Maud Lewis toute en couleurs

Maud Lewis est une peintre canadienne née en 1903 et décédée en 1970. Mathieu Siam et Émeline Grolleau se sont penchés sur sa vie modeste faite d’animaux, de toiles de style naïf et de plein de couleurs.

Maud Lewis in front of house (Ron Cogswell - Flickr/wiki commons)

Maud Lewis in front of house (Ron Cogswell – Flickr/wiki commons)

Un documentaire comme point de départ

C’est en regardant un documentaire sur Maud Lewis qu’Émeline Grolleau eut l’idée de creuser le sillon d’un album. Intriguée par la vie modeste de cette peintre, elle en parle à Mathieu Siam.

L’auteur d’Arc-en-ciel découvre alors une existence extraordinaire. Mais la documentation n’est pas pléthorique. Seuls quelques articles et biographies en anglais sont disponibles. Mais plus il lit, plus le fil se déroule. Les voies partent dans de nombreuses directions. Mais comment digérer la masse d’informations et écrire sur Maud Lewis ? Mathieu Siam décide alors de ne pas composer une biographie linéaire et chronologique. Il prend le parti de la liberté. Celle de ne voir que les côtés positifs de la vie de cette géniale peintre.

Poissons, chats, poule, caribou et oiseaux de passage

Ce qui frappe d’entrée le scénariste des Frontières du douanier Rousseau et de … Je continue, ce sont les animaux nombreux dans la vie de Maud Lewis. Il décide donc de les mettre en scène. Chaque chapitre est introduit par ces êtres vivants. Mieux, ces courts récits, qui forment une grande histoire, sont auto-conclusifs. Ils se terminent toujours par une touche d’humour bien sentie.

L’artiste cohabite avec Everett, un poissonnier de la Baie de Fundy en Nouvelle-Écosse. Ils partagent une toute petite maison. Lui, vend ses poissons, elle peint. Elle laisse glisser ses pinceaux sur du carton, du bois voire sur les murs de leur demeure. L’amour les touche et ils se marient. Maud a alors 34 ans.

Maud Lewis, Des couleurs dans la vie

Le trait de Maud Lewis est à classer dans l’art naïf. Elle n’a jamais étudié le dessin, c’est une pure autodidacte. Pourtant, il faut attendre la fin de sa vie en 1970 pour que son talent soit reconnu.

Les animaux et la nature sont au centre de ses petites toiles. Un monde coloré que met joliment en lumière Émeline Grolleau. L’autrice de Mon petit orteil m’a dit utilise une gamme chromatique limitée. Les teintes de bleu, d’orange et de jaune sont très belles. Si Maud Lewis peint des coins de ses toiles avec du vert, la dessinatrice ne veut pas s’en servir. Elle colorise ses planches, puis Mathieu Siam, à l’aide d’un papier carbone, les rehausse.

Émeline Grolleau, psychologue à la ville, possède un trait idéal pour restituer la vie modeste de Maud Lewis. D’une grande lisibilité, il plaira aux petits comme aux grands. D’ailleurs, l’album est destiné à tous les publics. Quant aux tableaux redessinés dans la bande dessinée, c’est une très belle réinterprétation de l’œuvre de Maud Lewis.

Pour en savoir plus sur la vie de la peintre canadienne, Mathieu Siam propose un dossier en fin d’album. Notamment pour combler les manques volontaires de son récit.

Maud Lewis toute en couleurs est un joli point de départ pour découvrir une artiste méconnue du grand public

Article posté le samedi 13 avril 2024 par Damien Canteau

Maud Lewis toute en couleurs de Mathieu Siam et Emeline Grolleau (éditions Warum)
  • Maud Lewis, toute en couleurs
  • Scénariste : Mathieu Siam
  • Dessinatrice : Emeline Grolleau
  • Éditeur : Warum
  • Prix : 16 €
  • Parution : 05 avril 2024
  • Pagination : 64 pages
  • ISBN : 9791034765850

Résumé de l’éditeur : Construit sur le mode de planches à chutes, cette BD retrace l’ascension de la peintre Maud Lewis (1901-1970). Si le handicap et la résilience se lisent en filigrane, les auteurs veulent avant tout mettre en avant l’univers pittoresque et coloré de cette artiste hors norme. Quel parcours ! Maud Lewis vit au Canada avec son mari Everett, marchand de poissons, dans une maison minuscule. Alors qu’elle peine à faire des tâches quotidiennes, elle s’épanouit dans la peinture naïve , elle peint sur tous supports, du carton, des objets, et même les murs de sa maison. Un peu malgré elle, elle devient progressivement reconnue dans le monde de l’art. Le président Richard Nixon fait même l’acquisition d’une toile pour la Maison blanche. Un portrait aux couleurs joyeuses, de la naïveté, de l’empathie, de la poésie et un vernis d’humour.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée). Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip.

En savoir