Sur la route de West

Après le merveilleux Dans un rayon de soleil, Tillie Walden imagine Sur la route de West, un étonnant road-trip de deux jeunes femmes un peu perdues dans leur vie. Envoûtant !

Tillie Walden, autrice sensible, juste et de grand talent

Il y a les jeunes autrices et il y a Tillie Walden ! En l’espace de quatre ans, les lecteurs ont découvert cette grande artiste pétrie de talent, d’une maîtrise rare dans la narration et qui sait aborder des thématiques contemporaines avec justesse et habileté.

De son autobiographie Spinning à J’adore ce passage, jusqu’à Dans un rayon de soleil – l’un des meilleurs albums de l’année 2019 – elle récidive dans l’excellence avec Sur la route de West.

Sans artifice, avec une infinie douceur – malgré les propos parfois délicats et les colères de ses personnages – elle dévoile un récit intimiste envoûtant et somptueux, flirtant avec le fantastique.

Dans nos précédentes chroniques, nous disions tout le bien que nous pensions de Tillie Walden, mais il n’y a plus d’adjectifs pour qualifier son travail. Somptueux, trop faible. Lumineux, un euphémisme. Juste, trop lisse. Nous pensions avoir atteint le summum avec Dans un rayon de soleil, c’était sans compter sur l’imagination fertile de l’autrice californienne.

Sur la route de West : deux âmes en peine s’épaulent

Sur la route de West met en scène deux jeunes femmes un peu perdues dans leur vie. Adolescente de 16 ans, Béa tente de se connaître et de s’auto-apprivoiser. En fuite parce qu’elle pense que ses parents ne seront pas assez ouverts, elle se sait lesbienne sans avoir encore franchi le pas.

Lou, 27 ans, suit son chemin vers chez sa tante habitant McKinney. Conduisant une voiture, elle tracte une toute-petite caravane. Elle aussi est lesbienne.

Elle reconnaît Béa – fille d’une voisine – dans une boutique le long de la route. Elle accepte que l’adolescente monte à bord et fasse un bout de chemin avec elle.

Tout de suite, elle pressent qu’elle est en fuite. Peu importe, cette camarade d’infortune est la passagère idéale pour ce long trajet à travers les États-Unis.

Passé douloureux

Béa et Lou se trouvent rapidement. Confidentes dès les premiers kilomètres, elles s’épanchent sur leur vie et leur passé douloureux.

S’il n’y avait que ce quasi huis clos entre les deux femmes, les lecteurs pourraient s’ennuyer. Tillie Walden y ajoute une dose de fantastique pour les attirer, à travers deux hommes mystérieux, une ville qui n’apparait sur aucune carte et Diamant, un chat abandonné. Ce road-trip glisse alors vers une quête insensée, vers une quête d’identité et une amitié forte.

Les 320 pages s’avalent à une belle allure. Le lecteur ne voit pas passer le temps. Il est happé. D’une histoire humaine simple, Tillie Walden en fait un voyage intimiste ensorcelant.

En plus de tout cela, l’autrice lauréate d’un Eisner Award pour Spinning en 2018 magnifie son récit par des planches splendides. Les grandes vignettes sont entrecoupées de pleine-page. Parfois elle fait abstraction du dessin pour renforcer les dialogues, qu’ils puissent percuter de plein fouet les lecteurs. Ajouter à cela des couleurs magistrales et l’on obtient un petit chef-d’œuvre dont seule Tillie Walden a le secret.

Sur la route de West : un superbe road-trip onirique et fantastique.

Article posté le mercredi 12 février 2020 par Damien Canteau

Sur la route de West de Tillie Walden (Gallimard)
  • Sur la route de West
  • Autrice : Tillie Walden
  • Éditeur : Gallimard
  • Prix : 24.50 €
  • Parution : 15 janvier 2020
  • ISBN :  9782075134231

Résumé de l’éditeur : Béa et Lou se rencontrent dans une station-service texane et décident de faire route ensemble. Une dizaine d’années les séparent, mais les deux jeunes femmes se ressemblent : chacune tente, à sa manière, d’échapper à un passé douloureux. Alors qu’elles roulent vers West, une ville mystérieuse qui ne figure sur aucune carte, d’étranges individus semblent les prendre en chasse…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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