Shangri-La

Dans l’espace, les Hommes sont réunis depuis plusieurs centaines d’années dans une station spatiale au-dessus de la Terre, inhabitable. Tianzhu Entreprises gère tout à bord, y compris le bonheur des habitants. Mais la rébellion se met en place pour renverser ce pouvoir quasi dictatorial. Cette histoire est contée dans Shangri-La, un exceptionnel album de Mathieu Bablet aux éditions Ankama.

ET LE SOLEIL SE TRANSFORMA EN SUPERNOVA

Sur la Terre, un homme vit quasiment en ermite. Il se dépêche de rentrer dans sa maison pour observer un spectacle rare : le soleil se transformant en supervona. Il attend cela depuis onze ans qu’il est sur notre planète. Onze années seul à prendre des informations sur son ordinateur et à parler à un être invisible Virgile.

Après son réveil en catastrophe, il sort son scaphandre, se glisse à l’intérieur et marche, observant ce phénomène : le soleil implose…

LES HUMAINS VIVENT DANS UNE STATION SPATIALE

La Terre n’est plus habitable depuis des décennies, depuis que le Soleil a implosé. Un million d’années plus tard, les Hommes se sont regroupés dans une station spatiale en orbite autour de la Planète Bleue.

A l’intérieur, tout est géré par Tianzhu Entreprises : de la télévision aux téléphones, de la nourriture aux logements, des activités aux banques; tout est fait pour donner du bonheur aux habitants. Tous travaillent pour l’entreprise, elle même gérée que par quelques personnes qui gouvernent et tiennent le pouvoir sur la grande majorité des personnes.

Fréquemment, des navettes sont missionnées à l’extérieur de la station pour arpenter l’espace et plus particulièrement les autres vaisseaux laissés à l’abandon. Parmi les employés qui naviguent, il y a Scott, Virgile, Aïcha et Nova.

LA RÉBELLION SE PRÉPARE

S’ils s’apprécient comme des frères, Scott et Virgile sont pourtant de caractère opposé. Le premier est fidèle à Tianzhu, vit bien, se contente de son sort et surtout pense qu’il n’y a pas meilleur système que celui mis en place, tandis que le second râle beaucoup contre ce pouvoir castrateur.

Les manifestations commencent à se mettre en place, notamment contre le projet Homo stellaris, un programme qui devraient permettre de créer de toutes pièce des êtres presque humains et qui pourraient aller coloniser d’autres planètes. Certains humains préféreraient que Tianzhu finance un programme pour qu’eux même aillent s’installer sur Titan. Il faut souligner que ce sont les mêmes qui mettent au ban de la société les Animoïdes, des animaux humanisés.

Dans le même temps, Virgile fait la découverte de choses étranges concernant la société mais aussi les missions extérieures. Accompagné de John, un animoïde-chien, il essaie de convaincre Scott de bienfait de rendre publiques ses découvertes, a travers une unité de rebelles…

SHANGRI-LA : UN ADMIRABLE SPACE-OPERA

Charmé par l’envoutant et remarquable Adrastée (Ankama), nous attendions avec impatience le nouvel album de Mathieu Bablet et nous avons bien fait, tant Shangri-La est fantastique ! Pour nous faire patienter, il avait publié quelques histoires courtes dans les Doggybags – une revue des éditions Ankama – et là encore, nous étions bluffé par son talent de conteur et sa patte graphique.

Si Adrastée mettait en scène la légende du roi immortel, dans une nature luxuriante, Shangri-La est un space-opera admirable, une histoire de science-fiction écologiste aux nombreuses thématiques modernes.

SHANGRI-LA : DES THÉMATIQUES CONTEMPORAINES FORTES

Mathieu Bablet a construit un récit d’une rare intelligence, profond et aux multiples entrées de lecture. Pour donner corps à son histoire, il l’a parsemée des thèmes modernes très forts. Ainsi le jeune auteur talentueux né en 1987 met en place un huis-clos parfois étouffant dans cette station spatiale et où les habitants ne voient pas la lumière. Il faut dire que Tianzhu gère tout de A à Z, connectant les êtres par leur téléphone aux multiples services que la société a mis en place. A la manière d’Apple et autres smartphones, ils sont pistés et leurs données décryptées.

