se sentira doublement abandonné…

Matisse le rêve absolu de Julie Birmant et Jörg Mailliet (éditions Les arènes BD)

Un joli travail sur la couleur

Cet album, solidement documenté, enrichi à sa fin par un carnet d’œuvres évoquées plus avant dans les planches de Jörg Mailliet, bénéficie également d’une belle mise en couleurs de Sandra Desmazières, sous la direction scientifique de Claudine Grammont qui en a rédigé la préface.

Ce Matisse, le rêve absolu fait écho à l’exposition événement « Henri Matisse 1941-1954 « qui se doit se tenir au Grand Palais à Paris du 24 mars au 2 août 2026.

Article posté le mardi 17 mars 2026 par Jean-Michel Gouin

Matisse le rêve absolu de Julie Birmant et Jörg Mailliet (éditions Les arènes BD)
  • Matisse, le rêve absolu
  • Scénario : Julie Birmant
  • Dessin : Jörg Mailliet
  • Couleurs : Sandra Desmazières
  • Editeur : Les Arènes BD
  • Prix : 24 €
  • Nombre de pages : 144
  • Parution : mars 2026
  • ISBN : 9791037515551

Résumé de l’éditeur : « L’aider depuis le premier jour à trouver la solution à son « problème pictural » : ma mission sur terre. » Ces mots d’Amélie, épouse d’Henri Matisse, révèlent un autre visage du peintre du Bonheur de vivre : celui d’un homme hanté par l’angoisse créatrice, prêt à tout pour atteindre l’absolu – le bon tableau. Muse, soutien indéfectible et pilier de l’artiste, Amélie l’accompagne sans relâche depuis leur rencontre. Mais lorsqu’une nouvelle crise artistique survient et qu’Henri découvre une source d’inspiration inattendue, c’est leur équilibre même qui vacille. Une BD réalisée en partenariat avec le Centre Pompidou.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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