Rocknroll suicide

Avec Rock’n’roll Suicide, l’illustratrice et autrice Louise Laborie campe une bande de jeunes musiciens à la recherche du succès. Celui-ci viendra mais il repose sur un mensonge.

Le crooner et les rockeurs

Dans une petite ville portuaire qui pourrait être Saint-Nazaire, un vieux crooner fatigué et de jeunes rockeurs avides de succès vont se croiser. Pour le meilleur ? Peut-être pas. Quant au pire, comme dit l’autre, il n’est jamais certain.

C’est le décor qu’a choisi la jeune autrice Louise Laborie pour faire évoluer les personnages de sa deuxième bande dessinée, Rocknroll Suicide, publiée à l’automne 2025 aux éditions Sarbacane. Ses premières publications remontent à 2019, année où elle publia ses premiers travaux chez la petite maison nantaise Patayo.

Rendez-vous au Ballroom

Faisons connaissance. Il y a d’abord Lionel, qui cache derrière ses lunettes noires un mal de vivre permanent. Chaque lundi soir, il chante au Ballroom, « la » salle de concert de la ville où il déroule le répertoire de Frank Sinatra devant un public clairsemé. Pourtant, il a un certain succès. Sauf quand il tente de chanter ses propres compositions.

Il y a dans la même bourgade un trio de jeunes rockeurs qui lui s’est spécialisé dans les reprises. Martha, la guitariste rouquine, Iris la batteuse blonde et Valentin, le « binoclard » à la basse. Ces trois-là rêvent plus ou moins de gloire. Mais pour l’heure, ils jouent dans des salons du disque, les cafeterias ou bowlings qui veulent bien accueillir leurs concerts…

Le club des 27

Dans cette histoire subtilement truffée de références à l’histoire du rock (le titre de l’album est aussi celui d’une célèbre chanson de David Bowie), Valentin et Martha ont 27 ans. Un chiffre symbole pour les rockeurs qui ont en tête la disparition à ce même âge de grands noms du blues et du rock… Mais pour l’heure, la gloire n’est pas encore au rendez-vous pour les membres du « Supersonic Pizza Club ».

Le poids du mensonge

Un soir, Valentin va tomber sur une pépite. Un papier roulé en boule que Lionel le crooner a jeté dans la rue. Il y a là une chanson que le groupe va jouer comme si elle était une des compositions de Valentin. Grace à cet « emprunt », les jeunes rockeurs vont connaître le succès.

Mais le poids du mensonge est là qui taraude le groupe. « On est une belle bande de losers, commente ainsi Martha après que Valentin ait avoué la supercherie, tout ce qu’on fait, c’est reprendre le top 50 du rock, et encore pas très bien, et quand on compose un truc potable, c’est qu’on l’a volé à un autre loser…C’est pathétique. »

Une chronique douce-amère

On abandonnera ici le trio à sa culpabilité et Lionel à ses idées noires… Dans ce one-shot d’un peu plus de 200 pages, Louise Laborie distille une tendresse assumée pour des personnages un peu perdus, chacun essayant d’atteindre ses rêves sans jamais y parvenir.

Avec un trait simple, rond, légèrement stylisé à la façon des cartoonists américains, avec une belle colorisation à l’aquarelle numérique, elle nous livre ici un récit fort et mélancolique. Comme un vieil album de Bowie qu’on aime à rejouer sur sa platine…

Article posté le dimanche 04 janvier 2026 par Jean-Michel Gouin

  • Rocknroll Suicide
  • Scénario et dessin : Louise Laborie
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix : 26 €
  • Parution : Octobre 2025
  • Nombre de pages : 208
  • ISBN :  9790457410408

Résumé de l’éditeur. Lionel, mi-dandy mi-croque-mort, chante du Sinatra tous les lundis soir au Ballroom, la grosse salle de concert de sa bourgade en bord de mer. Au bout du rouleau, il décide de mettre fin à ses jours. Mais avant, il veut pour sa dernière scène jouer ses propres chansons qu’il a composées dans le secret depuis des années. Mais voilà qu’une de ses partitions se retrouve entre les mains d’un groupe de jeunes rockeurs qui s’en emparent sans l’accord de son auteur. Le succès est phénoménal et le mensonge sur lequel il repose, lourd à assumer…

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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