Qui mieux que Cléopâtre pouvait nous raconter sa vie, celle de la dernière reine d’Égypte ? Voilà une idée audacieuse pour un projet qui l’était tout autant, née dans l’esprit d’Isabelle Dethan, passionnée de l’Egypte et habituée à nous faire voyager sur les terres des pharaons.
Avec Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte publié aux éditions Dargaud, celle qui reçut un Alph-Art avenir en 1992, nous entraîne dans le récit d’une vie riche en événements. Celle d’une fillette, d’une jeune fille et d’une femme qui n’était pourtant pas destinée à régner.

Une ombre fantomatique à Alexandrie
Parce que son fantôme, accompagné de celui de son petit singe, erre toujours dans sa ville d’Alexandrie, Isabelle Dethan a donc, dans Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte laissé à Cléopâtre le soin de nous raconter sa vie, sans jamais rien omettre. Parce qu’elle ne comprend pas que son nez soit passé à la postérité, la fille de Ptolémée Aulète a donc décidé de nous conter son histoire, et par là même de conter l’Histoire de son pays. En faisant enfin de son appendice nasal juste un petit détail de son règne.
C’est donc à notre époque que débute cet album. Kleopâtra VII Philopator (fille aimant son père), assise en bord de mer, ne reconnaît plus son environnement. Ses palais ont disparu à cause d’un tremblement de terre. Le phare a été détruit par un séisme. La mer est jonchée de détritus qui altèrent la beauté de ce site. Elle décide donc de raconter sa vie à son petit singe, qui fut l’un de ses plus fidèles compagnons. Au point de l’avoir fait embaumer pour le garder auprès d’elle pour l’éternité.

D’une fillette curieuse et cultivée
Issue de la dynastie lagide, Cléopâtre (69 av JC – 30 av JC) est devenue reine de l’Égypte antique, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle était d’origine grecque. Et c’est par un moyen tout à fait extraordinaire, qu’elle nous fait donc entrer dans son enfance. En effet, la fillette découvre la momie de Khéops qui se trouve dans son sarcophage, situé dans son palais d’Alexandrie. Et se rend compte alors qu’elle est capable d’échanger avec elle. Le pharaon momifié âgé de 2500 ans sera un précieux conseiller pour elle.
Petite fille extrêmement curieuse et avide d’apprendre, elle est encouragée par son père à suivre les enseignements de ses pédagogues. Mais la fuite de son père en Syrie, alors qu’elle n’a que 11 ans, va la propulser dans le monde des adultes, mais surtout du pouvoir.

À une reine d’Égypte
Après l’assassinat par son père de Bérénice, sa sœur ainée, Cléopâtre peut accéder au trône d’Égypte. Elle a alors 18 ans. Mais une femme ne pouvant régner seule et afin de respecter les coutumes, la deuxième des filles du pharaon se voit dans l’obligation d’épouser son petit frère âgé de 12 ans, Ptolémée Dionysos. En effet, une héritier mâle possède une plus grande légitimité.
Mais se maintenir au pouvoir n’est pas une chose aisée pour la jeune femme, alors que la population gronde en raison de la sècheresse dans la plaine du Nil. C’est donc vers César que la jeune reine momentanément exilée va se tourner afin d’assurer son pouvoir et son titre, ainsi que la sécurité de son royaume.

Une biographie des plus originales
Voilà une judicieuse idée qu’a eue Isabelle Dethan de faire raconter par Cléopâtre sa “véritable histoire”. L’autrice a ainsi mis sa connaissance de l’Égypte, déjà rencontrée dans la série Le Roi de paille, et dans Gaspard et la malédiction du prince-fantôme au service de cette “autobiographie”. Elle a pour cela utilisé son dessin coloré et ensoleillé pour accompagner les mots et les souvenirs de la dernière reine d’Égypte.
Cléopâtre s’y livre ainsi en toute confiance et y révèle sa véritable face. Celle d’une reine, mais aussi celle d’une femme, d’une amoureuse et d’une mère. Une vision de Cléopâtre inconnue, bien différente de celle à laquelle Elizabeth Taylor avait prêté ses traits. Ou de celle que nous avons tous rencontrée en compagnie d’Astérix et Obélix.

Une Cléopâtre d’une modernité étonnante à découvrir absolument dans ce Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte.
- Moi, Cléopâtre, dernière reine d’Égypte
- Autrice : Isabelle Dethan
- Éditeur : Dargaud
- Prix : 26,95 €
- Parution : 31 janvier 2025
- Nombre de pages : 208
- ISBN : 9782505120841
Résumé de l’éditeur :
Kleopatra Philopator, septième du nom, fut la dernière reine d’Égypte. D’elle, nous avons retenu son nez aquilin, ses charmes vénéneux qui ont envoûté César et Marc Antoine, et ses manigances meurtrières. Nul ne semble pourtant se souvenir qu’elle parlait dix langues et avait lu tous les philosophes. La vérité à son propos n’aurait-elle pas été tronquée par l’Histoire ? Vingt siècles après son règne, la reine est sortie de son mausolée, et nous la retrouvons assise face à la baie d’Alexandrie, contemplant son royaume englouti. Elle n’a pas d’ombre face au soleil levant : c’est normal, elle n’est qu’un souvenir. Une version fantomatique d’elle-même, non dénuée d’humour, qui papote avec son singe fétiche embaumé. C’est sous ainsi sous la forme loufoque d’une reine revenante qu’Isabelle Dethan, avec la précision d’une historienne et la créativité d’une artiste, offre à cette grande femme la possibilité de nous conter sa véritable histoire.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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