Tognina

Tognina, c’est l’histoire d’une petite fille en habit noble et au visage couvert de poils devenu un célèbre tableau de la Renaissance. Une fiction historique sensible proposée chez Glénat par Eric Corbeyran et Michel Colline.

Une étrange maladie

Elle n’est pas comme les autres. Elle le sait. Les autres non. Sur ce visage poupin de petite fille de huit ans, on a mis un masque. Que cache-t-il ? La jeune Antonia Gonsalvus, dite Tognina est atteinte d’une étrange maladie : hypertricosis universalis congenita. Une extrême pilosité recouvre tout son visage.

Dans l’Italie de la Renaissance, époque à laquelle se situe cette histoire, on n’a pas encore mis un nom sur ce mal. Tout au plus détourne-t-on le regard. Pour le moins, on s’éloigne. La beauté, croit-on alors, est « l’apanage du divin ». Quant à la laideur, elle est jugée diabolique…

L’histoire de cette jeune fille est réelle. Celle qui a fait son portrait aussi. Il s’agit de la peintre Lavinia Fontana, l’une de ces artistes féminines que l’on dirait aujourd’hui « invisibilisées  » alors que nombre de leurs homologues masculins sont passés à la postérité…

Publiée chez Glénat en cet été 2026, l’histoire de Tognina nous est contée dans un album émouvant réalisé à quatre mains par Eric Corbeyran pour le scénario et Michel Colline pour le dessin.

 

Derrière les apparences

Vieille de plus de quatre siècles, cette histoire reste riche d’enseignements pour le présent. Parce que différentes, les deux jeunes femmes, chacune à leur échelle, vont devoir affronter le regard des autres.

Lavinia parce que femme, doit se faire un nom dans le monde artistique, Tognina parce que « laide », devra prouver que derrière son apparence, se cache un être intelligent et sensible. Entre les deux va naitre comme une complicité qui ira jusqu’à l’affection…

Le portrait de Tognina, réalisé en 1593, a traversé les époques. On peut le voir et l’admirer au musée des Beaux-arts, dans le château de Blois. Il a aussi dit-on, inspiré le conte La Belle et la Bête.

Le poète Jean Cocteau, réalisateur du film éponyme, se serait dit-on inspiré du masque de Tognina pour créer celui de la Bête…

Un album délicat et sensible

Après de nombreux albums très divers dans leurs thématiques, Eric Corbeyran  signe ici un album délicat et sensible pour sa deuxième collaboration avec Michel Colline. Ce dernier, au dessin et à la couleur, capte avec son trait tendre et ses couleurs pastel ces parts d’humanité qui jalonnent le parcours ce ces deux femmes.

Sous le regard de Dieu et celui des hommes, elles auront su faire tomber le masque, celui des conventions et des normes sociales. Un album délicat et sensible qui nous rappelle que la beauté se cache parfois là où on ne l’attend pas…

Article posté le dimanche 06 septembre 2026 par Jean-Michel Gouin

Tognina de Eric Corbeyran et Michel Colline (éditions Glénat)
  • Tognina
  • Scénario : Eric Corbeyran
  • Dessin : Michel Colline
  • Éditeur : Glénat
  • Prix : 20 €
  • Parution : août 2026
  • Nombre de pages : 144
  • ISBN : 9782344067116

Résumé de l’éditeur. En mars 1593, l’Italie découvre un tableau stupéfiant, le portrait d’une jeune fille en habit noble et au visage couvert de poils. Le jeune modèle s’appelle Antonia Gonsalvus, dite Tognina. Atteinte d’hypertrichose, une maladie méconnue à l’époque, Tognina qui n’a guère plus de 13 ans, souffre d’une pilosité excessive. « Offerte » à la marquise Donna Isabella Pallavicina, comme jadis son père fut offert à la cour d’Henri II, Tognina grandit sous la tutelle de sa maîtresse et des regards du monde.
Enfermée dans un rôle qu’elle n’a jamais choisi, perçue tour à tour comme une curiosité ou une bête sauvage, Tognina sait que son visage est sa prison. Pourtant quand la peintre Lavinia Fontana lui demande de poser pour elle, Tognina accepte… À une époque où la beauté est jugée l’apanage du divin, Lavinia cherche-t-elle à dépasser les apparences ? Espère-t-elle toucher l’âme de son sujet ou rendre l’humanité, que les hommes, l’Église et la société ont refusée à cette enfant ? Durant les longues heures de travail que nécessite ce portrait, une complicité va naître et peu à peu, entre la femme admirée et la jeune fille rejetée, va se tisser un lien profond. Derrière les apparences, Lavinia découvre bientôt un être sensible et intelligent. Mais une toile suffira-t-elle à réconcilier Tognina avec sa nature ? Dans un univers où le monstre n’est pas celui que l’on croit, cette œuvre va révéler les peurs et les superstitions, le désespoir et l’hypocrisie. Ce qui devait n’être qu’une commande mondaine pourrait devenir une rencontre décisive qui va bouleverser à jamais le destin des deux femmes aux prises avec les conventions de l’époque, le regard de Dieu et celui des hommes…
Après Les Yeux Doux, le duo Corbeyran & Michel Colline nous plonge dans la genèse d’une œuvre conservée aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Blois. À travers cette fiction historique qui revient sur l’existence de Tognina, atteinte d’hypertrichose, les auteurs soulèvent des thématiques fortes et universelles comme la liberté, la foi ou la justice. Un album délicat, émouvant et plein d’humanité, qui aborde en toile de fond la place des femmes et le rôle de la peinture.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

En savoir