Plus fort que la haine

Dans les Etats-Unis des années 30, Doug Winston, va passer outre les effusions de sang du Ku Klux Klan et devenir l’un des boxers noirs américains des plus talentueux. Pascal Bresson et René Follet proposent une plongée vertigineuse dans cette Amérique ségrégationniste à travers le très bel album Plus fort que la haine.

Lousiane, 1933. La terreur règne dans le Sud des Etats-Unis : le Ku Klux Klan, groupuscule suprémaciste et raciste tue de nombreux habitants noirs de cet état. Vêtus du fameux habit blanc surmonté d’une croix, ils n’ont guère digérés la Guerre de Sécession et la volonté des états du Nord de rendre leur liberté aux esclaves noirs. Cachés sous leur uniforme, ils ne peuvent ni être repérés ni inquiétés.

Ku Klux Klan, blues & boxe

Kenwood n’échappe pas à la règle. Cette petite bourgade est le théâtre de meurtres atroces de la part de l’organisation xénophobe. Dans la ville, le plus gros employeur est Sanders & Co, une scierie. La majorité des ouvriers sont des descendants d’esclaves. Mal payés, maltraités, ils travaillent sans relâche presque tous les jours mais ils ne peuvent pas se plaindre. Leur seul moyen d’expression : la musique et plus particulièrement le blues.

Parmi ces travailleurs, il y a Doug Winston, véritable force de la nature, qui ne rechigne jamais et aide même les autres employés en les délestant de quelques planches. Son père travaille aussi dans la scierie. Leur vie quotidienne est rythmée par le travail et les assassinats sanglants du Ku Klux Klan.

Un soir, Doug part chez Greg, un vieil homme chez lequel il effectue de menus travaux fermiers. Ancien boxeur professionnel, il perçoit tout le potentiel physique du jeune noir et lui propose d’aller à la Nouvelle-Orléans dans son ancienne salle de combat. Doug commence alors son apprentissage et s’avère être un excellent technicien…

Un récit fort et poignant

Le récit sombre de Pascal Bresson est poignant. En choisissant de nous parler de Doug, il nous livre un portrait saisissant des Etats-Unis des années 30 et met en lumière la ségrégation dont sont victimes les noirs américains. Troublante et choc, l’histoire peut s’avérer dure, notamment lors des descentes meurtriers du Ku Klux Klan. Cachés derrière leur uniforme de la mort, des notables blancs de la ville (shérif, juge…) font régner la terreur dans les rangs de la population. D’ailleurs, ils sont couverts par les policiers qui ne prennent jamais les témoignages des victimes. A travers la vie de Doug Winston, il livre un album fort, de belle facture et pourtant très positif. Le destin de cet homme voué à rester un ouvrier toute sa vie, sera bouleversé par son amour pour la boxe. Jeune garçon poli et attentif aux autres, il va découvrir aussi le sentiment de haine qui lui était jusqu’alors étranger.

Le dernier album pour René Follet

Si le scénario fort mais optimiste dans son approche permet au lecteur de passer un excellent moment, la partie graphique a aussi sa part dans cette réussite. Le trait en noir et blanc de René Follet est somptueux. Délicat, il dégage une grande puissance grâce aux cadrages et à la mise en scène des planches. L’auteur talentueux de 83 ans livre de nouveau une très belle partition. Méconnu du grand public, il mérite toute l’attention et toute l’admiration pour l’ensemble de son œuvre (Les belles histoires de l’Oncle Paul, Les zingari, Jean Valhardi, Bob Morane, Shelena, L’étoile du soldat ou Stevenson le pirate intérieur…). Plus fort que la haine sera d’ailleurs son dernier album et il termine sur une excellente note. Une retraite bien méritée.

Article posté le vendredi 12 septembre 2014 par Damien Canteau

  • Plus fort que la haine
  • Scénariste : Pascal Bresson
  • Dessinateur :  René Follet
  • Editeur: Glénat
  • Prix: 14.50€
  • Sortie: 10 septembre 2014

Résumé de l’éditeur :  En 1933, Doug Wiston, véritable force de la nature et grand amateur de jazz, est un jeune travailleur noir dans une scierie de l’État de Louisiane. Exploité du fait de sa force herculéenne, il finit renvoyé pour avoir osé défendre son père, passé à tabac par Sanders, l’odieux patron raciste de l’établissement et membre du Ku Klux Klan. Sans travail, sans argent, prêt à tout pour venger l’honneur de son père, Doug se morfond dans un état de révolte : contre les injustices, contre Sanders, contre les Blancs. Il découvre ce sentiment étrange qu’est la haine… Mais sur les conseils avisés d’un vieux musicien de jazz, il va finalement mettre à profit ce don que la nature lui a fait, sa formidable constitution, et devenir boxeur. Pour se venger du vieux Sanders, Doug utilisera les coups, certes, mais à travers la noble voie du sport, pas celle de la violence.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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