Un putain de salopard

Deux photos représentant son potentiel père dans la poche, Max part pour le Brésil afin de le retrouver. De sa trace, peu d’éléments. Il va néanmoins découvrir une famille avec Christelle, Charlotte et Corinne. Régis Loisel et Olivier Pont mettent en scène leur road-trip en Amazonie dans Un putain de salopard, un très bel album Rue de Sèvres.

Les trois C à nouveau réunies

Kalimboantao, 1972. Max Heurtebise débarque au milieu de la forêt amazonienne. Guitare sur le dos, le jeune homme d’une vingtaine d’années revient dans ce lieu qui l’a vu grandir jusqu’à ses trois ans.

Il est accueilli par Christelle « Cricri » et Charlotte qui attendent Corinne leur amie. Les 3 C sont de nouveau réunies et ça risque de faire des étincelles. Toutes les trois sont infirmières et doivent aller soigner les populations locales dans un dispensaire.

Ne sachant pas vraiment quoi faire, Max est embarqué dans la voiture en ayant tout juste eu le temps de dire oui.

Deux photos : un père

Corinne est une vraie bourlingueuse, une globe-trotteuse qui va au gré de ses aventures sentimentales aux quatre coins de la planète. Elle s’est installée en Amazonie depuis deux ans. Elle retrouve ainsi ses deux copines avec qui elle a gardé contact par courrier.

Le soir, autour d’un repas, Max commence à raconter son histoire. Sa mère vient tout juste de mourir et lui a légué deux photos sur lesquelles on le voit lui et sa mère ainsi que deux hommes différents. Élevé seul par sa maman, il n’a jamais su qui était son père. L’un d’eux, sûrement !

Retrouver un père

Après une nuit agitée, Max, Charlotte et Cricri se rendent dans le centre de la petite ville. Ils vont rejoindre Corinne chez Madame Margarida qui tient Le toucan, le seul bar du coin.

Elle connait presque tout le monde la patronne. D’ailleurs en lui montrant les deux photos, elle reconnait l’un des deux hommes : Mermoz, un putain de salopard. Le gars était pilote et trafiquant de drogue. Il aurait piqué de l’argent à un caïd du coin et aurait kidnappé Isabel, sa fille. Le CV est chargé ! Surtout que son avion se serait écrasé dans la forêt tropicale.

Avec patience et en recoupant les maigres indices laissés de ci, de là, Max, Charlotte et Cricri commencent leur enquête afin de retrouver ce père absent…

Un putain de salopard : destins mêlés

Un putain de salopard, en voilà un titre qui claque ! Le putain de salopard, c’est forcément ce père qui a laissé en plan sa femme et son gosse en bas âge en plein milieu de nulle part en Amazonie. Pourquoi s’est-il carapaté ? Pourquoi la mère de Max n’a jamais voulu rien dire sur lui ? Qui sont les deux hommes sur les photos ? Qui est le vrai père ? Et si aucun des deux ne l’était… Voilà les questions posées et bien plus encore dans ce premier volume de cette nouvelle série de Régis Loisel.

L’auteur de Café Zombo imagine une quête d’identité construite comme un road-trip, entre aventure, polar et suspense. On peut le dire, c’est un excellent début de saga; une série folle et très accrocheuse. Il faut dire que l’auteur de La quête de l’oiseau du temps sait y faire. Il glisse avec malice des bribes d’éléments pour échafauder son intrigue tel un puzzle qui s’assemble devant les yeux de son lectorat. On reconnait là son talent de conteur. A noter que les dialogues sont savoureux.

Deux clichés mystérieux

Se connaissant depuis vingt ans, Régis Loisel a proposé Un putain de salopard à Olivier Pont. Disons-le de suite, leurs deux univers se complètent très bien. Une bel osmose pour une belle série.

Ainsi, l’auteur de Peter Pan a pris comme point de départ deux clichés mystérieux et interrogateurs. Comme il le confie à dans une interview à l’éditeur, Régis Loisel n’a pas connu son père avant ses trois ans. Militaire en Indochine, il ne le voyait qu’à travers une photo collé sur le réfrigérateur. « Il y a sans doute une part de mon histoire dans cette idée de photo » explique-t-il.

Si Max est un jeune garçon un peu gauche, timide mais joyeux, son histoire personnelle l’est moins. En retournant dans les pas de son passé, il va découvrir un univers dur, voire violent. L’Amazonie est un endroit idéal pour raconter ce style de récit.

Le Brésil, l’Amazonie, terre de contraste

Voulant écrire un projet se déroulant en Guyane, Olivier Pont confie donc son envie à Régis Loisel, emballé mais qui préfère délocaliser son histoire au Brésil dans la forêt amazonienne.

Lieu de tous les fantasmes et terre de contraste, cette immense région lui permet de mettre du suspense et du mystère dans Un putain de salopard. Vierge, peuplés de quelques ethnies, l’Amazonie dans les années 70, « c’est sans fin », poursuit le scénariste. Pas de téléphone portable, pas d’internet mais des camps forestiers, des orpailleurs et toute sorte de malfrats : un excellent terrain de jeu.

Les femmes au pouvoir

Un putain de salopard c’est aussi une aventure sentimentale. Max papillonne avec Corinne, Charlotte et Cricri sont un couple lesbien. Les femmes ont plus de caractère que les hommes dans cette nouvelle série, à l’image de Marie dans Magasin général (avec Jean-Louis Tripp).

Le trio de copines fonce, se lance dans cette quête insensée. Les trois femmes n’ont pas peur des hommes et ne se laissent jamais marcher sur les pieds. Il faut dire que le coin est dur au  mal et qu’il faut se défendre pour s’en sortir.

Le très beau dessin d’Olivier Pont

Après la merveilleuse série Où le regard ne porte pas (Dargaud), Olivier Pont réalise de très belles planches pour Un putain de salopard. Aidé aux couleurs par François Lapierre, son trait semi-réaliste est idéal pour mettre en image ce récit à suspense.

Les décors sont luxuriants, les personnages tout en rondeur, forts et très vivants. Le découpage et la mise en scène sont impeccables. Le caractère sympathique de son univers graphique tranche avec la deuxième partie du récit, plus sombre. On apprécie de retrouver le dessin de Olivier Pont.

Un putain de salopard : on veut connaître la suite !

Article posté le mercredi 24 avril 2019 par Damien Canteau

Un putain de salopard 1 de Régis Loisel et Olivier Pont (Rue de Sèvres)
  • Un putain de salopard, tome 1 : Isabel
  • Scénariste : Régis Loisel
  • Dessinateur : Olivier Pont
  • Coloriste : François Lapierre
  • Éditeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 18€
  • Parution : 24 avril 2019
  • ISBN : 9782369816720

Résumé de l’éditeur : Max, qui vient d’enterrer sa mère, se retrouve avec pour héritage deux photos d’elle et lui enfant quand ils vivaient au Brésil. Sur chacune d’elles, un homme différent. L’un d’eux serait-il son père ? Il plonge sur les traces de son passé, vers un camp forestier en Amazonie. Mais ses rêves d’aventure et d’exotisme buteront vite sur la réalité de cette jungle des années 70. Il découvre un territoire gangréné par la violence, les réseaux de prostitutions, et la loi du plus fort. Il s’appuiera sur un joyeux trio déluré dont deux infirmières françaises, et surtout sur une jeune brésilienne muette, Baïa, indispensable guide. Dans la moiteur tropicale de cet environnement hostile, chacun poursuit ses buts et tente de survivre.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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