Un vieil inspecteur va devoir démêler les fils du destin. Mais il ne sera pas seul dans sa tâche, car le lecteur lui aussi sera mis à l’épreuve. Dans The One Hand & The Six Fingers, Ram V et Dan Watters nous présentent un polar noir écrit à quatre mains et dont la publication ne laissera personne indifférent.
The One Hand & The Six Fingers : une main, six doigts et deux histoires.
Alors même qu’il était sur le point de partir à la retraite, le taciturne inspecteur Ari Nassar voit réapparaître une affaire qui le replonge immédiatement vingt-trois ans en arrière. Comment l’oublier ? Une empreinte de main, six doigts, trente-deux victimes et surtout, deux coupables incarcérés pour ces crimes. Dans ces conditions, impossible de partir. Cette affaire doit âtre bouclée une bonne fois pour toutes.

Ailleurs, au même instant, un jeune étudiant en archéologie, Johannes Vale, passe plus de temps à rechercher des fonds et de quoi vivre qu’à étudier dans son laboratoire. Alors, il enchaine les entretiens et les petits boulots. Il le sait, il tire trop sur la corde. Et il devrait être bien plus prudent, surtout lorsqu’il doit manutentionner des produits toxiques. C’est sans doute pour ça qu’il est exténué et a parfois des absences. Mais le jour où il découvre des traces de sang qui n’est manifestement pas le sien sur ses affaires, il comprend que tout est allé trop loin…

Un polar noir.
Dès les premières pages, on est frappé par l’ambiance glauque et sombre qui se dégage des dessins de Laurence Campbell. La narration particulièrement soignée de Ram V nous plonge immédiatement dans les ruelles mal famées de Neo Novena.

Ainsi, aux côtés de l’inspecteur Ari, on suit avec intérêt cette enquête qui s’annonce trépidante. Dans la plus pure tradition des polars noirs, cet anti-héros taciturne et bougon entend bien mener à son terme une enquête qu’il considère comme celle de sa vie. Et force est de constater que le lecteur se prend lui aussi au jeu. Désireux de comprendre, on relève avec attention chaque information, à l’affût du moindre indice. Et pourtant, au moment même où on est pris dans le tourbillon de l’intrigue, on passe à autre chose. De nouveaux personnages, des dessins différents et une ambiance inquiétante dans les trois premières pages, puis étonnamment plus claire.

Surprenant ? Eh bien oui. Et c’est voulu.
The One Hand & The Six Fingers : ou comment croiser les destins.
Car, qu’on ne s’y trompe pas : derrière l’esperluette du titre, se cache bel et bien le mot « et », en français. En effet, l’édition proposée regroupe deux histoires : The One Hand d’un côté et de l’autre The Six Fingers . D’ailleurs, pour que la distinction soit manifeste, elles sont écrites et dessinées par deux duos différents. Respectivement Ram V (Le dernier festin de Rubin), Laurence Campbell pour la première et Dan Watters, Sumit Kumar (These Savage Shores) pour la seconde. Deux histoires différentes donc ; avec des protagonistes et des points de vue différents. Et pourtant, elles constituent les deux faces d’une même intrigue qui nous apparaît par bribes. Et en réalité, c’est là que se trouve l’originalité de cette œuvre : le lecteur n’est pas maître de sa lecture.
De l’art de s’imposer des contraintes.
Initialement parues chez Image, The One Hand et The Six Fingers sont deux mini-séries de cinq numéros chacune. Et originalité intéressante, elles forment une histoire complète dans laquelle les points de vue vont varier sous la plume et les crayons d’auteurs différents. Néanmoins, la cohérence globale est subtilement assurée par la colorisation des deux parties par un Lee Loughridge (Fables) particulièrement inspiré. Ce concept permet de ménager un suspens particulièrement cohérent avec les contraintes du genre. Et effectivement, si on perçoit bien en quoi les deux histoires se croisent, on a hâte de découvrir les conclusions de l’enquête et du récit du tueur en série.
Le concept est audacieux et les éditions Urban entendent bien accentuer cette expérience de lecture.
Patience et longueur de temps…
Ainsi, ces deux mini-séries paraissent en France sur la forme de fascicules regroupant deux épisodes : un de The One Hand et un de The Six Fingers. De cette manière, et au rythme d’un fascicule par mois, le lecteur français découvrira le fin mot de l’histoire au bout de cinq mois. Et après avoir lu le premier volume, on ne peut que reconnaître que l’idée fonctionne. En effet, le développement de l’intrigue selon une double écriture en regard apparaît de manière sans doute plus manifeste. Et pour ce qui est du suspense, là encore, force est de constater que ce mode de publication le développe. Ainsi, de manière délicieusement frustrante, au moment même où le rythme s’emballe et où on sent que des informations importantes arrivent, on doit se contenter d’un malicieux :
« À suivre dans un mois. »
On dit souvent que tout vient à point à qui sait attendre. Eh bien attendons, car la mis en bouche a de quoi faire saliver.
- The One Hand & The Six Fingers
- Auteurs : Ram V et Laurence Campbell
- Dessinateurs : Dan Watters et Sumit Kumar
- Coloriste : Lee Loughridge
- Traducteur : Maxime Le Dain
- Éditeur : Urban
- Collection : Indies
- Prix : 7,90 €
- Parution : 31 janvier 2025
- Nombre de pages : 72
- ISBN : 9791026817055
Résumé de l’éditeur : 2873. À Neo Novena, l’inspecteur Ari Nassar fête à peine son départ en retraite qu’un meurtre le replonge instantanément dans une affaire vieille de vingt-trois ans. Trente-deux victimes, une empreinte palmaire unique à six doigts et deux assassins au même modus operandi déjà placés sous les verrous par Ari lui-même. Alors qui ? Et pourquoi maintenant ? Non loin de là, l’étudiant en archéologie Johannes Vale réalise avec horreur qu’il n’est peut-être pas étranger à ce crime brutal, seulement… il ne se souvient de rien ! Contenu vo : The One Hand # 1 + The Six Fingers #1.
À propos de l'auteur de cet article
Victor Benelbaz
Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.
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