Ainsi Scott dira dans un élan de lucidité à l’un des dirigeants: « Votre système ! Votre but est de nous faire croire que vos désirs sont les nôtres, parce que si vous contrôlez nos désirs, vous nous contrôlez ! »

D’ailleurs, le plus étonnant sont les appartements des habitants (une belle idée de l’auteur), tout en hauteur, en forme de F, car l’espace n’est pas extensible dans la station. A la manière de ceux vus dans Le cinquième élément  – le film de Luc Besson – ils sont exigus et hyper-connectés. L’intimité y étant très limité. Dans l’album, point de relations charnelles entre hommes et femmes. On ne sait pas vraiment comment naissent les enfants.

En plus de tout cela, il met en scène, une société très hiérarchisée, basée aussi sur une certaine ségrégation. Ainsi les Animoïdes ne sont pas tous bien intégrés, certains sont même tabassés par les Humains. A l’image des Noirs américains ou sud-africains, ils ne peuvent pas entrer dans tous les bars et les bains publics sont séparés. S’ils peuvent travailler, ils ne se sentent pas vraiment en osmose avec les autres, car rejetés.

MANIFESTATIONS, ÉTAT D’URGENCE ET RÉBELLION

Comme pour faire écho à notre actualité, Mathieu Bablet met en scène des manifestations, rejetées et peu appréciées par le pouvoir en place. Alors que l’Etat d’urgence est décrété, des Hommes font quand même grève, pancartes à la main.

Les habitants commencent aussi à se rebeller. Comme le souligne Aïcha : « Peut-être parce qu’on remet en cause le système, au lieu de se reposer dessus comme tout le monde […] A partir du moment où le « bien de tous » est dicté par une minorité, alors oui, on peut remettre en cause le système qui nous est imposé. On le doit même. »

Ce groupe est pourtant très hétéroclite, allant du pacifiste qui veut que cela change sans violence au radical qui souhaite tout faire exploser. A l’image des Résistants de la Seconde Guerre Mondiale (des Communistes pouvaient partager les armes avec des patriotes d’extrême-droite), ils n’ont donc pas le même profil.

POUR LA BEAUTÉ DES PLANCHES

Si l’histoire ne vous convainc pas (étonnant !), peut-être achèterez-vous l’album pour sa partie graphique de haut vol. Comme pour Adrastée, Mathieu Bablet nous bluffe par un trait de grande valeur. Le talentueux auteur de La belle mort (Ankama) dévoile de sublimes planches dans l’espace, agrémentées par des aplats noirs qui rendent l’Homme petit dans cet immense espace. D’ailleurs, ce sentiment de vide ressemble à quelques pages de Planètes de Makoto Yukimura (Panini). Mais que dire des planches à l’intérieur de la station : les immeubles sont vertigineux grâce à des cadrages en plongée d’une grande force. Quant aux décors et vaisseaux, ils sont minutieux et fouillés. Pour renforcer son propos, il utilise une palette de couleurs variée que vous pouvez retrouver dans ses illustrations visibles sur son blog La cinquième dimension.

Article posté le vendredi 26 août 2016 par Damien Canteau

Remaquable Shangri-la un petit bijou de Mathieu Bablet aux éditions Ankama (Label 619), décrypté par Comixtrip le site Bd de référence
  • Shangri-La
  • Auteur : Mathieu Bablet
  • Éditeur : Ankama, label 619
  • Prix : 19.90€
  • Parution : 02 septembre 2016

Résumé de l’éditeur : Dans un futur lointain de quelques centaines d’années, les hommes vivent dans une station spatiale loin de la Terre et régie par une multinationale à qui est voué un véritable culte. En apparence, tout le monde semble se satisfaire de cette « société parfaite ». Dans ce contexte, les hommes veulent repousser leurs propres limites et devenir les égaux des dieux. C’est en mettant en place un programme visant à créer la vie à partir de rien sur Shangri-La, une des régions les plus hospitalières de Titan, qu’ils comptent bien réécrire la « Genèse » à leur façon.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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