Un gentil orc sauvage

Alors que des Orcs retournés à l’état sauvage sèment la panique dans le royaume en massacrant ceux qui ont une vie moderne, Oscar tente de les fuir en rejoignant le royaume des Gobelins au péril de sa vie. Théo Grosjean met en scène son périple dans Un gentil orc sauvage, un voyage mouvementé proche de celui des réfugiés aujourd’hui. Intelligent, drôle et passionnant.

Orcs modernes vs Orcs sauvages

Dans le royaume des Orcs, deux visions de la vie s’opposent : les Orcs modernes, lettrés et habillés d’un côté et de l’autre, des Orcs retournés à l’état sauvage, guerriers nus, vivant de la chasse. Ces derniers menacent de plus en plus la paix dans la région, n’hésitant pas à tuer les Orcs civilisés.

Parmi les premiers, il y a Oscar, un gentil Orc, timide et imberbe. Alors qu’il est parti chercher du petit bois dans la forêt, il prend peur : trois Orcs sauvages se dirigent vers lui. Il n’a qu’une solution : enlever ses vêtements pour passer pour l’un deux. Mais il a oublié d’enlever ses chaussettes à pois.

Même s’il est un peu crétin, le trio dévoile la supercherie. Oscar court, grimpe dans un arbre et assomme deux Orcs en leur jetant des pommes sur la tête. Leur chef voyant la scène, décide de tuer ses deux camarades.

Oscar, le Cassandre que l’on ne croit pas

Oscar court alors jusqu’à son village pour prévenir du danger; mais nu, personne ne le croit. Les autres Orcs civilisés pensent que les Orcs sauvages n’existent pas. Il est le Cassandre que l’on ne croit pas.

A peine arrivé dans son village que des Orcs sauvages massacrent les habitants. Par un subterfuge, Oscar passe entre les gouttes. Il fuit.

Alors qu’il pleure sur son sort et celui de ses camarades assassinés, un chien-sauterelle arrive. Pris de panique, Oscar court et se retrouve dans une maison où la propriétaire a aussi eu la visite d’Orcs sauvages. Il l’enterre, enfile une de ses robes pour passer inaperçu et file jusqu’à la ville fortifiée voisine…

Un gentil orc sauvage : être en exil

En choisissant l’héroïc-fantasy et l’humour pour parler de conflits et d’exil forcé, Théo Grosjean surprend le lectorat de manière subtile et intelligente. Un gentil orc sauvage est donc à la fois une épopée fantastique et un message sur le sort des réfugiés, écho aux politiques actuelles sur les migrations.

Etudiant à l’Ecole Emile Cohl de Lyon, Théo Grosjean y rencontre Lewis Tronheim – professeur – qui lui donnera sa chance avec Un gentil orc sauvage dans la collection qu’il dirige (Shampooing). Auparavant le jeune auteur lyonnais a publié un premier album L’empire du pire avec Auriane Bui (Jungle, 2017). L’auteur de Je vais rester a eu le nez fin puisque ce récit est accrocheur, haletant et très drôle.

Les codes de l’héroïc-fantasy sont bien en place mais c’est pour mieux donner un sens politique actuel à son récit. Oscar est en exil, il tente par tous les moyens de fuir cette guerre dont il n’est pas l’instigateur et qui le dépasse. Même la grande ville civilisée tenue par les Gobelins, le rejette : pas de place, pas envie d’entrer dans un conflit qui ne la concerne pas. Un gentil orc sauvage met aussi en lumière le jeu trouble et hautement lucratif des passeurs mais aussi des hommes politiques ne prenant pas leurs responsabilités.

Oscar n’est pourtant pas seul

Pourtant dans son malheur, Oscar n’est pas seul. Il peut compter sur un chien-sauterelle (qui se régénère tout seul) mais aussi sur des camardes d’infortune comme la Princesse d’Harelfort, elle aussi chassée de son royaume. Femme forte ne craignant pas la douleur, elle est l’exact opposé du gentil petit orc. C’est pourtant cette opposition qui fera leur complémentarité sur le chemin de l’exil. Pour ajouter à la magie de l’album, un mal mystérieux ronge aussi le héros. Que représente-t-il ? Pourquoi Oscar l’a-t-il au fond de lui ?

Composé en quatre grands chapitres comme un livre de contes, Un gentil orc sauvage bénéficie du talent graphique de Théo Grosjean. Alors que l’on pourrait croire que ce style simple en noir et blanc dans la veine de Trondheim est passé de mode, il n’en est rien et semble idéal pour mettre en image ce très beau récit. Il décline un bestiaire étonnant : un chien et des oiseaux grands, fins et allongés. Les Orcs et les Gobelins ont des trognes à faire peur, ce qui ajoute à l’humour de l’album.

Les éditions Delcourt font la part belle aux récits concernant les réfugiés. Le témoignage véridique avec L’odyssée d’Hakim de Fabien Toulmé et la fiction fantastique avec Un gentil orc sauvage : deux styles différents mais très complémentaires !

Un gentil orc sauvage : Et si nous regardions la vérité en face ? Et si nous considérions ces réfugiés avant tout comme des Hommes ?

Article posté le dimanche 23 septembre 2018 par Damien Canteau

Un gentil orc sauvage de Théo Grosjean (Delcourt) - Comixtrip
  • Un gentil orc sauvage
  • Auteur : Théo Grosjean
  • Editeur : Delcourt, collection Shampooing
  • Parution : 29 août 2018
  • Prix : 16.95€
  • ISBN : 9782413010937

Résumé de l’éditeur : Après des décennies de guerre intestines, le royaume des Orcs s’est profondément transformé et ses habitants, jadis belliqueux et barbares, sont désormais civilisés. Hélas, une secte d’Orcs nostalgiques de leur état sauvage menace les habitants du pays. Après avoir assisté impuissant au massacre de son village, Oscar, un jeune orc moderne, tente de quitter son pays tombé aux mains des extrémistes. Il va alors se heurter à la politique très conservatrice du royaume des Gobelins et au racisme de ses habitants.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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